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  • Envoyé spécial
  • Après la lune de miel, la réalité rattrape la ministre McKenna à la COP24

    Une rue de Katowice, avec en arrière-plan un ciel nuageux majestueux.
    La COP24 se tient cette semaine à Katowice, dans le sud de la Pologne. Photo: Radio-Canada / Étienne Leblanc
    Radio-Canada

    Il y a trois ans à Paris, lors de la COP21, Catherine McKenna marchait sur un nuage. Propulsée au centre des négociations par son nouveau patron, Justin Trudeau, elle était le visage qui incarnait le retour du Canada dans le grand train climatique. Trois ans plus tard, la lune de miel est terminée. La ministre de l'Environnement doit aujourd'hui défendre un bilan environnemental controversé.

    Un texte d'Étienne Leblanc, envoyé spécial en Pologne

    À Paris, il y a trois ans, la ministre McKenna avait un mandat clair : montrer au monde entier que le Canada était de nouveau un leader en matière environnementale. Très rapidement, elle était devenue une des stars de la COP21.

    Elle y avait d'ailleurs joué un rôle majeur. S'il est inscrit noir sur blanc dans l'Accord de Paris que les pays signataires s'engagent à tout faire pour contenir le réchauffement à 1,5 °C, c'est beaucoup grâce à l'appui très fort qu'elle avait donné aux pays qui réclamaient que ce chiffre soit écrit dans l'entente.

    Cette démarche a abouti au fameux rapport du GIEC sur les effets d'un réchauffement de 1,5 °C, publié en octobre dernier.

    À Paris, Catherine McKenna était convaincue qu'elle pouvait changer le cours des choses pour le Canada. Trois ans plus tard, la réalité l'a un peu rattrapée, mais elle n'est pas découragée pour autant.

    Catherine McKenna, ministre fédérale de l'Environnement et des changements climatiques.Catherine McKenna, ministre fédéral de l'Environnement et des changements climatiques. Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

    C'est toujours plus difficile de mettre en oeuvre ce qu'on a promis. C'est facile de parler de cibles, mais il faut livrer! Et c'est compliqué, nous sommes un pays compliqué.

    Catherine McKenna, depuis la Pologne, où elle se trouve pour assister à la COP24

    La ministre de l'Environnement du Canada arrive donc à Katowice, en Pologne, pour la 24e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP24) avec un bilan plus difficile à défendre. C'est que, depuis trois ans, le Canada n'a pas réduit de façon substantielle ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Selon un rapport qui évalue la performance des pays en matière climatique publié lundi à la COP24, le Canada arrive au 54e rang sur 60.

    Elle doit aussi défendre l'achat par son gouvernement du pipeline Trans Mountain pour la somme de 4,5 milliards, une décision controversée qui a fait les manchettes partout sur la planète.

    « Le problème, c'est la demande, dit-elle à ce propos. Si ce n'est pas le pipeline, le pétrole va accéder aux marchés par le train, et on connaît les dangers du train. Le secteur du pétrole est le seul qui a une limite absolue sur les émissions. C'est sûr qu'on doit être plus ambitieux, mais je répète toujours la même chose : c'est une transition », dit Mme McKenna.

    La ministre « de tout le monde »

    La ministre dit entendre les critiques selon lesquelles elle serait trop complaisante envers les pétrolières. En entrevue, elle répète à plusieurs reprises que les gens doivent comprendre que tout ne peut pas arriver du jour au lendemain, que le Canada est en transition.

    Nous faisons un pas à la fois. Le plus difficile, c'est que, d'un côté, j'ai des gens qui me disent qu'on doit arrêter tout ça maintenant, mais de l'autre côté, il y a du monde qui dit qu'il ne faut rien faire et que je ne connais rien à l'économie.

    Catherine McKenna, depuis la Pologne, où elle se trouve pour assister à la COP24

    Grande nageuse, Catherine Mckenna fait le parallèle entre la natation et l'action climatique. « Tu te fixes l'objectif d'avoir une médaille dans plusieurs années, mais tu dois te lever tous les matins très tôt pour l'atteindre, et des fois ça ne va pas marcher comme on veut, mais on a toujours un but », illustre-t-elle.

    « Je suis la ministre de l'Environnement de tout le monde, pas seulement pour les environnementalistes, pas seulement pour les Québécois, pas seulement pour les peuples autochtones, pas seulement pour les travailleurs du secteur pétrolier, mais pour tout le monde », dit-elle.

    Plus difficile à la maison qu'en conférence internationale

    L'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ne lui a pas rendu la tâche facile.

    « Je me suis trouvé d'autres alliés, dit-elle. Ça peut paraître surprenant pour certaines personnes, mais la Chine est un allié, tout comme l'Union européenne ou les petits États insulaires. On doit continuer à avancer et on doit éviter les distractions. »

    Trois ans après sa lune de miel qui a suivi la signature de l'Accord de Paris, le contexte a grandement changé pour Catherine McKenna. Elle a pris la mesure de la difficulté que représente la réduction des émissions à effet de serre dans un pays comme le Canada.

    Elle reste une personnalité très appréciée dans ce genre de conférence internationale. Que ce soit des représentants d'ONG ou des personnes d'affaires, on sent qu'elle mène bien sa barque, malgré l'image un peu négative du gouvernement Trudeau actuellement. Même les écolos canadiens à Katowice lui envoient des fleurs.

    « On a besoin que sa voix forte soit entendue ici à la COP24 », dit Catherine Abreu, directrice du groupe Réseau Action Climat Canada.

    Pour Catherine McKenna, les choses sont sans aucun doute plus compliquées à la maison.

    Changements climatiques

    Environnement