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Des poupées-enfants érotiques saisies à la frontière canadienne

Écusson d'un agent de l'Agence des services frontaliers du Canada, qui porte également un émetteur-récepteur portatif.
Les services frontaliers canadiens ont effectué des dizaines de ces saisies entre janvier 2016 et août 2018. Photo: Reuters / Chris Helgren

Les services frontaliers canadiens ont saisi, au cours des deux dernières années, des dizaines de poupées érotiques ayant la taille et les traits d'enfants. Des défenseurs des droits des enfants craignent que l'importation de tels objets n'encourage l'exploitation de personnes mineures.

Un reportage de Rita Celli et Kathleen Harris, de CBC News

ATTENTION : le contenu de cet article pourrait choquer certaines personnes.

Des dossiers obtenus par CBC en vertu de la Loi sur l’accès à l’information montrent que l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a saisi au moins 42 de ces poupées érotiques en 20 mois, soit de janvier 2016 à août 2018.

Les objets, qui reproduisent notamment des parties du corps comme la poitrine et la région pelvienne, sont considérés par les autorités comme de la pornographie juvénile. Une trentaine de ces saisies ont été effectuées au Québec, tandis que d’autres poupées ont été confisquées à Vancouver, Edmonton, Calgary, Toronto et Hamilton.

Les services frontaliers estiment que la valeur des jouets érotiques va de 50 $ à près de 8000 $.

Certains des documents obtenus par CBC comprennent des descriptions détaillées des poupées érotiques, qui permettent de comprendre pourquoi elles sont considérées comme de la pornographie juvénile. Les poupées ressemblaient à de jeunes filles prépubères notamment en raison de leur petite taille et de leurs seins non développés, peut-on lire dans ces documents.

Certaines des poupées ont des têtes interchangeables, des éléments chauffants et des vêtements. D’autres comprennent des pinces et brosses à cheveux, ainsi que des couvertures de type Hello Kitty, révèlent les documents obtenus.

De fabrication chinoise et japonaise

Les jouets érotiques proviennent principalement de la Chine et du Japon, selon les documents.

L’ASFC ne pouvait fournir plus de détails sur le nombre et le type de saisies effectuées. L’Agence affirme que, de façon générale, les poupées érotiques ont une allure encore plus réaliste que celle d’anciens modèles.

Les services frontaliers affirment qu’ils n’ont pas remarqué d’augmentation du nombre de poupées-enfants importées au Canada. L’ASFC ne pouvait fournir de photos des objets saisis et n’a pas permis à CBC de les photographier.

« L’ASFC prend très au sérieux les cas de pornographie juvénile, affirme un porte-parole, Nicholas Dorion, dans un courriel. L’Agence travaille de près avec les corps policiers nationaux et internationaux pour assurer la sécurité des Canadiens. »

M. Dorion n’a pas précisé comment les agents frontaliers réussissaient à repérer les poupées dans les bagages de voyageurs.

Un effet « désinhibiteur »

Les poupées saisies sont remises à la GRC ou à un autre corps de police pour fins d’enquête, selon l’ASFC.

En vertu du Code criminel, est considérée comme de la pornographie juvénile « toute représentation photographique, filmée, vidéo ou autre, réalisée ou non par des moyens mécaniques ou électroniques […] dont la caractéristique dominante est la représentation, dans un but sexuel, d’organes sexuels ou de la région anale d’une personne âgée de moins de 18 ans ».

De telles poupées sont légales aux États-Unis. En juin dernier, la Chambre des représentants a appuyé un projet de loi qui interdirait l’importation de poupées érotiques ou robots ressemblant à des mineurs.

Au Royaume-Uni, le commissaire britannique à l’enfance a blâmé le géant Amazon pour avoir facilité la vente de tels objets, après une saisie de plus de 100 poupées dans le cadre d’une opération lancée par la National Crime Agency.

Monique St-Germain, avocate au Centre canadien de protection de l’enfance, affirme que l’utilisation de telles poupées érotiques a un « effet désinhibiteur » qui pourrait mener quelqu’un à commettre les mêmes gestes sur une personne mineure.

« Cela peut aller dans un sens ou dans l’autre. Vous pourriez dire : "Il est possible que cela empêche la personne de faire la même chose à un vrai enfant." Je peux accepter cette possibilité, dit-elle. Toutefois, je crois qu’il est beaucoup plus probable que cela inciterait quelqu’un à faire la même chose à un enfant. »

Le psychologue et sexologue James Cantor affirme cependant qu’il n’y a pas de preuve scientifique solide qui ferait la démonstration que l’utilisation de poupées-enfants encouragerait la pédophilie.

« Tant qu’on n’aura pas démontré un tel effet néfaste, le "malaise" ne pourra justifier une limitation de la liberté sexuelle d’une personne », soutient M. Cantor.

Il n’y a eu, à ce jour, qu’un cas connu de poursuite concernant une poupée-enfant érotique au Canada. Un homme de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, fait face à des accusations de possession de pornographie juvénile et d’envoi de matériel obscène, ainsi que des accusations liées à du commerce illégal.

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