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Canada-Chine : de la « décennie dorée » au « nid de guêpes »

Un photo montre le premier ministre chinois Li Keqiang et le premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une visite officielle du haut dirigeant chinois, le 22 septembre 2016
Le premier ministre chinois Li Keqiang et le premier ministre canadien Justin Trudeau lors d'une visite officielle du haut dirigeant chinois, le 22 septembre 2016 Photo: La Presse canadienne / FRED CHARTRAND
Radio-Canada

En arrivant au pouvoir, le gouvernement Trudeau s'est engagé à tisser des liens plus solides et plus stables à long terme avec la Chine. La récente arrestation de la directrice financière de Huawei, qui vient compromettre cet objectif, n'est toutefois pas la seule ombre au tableau. Portrait d'une relation en dents de scie.

Un texte de Marc Godbout

C’était une journée qui devait marquer une nouvelle ère dans les relations sino-canadiennes. De passage à Montréal, en septembre 2016, le premier ministre chinois Li Keqiang n’hésitait pas à dire qu’une nouvelle « décennie dorée » s’amorçait entre les deux pays.

Il faut dire que c’était la première visite d'un dirigeant chinois au Canada en six ans. Elle mettait ainsi fin au froid entre Pékin et Ottawa qui s'était installé durant les dernières années au pouvoir du gouvernement conservateur. « Nous n’avons aucune excuse, nous devons réussir cette coopération », avait déclaré Li Keqiang.

Or, cette relation plus stable et plus étroite qui était souhaitée il y a deux ans tranche avec la réalité des derniers mois.

L'arrestation de la directrice financière du géant chinois Huawei n’est pas le premier point de dissension entre les deux puissances. Leurs relations ont commencé à se détériorer lorsqu'Ottawa a bloqué, en mai dernier, la prise de contrôle du géant canadien des infrastructures Aecon Group par une société chinoise.

Le gouvernement canadien avait refusé de donner le feu vert à la transaction de 1,5 milliard de dollars pour des raisons de sécurité nationale. L’ambassade chinoise avait alors prévenu Ottawa que cette décision allait avoir un impact sur le climat de coopération entre les deux partenaires.

Gordon Houlden, un ancien diplomate, en arrive aujourd’hui à ce constat : « Il y a eu une lune de miel. La volonté était là. Mais les événements ont rendu cette relation beaucoup plus compliquée. »

La question chinoise devient de plus en plus compliquée pour le gouvernement Trudeau. Si j’étais le premier ministre, je commencerais à être inquiet.

Gordon Houlden, directeur de l’Institut chinois de l'Université de l'Alberta

Le facteur américain

Une image montre Justin Trudeau à une table aux côtés des deux autres dirigeants.Le premier ministre Justin Trudeau participe à une cérémonie de signature du nouvel ALENA avec le président Donald Trump et le président Enrique Peña Nieto à Buenos Aires, en Argentine Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

À la relation Canada-Chine déjà complexe vient s’ajouter le facteur américain. L'arrestation de la directrice financière de la compagnie chinoise Huawei, Meng Wanzhou, le 1er décembre, par les autorités canadiennes à Vancouver, en est un bon exemple. Elle a été réalisée à la demande des États-Unis.

Pour Paul Evans, de l’Institut de recherche asiatique de l’Université de la Colombie-Britannique, la situation n’a rien de rassurant. 

C’est comme si on venait d’agiter un nid de guêpes.

Paul Evans, Institut de recherche asiatique, Université de la Colombie-Britannique

Dans l’affaire du géant de l’électronique Huawei, le Canada est pris au beau milieu d’un conflit États-Unis-Chine qui n’est pas qu’une guerre commerciale, mais aussi une guerre pour la domination technologique, précise-t-il. « Et pour le Canada, le problème avec le nid de guêpes est qu'il semble s'aggraver », note-t-il.

Ces tensions se reflètent aussi dans le nouvel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). L’entente comporte un article prévoyant que les trois pays avisent leurs partenaires avant de conclure un nouveau traité de libre-échange avec une tierce partie qui n’a pas une économie de marché.

Cette clause est interprétée par Pékin comme une manière pour Washington d’empêcher Ottawa de s’allier à la Chine sans le consentement des États-Unis.

« Il est de plus en plus difficile pour le Canada d’avoir une position indépendante sur ces questions et la pression américaine peut être très lourde et très efficace », souligne Paul Evans.

Même si, depuis 10 ans, les exportations canadiennes en Chine ont plus que doublé, cet imbroglio survient à un moment critique pour l'avenir des relations commerciales du Canada qui cherche à tout prix à diversifier ses marchés.

Gordon Houlden est convaincu d'une chose, « si Pékin et Washington n’arrivent à régler leurs différends, l’effet de refroidissement sera encore plus grand sur le Canada ».

Pékin et Ottawa avaient cru bon de faire de 2018 l'année du tourisme Chine-Canada. L’initiative, lancée bien avant les derniers accrochages, visait à renforcer la coopération entre les deux pays en matière de tourisme et d'investissements.

L’année qui avait débuté par un élan d'enthousiasme se termine bien autrement.

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