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Discours et mesures de Macron ou non, les gilets jaunes redoublent d'ardeur

Le reportage de Sylvain Desjardins
Agence France-Presse

À Commercy, dans le nord-est de la France, comme dans les Pyrénées et dans le sud-ouest du pays, des gilets jaunes se disaient déçus, mardi, par les annonces d'Emmanuel Macron.

« On ne veut pas de ses miettes, on veut partager la baguette équitablement », résume Jonathan, au lendemain de l'annonce d'un train de mesures sociales par le président de la France.

Le président a offert 100 euros de plus par mois pour ceux qui touchent le salaire minimum, et a annulé la hausse d'un impôt pour les retraités touchant moins de 2000 euros par mois.

Mais il n'a rien annoncé sur la redistribution des richesses, déplore Jonathan. Le thème de la justice fiscale est cher aux gilets jaunes, qui ont en particulier vilipendé l'abolition par M. Macron d'un impôt spécifique aux ménages les plus riches.

« À la cabane, on partage les madeleines qu'on nous donne », résume Jonathan pour expliquer ce principe d'équité fiscale.

Dépités par l'allocution lundi soir d'Emmanuel Macron, la vingtaine de gilets jaunes réunis à Commercy, commune du nord-est de la France de presque 6000 habitants, envisagent de durcir leurs actions, et certains veulent manifester à Paris, samedi, malgré les violences qui ont émaillé les deux précédents week-ends.

À l'autre bout du pays, Thomas Miralles confirme ce sentiment. « Ici, nous sommes très déçus des annonces du président, la mobilisation continue », déclare ce porte-parole des gilets jaunes des Pyrénées-Orientales, où sont régulièrement tenus trois blocages aux péages autoroutiers vers la frontière avec l'Espagne.

Les annonces d'Emmanuel Macron ne concernent pas tout le monde, et il n'est pas question de notre revendication principale, qui est le référendum d'initiative populaire. Moi, je serai à Paris samedi, ce sera la première fois.

Thomas Miralles, porte-parole des gilets jaunes des Pyrénées-Orientales

« C'est le peuple qui décide »

À Commercy, ce thème de démocratie directe, venant de la base, se retrouve dans « l'assemblée populaire » organisée chaque jour à 17 h 30. « Il y en a qui ont des choses à dire? Qui veut animer l'assemblée? », demande Jonathan, un fonctionnaire territorial de 35 ans, à la vingtaine de personnes réunies autour de deux braseros.

Damien, la trentaine, endosse le rôle de modérateur et s'empare d'un marteau : si les débats s'enveniment, il tape sur la tôle. Romain, 21 ans, consigne sur un cahier le déroulement du « rendez-vous citoyen ». Un jeune couple, parent de deux fillettes et nouveau venu dans le groupe, se présente.

« On fait le bilan de la journée et on décide des actions à faire, toujours par vote à main levée. Il n'y a pas de hiérarchie, on veut faire participer tout le monde, explique René, un enseignant à la retraite de 73 ans. On ne veut ni de représentants ni de système pyramidal où le sommet ne représente plus la base. »

« C'est le peuple qui décide, on est maître de notre destin, normalement », souligne Patricia, une sexagénaire, assise sur un banc.

Une cabane comme lieu de rassemblement

Installée sur une place du centre-ville depuis trois semaines, fabriquée avec des palettes et un toit en tôle, leur cabane est devenue un point de rassemblement pour les gilets jaunes du secteur.

Avec sa « petite retraite de moins de 800 euros par mois », Élisabeth, 66 ans, a le sentiment d'être « aux oubliettes ». « Mais ici, on a tous notre importance, notre avis compte », dit-elle en souriant.

Refusant de mettre « le doigt dans l'engrenage de la représentation et de la récupération », les gilets jaunes de Commercy ont lancé un appel à créer « partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières ».

« Quand on arrive à la cabane, on enfile son gilet jaune et on enlève son étiquette politique », précise Jonathan, casquette en laine sur la tête.

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