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La poésie sur le plancher des vaches

Un enfant et une vache
L'auteure rimouskoise Marie-Hélène Voyer évoque son enfance passée sur une ferme du Bic dans son premier recueil de poésie, publié aux éditions La Peuplade. Photo: Courtoisie Marie-Hélène Voyer

« Qu'il est long le temps/ de l'indépassable campagne », écrit Marie-Hélène Voyer dans son premier recueil de poésie, Expo-habitat, paru chez La Peuplade. L'auteure rimouskoise, qui a grandi sur une ferme, y revisite les lieux de son enfance, qu'elle a à la fois aimés et détestés, et où il y avait « beaucoup d'espace/pour manquer d'air ».

Une chronique de Julie Tremblay

Ça peut être extrêmement angoissant la vie sur la ferme, mais en même temps, très très riche d'expériences humaines. On côtoie de près la vie, la mort, tout ce qui peut marquer le cycle d'une vie, explique Marie-Hélène Voyer.

Dans Expo-Habitat, on perçoit en effet l'envie confuse de blesser les animaux, le désir que le champ brûle et l'angoisse de l'auteure devant ce cimetière de vaches enseveli sous le champ . Pourtant, on comprend aussi qu'il y a un profond attachement pour ce monde sans contours où seul le fleuve/assur[e] la capture parfaite du regard.

Marie-Hélène Voyer au kiosque de La Peuplade au Salon du livre de RimouskiL'auteure Marie-Hélène Voyer signe son premier recueil de poésie aux éditions La Peuplade. Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Quand on quitte la campagne dans le recueil de Marie-Hélène Voyer, on parcourt avec elle la monotonie de l'autoroute 20 et de ces paysages qui s'engendrent jusqu'à l'écœurement pour se rendre jusqu'à la ville, où le ciel est une impasse.

La ville, c'est ce qui a toujours été espéré et puis quand on y arrive, on se rend compte que ça peut être une expérience assez déceptive, finalement, qui n'est pas aussi riche que ce qu'on croyait.

Marie-Hélène Voyer, auteure

Ainsi s'accumulent les routes, les hôtels et les centres d'achat, et avec eux, les mots creux qui les annoncent. C'est parfois honteux à quel point on essaie de fabriquer du rêve avec du vide et qu'on joue sur les mots, affirme l'auteure en entrevue.

Auberge de la quiétude, Château l'Éternité, Manoir de Jouvence. Toutes les nuits, les vieux abandonnent leurs manoirs d'absence. Dans leurs résidences de soleils éteints, ils attendent la noirceur, la fin des rondes et des surveillances et des amnésies.

Extrait du poème « Résidences », de Marie-Hélène Voyer

Expo-habitat est d'ailleurs une expression que l'auteure trouvait beaucoup trop belle pour la réduire aux foires commerciales où l'on trouve de tout pour la maison. Je me dis comment on expose, comment on parle du monde dans lequel on vit, des lieux qui nous hantent, qui nous habitent, qui nous traversent, je pense qu'il y a de ça, de l'exposition, dans la façon dont on exhibe et on déplie tous les enjeux liés à ces espaces-là, dit-elle.

Entre les lieux parcourus et les grands départs, toujours la même recherche cependant : celle de repeindre nos bouches d'étonnement et de dormir dans le presque rien/d'un paysage/tout à fait neuf et on y arrive ici, dans une poésie qui part du plancher des vaches, mais qui est loin d'y rester.

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