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Le milieu médical s’interroge sur le taux élevé de mortalité dans les hôpitaux du Cap-Breton

L'Hôpital régional du Cap-Breton vu de l'extérieur
Le ratio de mortalité hospitalière au Cap-Breton est le plus élevé au pays. Photo: CBC/Robert Short
Radio-Canada

Personne ne peut expliquer exactement pourquoi un grand nombre de patients meurent dans les quatre hôpitaux du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Selon les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, le ratio de mortalité dans les hôpitaux de Sydney, North Sydney, Glace Bay et New Waterford surpasse la moyenne de 44 points.

Les autorités médicales de la Nouvelle-Écosse étudient les données dans l’espoir de déterminer ce qui se passe, mais il pourrait s’écouler des semaines avant qu’elles en viennent à des conclusions.

Nous ne pouvons littéralement rien faire pour eux

Le taux de mortalité soulève des questions complexes auxquelles il est difficile de répondre, mais les patients au Cap-Breton sont parfois plus âgés et plus malades qu’on pourrait s’y attendre quand ils se présentent à l’hôpital, explique la Dre Margaret Fraser, qui dirige l’association médicale du Cap-Breton. Certains patients n’ont pas de médecin de famille ou décident d’attendre pour voir ce qui va se passer quand ils tombent malades.

Des patients qui se présentent à l’hôpital souffrent déjà d’un cancer avancé ou d’insuffisance cardiaque extrême, explique-t-elle. Il arrive que des patients ne se rendent à l’hôpital qu’une semaine après avoir subi une crise cardiaque.

Parfois, des gens attendent trop longtemps avant de demander à être soignés, et lorsqu’ils arrivent nous ne pouvons littéralement rien faire pour eux, affirme la Dre Margaret Fraser.

Certains services de santé sont peut-être insuffisants

Certains hôpitaux font certaines choses mieux que d’autres, ajoute la Dre Fraser. Par exemple, dit-elle, une étude publiée cette année conclut que les patients à l’extérieur d’Halifax qui ont besoin d’un cathétérisme cardiaque courent deux fois plus de risques de mourir que ceux traités dans la région de la capitale.

La Dre Fraser devant l'hôpital régional du Cap-Breton.La Dre Margaret Fraser préside l'association médicale du Cap-Breton. Photo : CBC/Norma Jean MacPhee

Le système de santé au Cap-Breton connaît dans une certaine mesure des lacunes, explique la Dre Fraser. Dans le cas des patients en état de choc cardiogénique, le taux de mortalité est deux fois plus élevé qu’à Halifax parce qu’il faut trop de temps pour les transporter à un laboratoire de cathétérisme, dit-elle.

Les taux de maladies cardiaques sont élevés au Cap-Breton, souligne la Dre Margaret Fraser, et des patients subissent « un délai déraisonnable » pour recevoir un traitement à Halifax. Elle dit avoir vu un patient attendre trois semaines pour aller à Halifax subir un cathétérisme cardiaque alors qu’à d’autres endroits au Canada, il aurait reçu ces soins dès le lendemain. Les patients à Iqaluit reçoivent ce traitement plus rapidement que ceux à Sydney, dit-elle.

Les préoccupations d'un chirurgien

Le Dr Ronen Jhirad, chirurgien vasculaire qui a travaillé au Cap-Breton, ne sait pas pourquoi le taux de mortalité est si élevé dans les hôpitaux de la région. Il dit toutefois qu’il a déjà interpellé un certain nombre de médecins au sujet de la qualité des soins et du codage des patients, et qu’il a fait part de ses préoccupations aux autorités médicales.

Le Dr Jhirad soupçonne que certains patients ont été jugés comme étant des cas plus graves qu'ils ne l'étaient en réalité, afin d’éviter des traitements plus agressifs, mais pourtant appropriés. Cela a peut-être influencé le taux de mortalité, selon lui.

Le chirurgien dit avoir constaté que des collègues se fiaient à leur jugement clinique plutôt qu’aux normes médicales, tel que le système Apache avec lequel on estime les risques de mortalité du patient à l’aide de plusieurs critères.

