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Est-ce que le N.-B. peut se payer des jeux de 130 M$? « La réponse facile, c’est non. »

Marie-Josée Ta-Lou au relais 4x100 m des Jeux de la francophonie à Abidjan.
Les économistes Pierre-Marcel Desjardins et Richard Saillant estiment tous deux que le Nouveau-Brunswick n'a pas les moyens de s'offrir des jeux de 130 millions de dollars. Photo: AFP / Issouf Sanogo
Radio-Canada

Deux économistes néo-brunswickois de renom sont catégoriques au sujet de la capacité de la province à financer des Jeux de la francophonie dont la facture s'élèverait à 130 millions de dollars. « La réponse facile, c'est non », répond rapidement Pierre-Marcel Desjardins.

Richard Saillant offre essentiellement la même réponse. Même si on parlait au bas mot de 60 ou 70 millions de dollars, c’est une somme considérable!

Le chiffre de 130 millions de dollars a été avancé par le comité organisateur des Jeux de la francophonie qui doivent se dérouler à Moncton et à Dieppe en 2021. Il est huit fois supérieur au chiffre de 15 à 19 millions qui avait été évoqué lorsque la candidature du Nouveau-Brunswick avait été déposée, en 2015.

Lundi, le comité organisateur a expliqué que les chiffres ont été révisés considérablement à la hausse lorsqu’un plan d’affaires détaillé a été développé, après l’obtention des jeux. Le comité a défendu cette facture, que plusieurs jugent excessive, en disant que l’événement entraînerait des retombées économiques de 148 millions de dollars pour le Nouveau-Brunswick.

Selon Pierre-Marcel Desjardins, ce niveau de retombées n’est pas suffisant pour justifier un investissement de fonds publics aussi important que celui qui est demandé.

Dans une perspective de développement économique, souvent, ce qu’on veut c’est un multiplicateur de 2 ou 3. Pour chaque dollar dépensé, qu’on ait 2 ou 3 $ d’impact, donc un budget de 130 millions avec un multiplicateur de 3, on s’attendrait à des retombées économiques de 400 millions. Alors encore là, comme levier de développement économique, ce n’est pas nécessairement là où moi je privilégierais les dépenses. 

Pierre-Marcel DesjardinsLe Canada a sauvé les meubles dans le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, estime l'économiste Pierre-Marcel Desjardins. Photo : Radio-Canada

Un investissement profitable?

Son collègue Richard Saillant ajoute que, toujours dans une perspective de développement économique, il y a de meilleurs investissements à faire que dans la tenue de jeux.

Lorsqu’on parle d’utiliser des fonds publics à des fins économiques, il faut examiner les usages alternatifs. [...] Est-ce qu’on ne va pas avoir des rendements beaucoup plus durables, plus importants si on les consacre à l’innovation ou encore à l’éducation qu’à la tenue de jeux qui vont durer quelques semaines et après [...], il n’y a presque aucune trace de [...] ces jeux, sauf que parfois on va peut-être se retrouver avec des infrastructures récréatives qu’on va devoir entretenir année après année. 

Richard Saillant porte des lunettes de vue. Un veston avec chemise. Il est en entrevue dans un studio de télévisionL'économiste Richard Saillant Photo : ICI Radio-Canada

Il affirme d’autre part que les retombées économiques de grands événements sont souvent surestimées.

C’est typique, lorsqu’on veut avoir des événements comme la tenue de jeux, on surestime les bénéfices et puis on sous-estime bien sûr les coûts.

Richard Saillant, économiste

Un « mauvais départ »

Selon Pierre-Marcel Desjardins, la bouchée est tout simplement trop grosse à avaler pour une petite province comme le Nouveau-Brunswick.

Dans les conditions dans lesquelles se trouvent les finances publiques de la province, avec un déficit structurel important, c’est un montant qui est beaucoup plus gros que la capacité de la province. 

Franchement, c’est un très mauvais départ à mes yeux, conclut Richard Saillant, qui insiste aussi sur le fait que pour financer un tel événement, la province - même si elle partage la facture avec d'autres, comme le gouvernement fédéral - devrait s’endetter davantage.

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