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Quand votre cellulaire surveille vos calories

Une femme prend des sushis en photo avec son téléphone intelligent.
Les applications de nutrition permettent de comptabiliser le nombre de calories consommées lors des repas. Photo: Getty Images / David Prado
Carolle-Anne Tremblay-Levasseur

À l'ère de la diversité corporelle, l'industrie du régime tente de se réinventer et mise notamment sur les applications de nutrition. Ces outils utilisent un langage corrigé, qui tente de prendre ses distances des diktats de beauté irréalistes. Ils peuvent néanmoins représenter une pente glissante vers les troubles alimentaires.

Penelope Mmari a commencé à utiliser l'application Lifesum pour perdre du poids. Au départ, l'outil lui a permis de compter ses calories, et ainsi, de respecter le nombre quotidien recommandé.

J'étais très stricte et je comptabilisais tout ce que j'avais mangé pendant les six premiers mois. Mais maintenant, parce que j'ai une bonne connaissance de ce que je mange, je l'utilise sporadiquement... une ou deux fois par semaine pour maintenir mon poids.

Penelope Mmari

Elle considère que cette technique lui a permis de comprendre davantage la valeur nutritive des aliments, et ainsi, de diversifier son alimentation.

Des applications comme MyFitnessPal ou Lifesum permettent d'inscrire les repas consommés tout au long de la journée afin de suivre en temps réel son nombre de calories, le rapport entre l'activité physique et l'alimentation ou encore le niveau d'énergie.

« Les femmes contrôlent leur apport calorique avec ces outils pour la perte de poids, alors que les hommes s'en servent pour gagner de la masse musculaire », explique le nutritionniste Hubert Cormier.

Gare aux troubles alimentaires

Tenir un journal alimentaire pour une période prolongée peut favoriser l'émergence de troubles alimentaires comme l'anorexie ou l'orthorexie, selon Hubert Cormier.

La psychologue Marie-Ève Turgeon abonde dans le même sens. À son avis, les utilisateurs risquent de se plonger dans un cercle vicieux.

Si une personne craint de gagner du poids, cette pensée lui fera ressentir de l'anxiété, et ainsi, elle adoptera des comportements pour réduire cet état comme l'entrée de ses données alimentaires dans une application, explique-t-elle.

Le souci avec une telle stratégie, c'est qu'elle n'est pas efficace à long terme. Rapidement, l'anxiété revient, et puis, le comportement d'aller vérifier constamment ses données dans une application risque de devenir compulsif.

Marie-Ève Turgeon, psychologue

Le nutritionniste Hubert Cormier encourage néanmoins les personnes désirant évaluer la diversité de leur alimentation à utiliser ces outils périodiquement.

Ils pourront ainsi obtenir un portrait assez précis de leur apport en nutriments et adapter leur mode alimentaire au besoin.

La santé plutôt que le poids

Pour les entreprises, les applications de nutrition représentent une façon de diversifier leur marché et de se distinguer des régimes amaigrissants du passé.

« Les consommateurs ne sont pas dupes. Si on continue de vendre les mêmes vieux produits pour maigrir et qu'on essaie simplement de changer les communications à leur sujet, ça ne fonctionnera pas », explique Benoit Duguay, professeur titulaire à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et spécialiste de la consommation.

Selon lui, l'industrie de l'amaigrissement va devoir se tourner vers l'industrie de la santé puisque les consommateurs ne mangent plus pour maigrir, mais pour être en santé.

Pascale Lavache est mannequin taille plus avec l'Agence Folio et blogueuse pour le magazine Look du jour. Selon elle, le discours reste le même; la technologie, elle, change.

C'est la même approche qu'il y a 20 ans d'une façon différente au goût du jour avec la nouvelle technologie. C'est-à-dire parler de la minceur autrement, mais de la minceur quand même, et ce, en mettant de l'avant que c'est la minceur qui amène un équilibre physique idéal.

Pascale Lavache, mannequin taille plus

Santé