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Levée de boucliers au Liban à la défense de Carlos Ghosn

« Nous sommes tous Carlos Ghosn », peut-on lire sur le panneau publicitaire
Une campagne au Liban en appui à Carlos Ghosn, patron déchu de l'alliance Renault-Nissan. Photo: Radio-Canada / Marie-Eve Bédard
Marie-Eve Bédard

Au Liban, pays de ses origines, l'arrestation et la mise en examen de Carlos Ghosn, patron déchu de l'alliance Renault-Nissan, sèment l'émoi dans la classe politique et chez certains citoyens.

Il y a trois semaines, Carlos Ghosn était arrêté à Tokyo. Après une garde à vue prolongée, il a été mis en examen lundi pour avoir dissimulé aux autorités boursières l’équivalent de 58 millions de dollars canadiens, entre 2010 à 2015.

Son bras droit Greg Kelly, arrêté en même temps que lui, a aussi été inculpé.

Au Liban, où Carlos Ghosn a passé son enfance, la réaction est vive.

« Nous sommes tous Carlos Ghosn ». Voilà ce que proclament une vingtaine d’affiches réparties un peu partout à Beyrouth depuis quelques jours.

Cette campagne publicitaire est l’initiative privée de Daniel Karam, actionnaire principal dans une firme de communications et marketing ayant pignon sur rue à Beyrouth.

Il affirme avoir déboursé plus de 50 000 $ US de sa poche pour cette campagne qu’il décrit comme une dénonciation non seulement de l’injustice commise envers Carlos Ghosn, mais aussi de celles subies par les Palestiniens vivant dans les camps, par les minorités religieuses ou encore par les journalistes qu’on emprisonne dans le monde.

Ghosn, pour lui, est un symbole.

Une gigantesque paire de lunettes publicitairesDaniel Karam, actionnaire principal dans une firme de communications et marketing à Beyrouth Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Bédard

Daniel Karam a croisé Carlos Ghosn à quelques reprises dans des réceptions, mais il dit que ce n’est pas un ami proche.

Au Liban, l’homme d’affaires né au Brésil et arrivé sur la terre de ses ancêtres à l’âge de 6 ans est, pour certains, un symbole suprême de la réussite de la diaspora libanaise.

Le ministère des Affaires étrangères, dirigé par Gibran Bassil, s’est montré particulièrement actif dans la défense du citoyen libanais.

« M. Ghosn est une personnalité très célèbre, c’est une superstar libanaise. Nous devons prendre soin de cette affaire, mais comme on le fait pour tous les ressortissants libanais, explique Hamid Hachem, le chef de cabinet du ministre Bassil, depuis Marrakech.

Nous, on est très fiers de cet homme qui a sauvé des dizaines de milliers d’emplois et créé des dizaines de milliers d’emplois. Vous savez, quelqu’un qui sauve des emplois, il sauve des familles. On ne traite pas un homme comme lui, qui a sauvé trois compagnies de la faillite de la sorte.

Hamid Hachem, le chef de cabinet du ministre Bassil

Le chef de cabinet dit respecter le système judiciaire du Japon, mais ajoute que son ministère s’inquiète du traitement qu’a subi Carlos Ghosn depuis le début de sa détention.

« M. Ghosn est retenu en isolation, il dormait à même le sol. Notre ambassadeur a acheté un matelas pour lui pour qu’il puisse dormir. On l’a paradé devant les médias quand il a été arrêté. Ça manque de classe, déplore-t-il. Tout ça crée de la suspicion et de l’inquiétude chez nous. C’est pour ça que nous avons convoqué l’ambassadeur du Japon. Nous espérons que le système judiciaire japonais va prendre ces inquiétudes en considération. »

Réaction mitigée sur les réseaux sociaux

Mais tous les Libanais ne sont pas Carlos Ghosn. La campagne médiatique et politique à la défense du magnat de l’automobile subit un contrecoup sur les réseaux sociaux.

« Je ne suis pas Carlos Ghosn et je me demande pourquoi ma ville est envahie par toutes ces affiches », se demande Jana Traboulsi.

« Vous voulez dire que nous sommes tous des voleurs qui manipulons nos déclarations d’impôts pour se sauver de la note? » demande Chant Agopian.

Daniel Karam reconnaît que tout le monde peut être en désaccord avec la campagne qu’il a lancée, mais il est agacé par l’équation que certains font entre être riche et malhonnête.

Est-ce qu’il y a une justice pour les riches et une autre pour les pauvres?

Daniel Karam

L’enquête de la justice japonaise ne s’arrêtera pas là où des accusations ont été portées. Les procureurs ont prolongé la garde à vue Carlos Ghosn pour le même motif, mais sur une période plus récente, allant de 2015 à 2018.

Si Carlos Ghosn est à nouveau mis en examen au terme de ces trois semaines supplémentaires, ça n’en sera probablement pas moins fini : le parquet pourrait se pencher sur de possibles abus de biens sociaux que Nissan reproche à son ancien patron, comme l’usage de résidences de luxe aux frais du groupe.

Au Japon plus de 90 % de ceux qui sont poursuivis devant les tribunaux sont jugés coupables.

Marie-Eve Bédard est correspondante de Radio-Canada pour le Moyen-Orient

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