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Justin Trudeau confirme qu'un ex-diplomate canadien est détenu en Chine

Le reportage de Madeleine Blais-Morin

Le premier ministre canadien Justin Trudeau confirme que l'ex-diplomate canadien Michael Kovrig est actuellement détenu en Chine. Un ex-ambassadeur canadien à Pékin, Guy Saint-Jacques, est convaincu qu'il s'agit d'une réponse à l'arrestation au Canada d'une dirigeante de Huawei.

« Nous prenons très au sérieux le cas d’un Canadien arrêté en Chine », a déclaré M. Trudeau mardi à son arrivée pour la période des questions à la Chambre des communes.

Ottawa offre une aide consulaire à sa famille et est en discussion avec les autorités chinoises à ce sujet, a-t-il ajouté, avant de s'engouffrer dans l'enceinte parlementaire sans répondre aux questions des journalistes.

Quelques minutes plus tôt, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, s'était montré à peine plus loquace.

« Les responsables d'Affaires mondiales Canada font de leur mieux pour s'assurer qu'il est traité de façon appropriée et qu'on prend soin de lui », a-t-il dit. « Quand il y aura plus d'informations à diffuser, la ministre [des Affaires étrangères Chrystia] Freeland le fera. »

Dans une déclaration publiée en après-midi, le ministère des Affaires étrangères n'a rien dit de plus que le premier ministre Trudeau. « Le gouvernement canadien est préoccupé par cette affaire et continuera de discuter avec le gouvernement chinois », a-t-il indiqué.

Ils ne ménagent aucun effort pour [...] démontrer au gouvernement chinois, par l'entremise de nos bureaux diplomatiques, à quel point nous prenons cette affaire au sérieux.

Ralph Goodale, ministre de la Sécurité publique

Un porte-parole adjoint du département d'État américain, Robert Palladino, a aussi témoigné de l'« inquiétude » du gouvernement américain après l'arrestation de M. Kovrig.

Il a appelé Pékin à « cesser toutes les formes d'arrestations arbitraires » et a demandé le « respect des protections et de la liberté de tous les individus conformément aux engagements internationaux de la Chine en matière consulaire et de droits de la personne ».

Un ex-diplomate qui connaît bien la Chine

M. Kovrig a été vice-consul de l'ambassade canadienne à Pékin de septembre 2014 à août 2016. Il a ensuite été brièvement consul au consulat général du Canada à Hong Kong, un territoire chinois ayant le statut de région administrative spéciale.

Il a d'ailleurs été le conseiller principal du premier ministre Trudeau lors de son séjour à Hong Kong, en septembre 2016.

Il a été embauché en février 2017 par l'International Crisis Group (ICG), une organisation non gouvernementale dont la mission consiste à prévenir et à résoudre les conflits dans le monde.

L'ICG a confirmé au Hong Kong Post que M. Kovrig, qui parle le mandarin, était en Chine pour son travail au moment de son arrestation, et qu'il cherchait à obtenir sa libération.

Nous sommes au courant des informations selon lesquelles notre conseiller principal pour l’Asie du Nord-Est, Michael Kovrig, aurait été détenu en Chine. Nous faisons tout ce qui est possible pour obtenir des informations supplémentaires sur le sort de Michael, ainsi que sur sa libération immédiate et en toute sécurité.

Déclaration de l'ICG

« Aucune indication claire » d'un lien avec Meng Wanzhou

L'arrestation de M. Kovrig a d'abord été rapportée mardi matin par le Hong Kong Post et l'agence Reuters, mais le gouvernement chinois n'a toujours pas confirmé l'information. On ne sait d'ailleurs pas ce qui lui est reproché.

Le ministre Goodale a laissé entendre qu'aucun « élément déclencheur » ne semblait justifier l'arrestation de M. Kovrig.

Il a aussi déclaré peu après qu'il n'y avait « aucune indication claire » pouvant laisser croire qu'il s'agissait là de représailles chinoises à l'arrestation de Meng Wanzhou, la numéro 2 de la plus importante société privée chinoise, Huawei.

Mme Meng a été arrêtée à Vancouver il y a 10 jours, à la demande des autorités américaines qui la soupçonnent d'avoir violé des sanctions imposées à l'Iran.

Pékin a demandé que Mme Meng soit relâchée et a dénoncé le traitement « inhumain » qu’elle subirait, mais en vain : elle demeure détenue en attendant qu'une décision sur la possibilité de la libérer sous caution soit rendue.

L'audience à ce sujet se poursuit mardi.

Plusieurs experts ont avancé au cours des derniers jours que le Canada pourrait être victime de représailles dans la foulée de cette affaire, qui survient au moment où les États-Unis et la Chine sont engagés dans une guerre commerciale qui inquiète les marchés boursiers.

Le ministre Goodale n'était pas en mesure de dire si Affaires mondiales Canada a donné des instructions particulières à son personnel diplomatique posté en Chine. Il a assuré que le ministère allait leur donner les meilleurs conseils possible après avoir évalué les risques potentiels.

« Ils comprennent à quel point la situation est grave pour leurs employés, pour les Canadiens qui pourraient être dans des situations vulnérables, et pour la sécurité du Canada », a-t-il dit.

Jusqu'à nouvel ordre, le ministère n'a pas modifié les conseils qu'il offre aux Canadiens qui souhaitent se rendre en Chine. Une révision est toutefois en cours, selon une source gouvernementale.

« En Chine, il n'y a pas de coïncidences »

Si rien ne prouve à ce stade que la détention de M. Kovrig est liée à l'arrestation de Mme Meng, un ex-ambassadeur canadien en Chine, Guy Saint-Jacques, dit être convaincu que c'est bel et bien le cas.

« Je ne vois pas de coïncidence dans ça, malheureusement », a-t-il déclaré en entrevue au Réseau de l'information. « En Chine, il n’y a pas de coïncidence et, dans mon esprit, je craignais que quelque chose comme ça se passe. »

« Je pense que, malheureusement, ça montre la détermination du gouvernement chinois de continuer à mettre beaucoup de pression politique sur le gouvernement canadien. Là, vraiment, ça vient compliquer tout ce dossier de façon extraordinaire », a-t-il ajouté.

On est entre l’arbre et l’écorce. C’est un problème qu’on n’aurait pas voulu avoir. Mais on est pris; il faut respecter les termes de l’accord d’extradition [avec les États-Unis]. Les Chinois ne comprennent pas ça. Ils veulent régler ça à la chinoise. Ils veulent qu’un appel soit fait [pour] dire au juge : "Vous libérez Mme Meng".

Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur canadien en Chine

M. Saint-Jacques dit qu'il connaissait « très bien » M. Kovrig pour avoir déjà travaillé avec lui. Il le décrit comme un « agent politique de première classe, qui faisait un excellent travail dans le reportage politique sur ce qui se passait en Chine ».

« Le travail que faisait M. Kovrig en Chine était parfois sensible, parce que ça traitait de questions de sécurité, de politique intérieure, mais c’était simplement le travail qu’un bon agent politique doit faire », souligne-t-il.

L'ancien chef intérimaire du Parti libéral du Canada, Bob Rae, partage l'avis de M. Saint-Jacques. « C'est clair, bien sûr. On appelle ça de la répression et des représailles », a-t-il écrit sur son fil Twitter.

Avec les informations de Reuters, Hong Kong Post, et Agence France-Presse

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