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Louise Arbour rabroue les opposants au Pacte mondial pour les migrations

Entrevue avec Louise Arbour, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la migration internationale
Radio-Canada

Ceux qui invoquent la souveraineté nationale pour s'opposer au Pacte mondial pour les migrations pèchent par « ignorance » ou par « mauvaise foi », estime la Canadienne Louise Arbour, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la migration internationale.

En entrevue au Téléjournal avec Céline Galipeau, celle qui coordonne sa mise en place n’a pas mâché ses mots pour réfuter les principaux arguments des opposants au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, aussi appelé Pacte mondial pour les migrations.

Adoptée lundi à Marrakech, au Maroc, par une majorité d’États membres de l’ONU, la déclaration précise « de façon explicite » qu’il n’est « pas contraignant sur le plan juridique », et qu’il « ne porte en aucune façon atteinte à la souveraineté des États », a souligné Mme Arbour.

« Et au cas où ce ne serait pas assez clair, on répète que des politiques migratoires relèvent exclusivement de la compétence des États, sujet bien sûr du droit international existant », a-t-elle ajouté.

« Vous ne trouvez pas que ce serait un peu surprenant que 164 pays ici, par inadvertance, cèdent leur souveraineté sans s’en apercevoir? », a ironisé l'ancienne juge de la Cour suprême du Canada.

Le libellé du Pacte « réaffirme le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales [...] dans le respect du droit international ».

Il faut vraiment se demander d’où ces objections-là viennent. À mon avis, elles sont basées soit sur l’ignorance – alors on n’a pas bien lu ou on n’a pas lu du tout le texte –, [soit] sur la mauvaise foi parce qu’il n’y a aucun mérite à cette critique selon laquelle ça porte atteinte à la souveraineté des États.

Louise Arbour, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la migration internationale

En 2017, les États-Unis ont été le seul pays à se retirer des discussions avant leur aboutissement.

Depuis, une dizaine de pays, dont l’Autriche, l’Australie, la Hongrie, la Pologne et la République dominicaine, ont indiqué qu’ils n’adopteraient pas le pacte.

Quelques autres, dont la Suisse, qui avait coprésidé les négociations, et l’Italie, ont reporté leur décision.

Mis à part les États-Unis, tous les pays s’étaient mis d’accord sur le texte, a rappelé Louise Arbour, évoquant les « négociations intenses » ayant mené à la conclusion de l’entente, en juillet dernier.

« Ce qui a été un peu surprenant, c’est de voir que certains d’entre eux sont revenus sur leur parole depuis le mois de juillet », a-t-elle déploré.

Malgré des dissensions, Louise Arbour mise sur le « consensus » atteint par les signataires. « Le Pacte a été adopté ce matin par consensus, par acclamation de 164 pays membres », s’est-elle réjouie.

Pas un but en soi, mais un constat

Des migrants franchissent la frontière entre la Croatie et la Hongrie afin d'atteindre l'Union européenne.La crise des migrants qu'a connue l'Europe en 2015 est à l'origine du Pacte mondial des migrations. Photo : Laszlo Balogh / Reuters

« Le Pacte ne dit pas que la migration c’est une bonne chose et ne dit pas que c’est une mauvaise chose, ce n’est pas un instrument pour promouvoir la migration ni pour tenter de la restreindre », affirme-t-elle, contredisant les détracteurs du Pacte, qui dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une vision jovialiste et résolument pro-immigration.

L’objectif de la déclaration est d’arriver à « une meilleure gestion de la mobilité humaine » afin d’essayer de « combattre la migration chaotique, désordonnée, irrégulière, dangereuse, qui est contre l’intérêt des migrants eux-mêmes, des pays qui les accueillent et des pays de transit », indique Mme Arbour.

Les pays qui sont ici ont très bien compris que les politiques migratoires relèvent exclusivement de leurs compétences nationales, mais que la meilleure façon de pouvoir mettre en application leurs politiques nationales, c’est avec la coopération de leurs voisins.

Louise Arbour, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la migration internationale

Le phénomène migratoire devrait rester stable, voire s'amplifier, soutient-elle, invoquant « les pressions démographiques, les changements climatiques et les changements technologiques ».

Le texte d’une quarantaine de pages établit 23 objectifs se déclinant en près de 200 sous-engagements.

On y propose par exemple de munir les migrants de pièces d’identité, de combattre la traite de personnes et l'immigration clandestine, d'aider les migrants vulnérables, de faciliter l'intégration des migrants ou d'éliminer toute forme de discrimination.

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