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L'industrie du cannabis dans la mire d’un proche de la mafia

Wojciech Grzesiowsk

Photo policière de Wojciech Grzesiowski

Photo : Interpol

Gaétan Pouliot

La légalisation du cannabis par Justin Trudeau a rapidement attisé l'intérêt de criminels. Un présumé trafiquant de drogue était à la recherche de contacts au sein du gouvernement pour investir dans cette industrie, révèle une enquête policière d'envergure.

Début 2016, quelques semaines après l’élection du Parti libéral du Canada, un Ontarien sent la bonne affaire. Il aimerait obtenir un permis de production de cannabis.

Wojciech Grzesiowski demande alors à un de ses associés s’il a des contacts au sein du gouvernement ou s’il connaît quelqu’un « qui peut lui obtenir un permis pour faire pousser de la marijuana », révèlent des documents de cour.

Grzesiowski ne fait pas cette demande à n’importe qui : il s’adresse à un membre en règle de la famille Bonanno qui brasse aussi des affaires avec les frères Violi, des criminels basés à Hamilton, en Ontario.

Ceux qui veulent produire du cannabis doivent avoir de l’équipement coûteux, explique Grzesiowski. « Si tu as quelqu’un qui peut garantir cela, j’ai des gars qui payent beaucoup d’argent pour ça. Et tout ça est légal », dit-il.

Ce que ne sait pas Grzesiowski, c’est que son interlocuteur mène une double vie. Le mafieux travaille pour la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui mène une enquête d’envergure contre le crime organisé.

En novembre 2017, les policiers canadiens ont arrêté neuf personnes dans la foulée de l’enquête baptisée OTremens. La même journée, le FBI arrêtait quatre membres du crime organisé à New York.

La pièce maîtresse de cette enquête de la GRC, qui a duré trois ans, reposait sur l'infiltration de groupes criminels par cet agent double. Criminel repenti, ce dernier avait tout pour inspirer la confiance. Tour de force, les policiers ont même réussi à enregistrer sa cérémonie secrète d’intronisation au sein du clan mafieux Bonanno.

Wojciech Grzesiowski est depuis recherché par les autorités canadiennes qui veulent l’accuser de trafic de cocaïne et de fentanyl.

Un avis de recherche a été publié par Interpol, l’organisation de coopération internationale entre les corps policiers.

Fiche d’identification d'InterpolAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fiche d’identification de Wojciech Grzesiowski

Photo : Interpol

Du soleil et des millions

Le cannabis n’est pas la seule industrie qui intéressait le présumé trafiquant de drogue. En 2016, Grzesiowski cherche des contacts au sein du gouvernement ontarien afin de profiter d’un programme d’achat d’énergie mis en place par la libérale Kathleen Wynne.

« Écoute comme c’est idiot », dit-il à l’agent double. « Une centrale d’énergie solaire de 10 mégawatts coûte environ 8 millions de dollars. Mais ils garantissent les contrats pour l’électricité pour 20 ans », explique celui qui est à la tête d’une organisation criminelle, selon les policiers.

« J’ai des gars en Asie qui vont payer, disons 40 % du projet », poursuit-il, laissant entendre qu’il peut ainsi faire 4 millions de dollars avec un projet de 10 mégawatts.

En plus du trafic de drogues, Grzesiowski affirme brasser des affaires en Asie. Lors de l’enquête, il espérait notamment conclure une importante transaction devant lui rapporter plus d’un million de dollars avec le gouvernement vietnamien.

Le port de Montréal

En plus du cannabis et de l’énergie solaire, le port de Montréal était aussi dans sa mire de Grzesiowski.

En 2015, il dit à l’agent double que les Irlandais auraient repris le contrôle des activités illicites du port et montre un intérêt pour développer de nouveaux contacts avec ceux qui y contrôlent les activités criminelles.

Il explique que ses gars qui vivent au Sud pourraient envoyer du « travail » vers le port de Montréal. Voulait-il parler de drogue? Les documents policiers déposés en cour ne le disent pas.

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Corruption de fonctionnaires

Lors de ses conversations avec l’agent double, Grzesiowski se vante d’avoir ses entrées au sein de la police de Toronto.

Mandats de perquisition, arrestations à venir et rapports de police : une employée civile fait des recherches dans les bases de données et lui fournit de l’information confidentielle. Son tarif est d'environ 2000 $ à 3000 $ par mois, dit Grzesiowski.

Cette femme ferait aussi ce travail pour d’autres criminels, ajoute-t-il.

Deux jours avant de faire l’objet d’une descente policière, un ami de Grzesiowski a notamment été prévenu par la fonctionnaire, raconte-t-il. Juste à temps pour glisser entre les doigts des policiers… et s’enfuir pour le Vietnam.

Erin Maranan
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Erin Maranan à l’entrée du tribunal à Toronto, en juin 2018

Photo : Toronto Star/Francis Wallace

Dans la foulée de l’enquête OTrements, la fonctionnaire Erin Maranan du service de police de Toronto a plaidé coupable à des accusations d’abus de confiance et a écopé d’un an de prison.

Le problème n’est peut-être pas réglé pour autant. D’autres membres du personnel fournissent parfois des informations au crime organisé, a aussi dit Grzesiowski à l’agent double.

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