Il soupçonne aussi que le fait d’avoir exprimé ses préoccupations a mené les autorités médicales à lui retirer ses privilèges hospitaliers. Il travaille aujourd’hui au bureau du coroner de l’Ontario, près de Toronto.

Plaire aux proches des patients

Le Dr Jhirad affirme que dans certains cas, les travailleurs de la santé n’ont peut-être pas communiqué de l’information juste aux patients ou à leur famille à propos de l'état de patients.

Le personnel accorde parfois trop d’importance aux préoccupations de la famille, affirme le Dr Jhirad. Il donne l’exemple d’un patient qui devait être transféré dans un hôpital à Halifax, mais dont la famille qui n’était pas assez fortunée pour l’accompagner a demandé qu’il soit plutôt soigné au Cap-Breton.

Portrait du Dr JhiradLe Dr Ronen Jhirad travaille en Ontario à la suite de son départ du Cap-Breton. Photo : CBC/Joan Weeks

Le Dr Jhirad dit avoir l’impression que le personnel médical a plus tenu compte des intérêts de familles que de ceux de patients.

À un moment donné, raconte le Dr Jhirad, il voulait discuter d’un pronostic et une infirmière lui a demandé de sortir de la chambre pour éviter qu’un patient l’entende. Il dit avoir répliqué que le pronostic concernait ce patient. Selon lui, l’équipe médicale est souvent laissée avec la famille, qui peut être mécontente des soins, alors l’équipe risque de se concentrer davantage sur la satisfaction de la famille que sur le patient. Si ce dernier meurt, ajoute le Dr Jhirad, il ne peut porter plainte.

Le Dr Ronen Jhirad a été réprimandé

Les autorités médicales ne veulent pas faire de commentaires sur les allégations du Dr Jhirad ou leur possible lien avec le taux élevé de mortalité. Elles disent cependant n’avoir aucune preuve à l’appui de ses allégations et aucune indication appuyant les préoccupations qu’il a exprimées lorsqu’il travaillait au Cap-Breton.

Le Dr Jhirad a quitté la région lorsque ses privilèges ont été révoqués. Le Collège des médecins et chirurgiens de la Nouvelle-Écosse l’a réprimandé après la découverte de dossiers médicaux dans une benne à ordure de l’hôpital régional.

La Dre Margaret Fraser ne veut pas faire de commentaires non plus sur ses propos. Elle affirme que personne ne lui a parlé d’un codage inapproprié de patients qui aurait pour but d’améliorer des statistiques.

Il n’est pas hors du commun, ajoute la Dre Fraser, que des familles se préoccupent des coûts du transfert d’un patient à Halifax et des dépenses nécessaires pour l’accompagner.

Deux embauches en gériatrie

Les autorités médicales ont annoncé la semaine dernière l’embauche de deux gériatres et la réouverture de la clinique gériatrique de Sydney.

C’était une bonne nouvelle, souligne la Dre Fraser en ajoutant qu’environ 10 % du personnel médical a démissionné depuis le mois d’août. En tout, 21 médecins ont quitté le Cap-Breton. La plupart d’entre eux sont des médecins de famille, d’autres sont des spécialistes. Quelques-uns ont pris leur retraite, d’autres ont soudainement démissionné.

Mais lorsque vous perdez 10 % de votre personnel médical en quatre mois, vous devez vous poser des questions, affirme la Dre Margaret Fraser.

Comment calcule-t-on le ratio de mortalité hospitalière?

Le ratio normalisé de mortalité hospitalière est une mesure reconnue à l’échelle internationale. Elle se base sur le chiffre 100, qui constitue la moyenne, et elle représente le nombre réel de mortalités comparativement au nombre attendu.

Le ratio est normalisé, c’est-à-dire qu’on ne tient pas compte de données tel que l’âge du patient ou ses problèmes médicaux. Un ratio de 100 ou presque est bon. S’il est plus faible que 100, il est meilleur, mais s’il est plus haut, il est préoccupant.

Le ratio au Cap-Breton était de 119 en 2013-2014. L’année suivante il a diminué à 114. Mais l’an dernier il a considérablement augmenté à 123. Le ratio est de 144 cette année, et il est le plus élevé au Canada.

D’après un reportage de Tom Ayers

Avec les informations de CBC

Nouvelle-Écosse

Établissement de santé