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Les Nobel de la paix veulent aider les victimes de violences sexuelles

Le récit de Sophie Langlois
Agence France-Presse

En recevant leur Nobel de la paix lundi, le Congolais Denis Mukwege et la yézidie Nadia Murad ont appelé à renoncer à l'indifférence et à protéger les victimes de violences sexuelles, selon eux souvent reléguées derrière des considérations mercantiles.

Le gynécologue de 63 ans et l'Irakienne de 25 ans, ex-esclave des djihadistes devenue porte-drapeau de sa minorité, ont reçu le prix des mains de la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen, qui a salué « deux des voix les plus puissantes au monde aujourd'hui » contre l'oppression des femmes.

Lors d'une cérémonie fleurie et musicale, ponctuée d'ovations, de larmes et de youyous, dans l'hôtel de ville d'Oslo, les deux lauréats ont interpellé la communauté internationale et réclamé la fin de l'impunité pour les auteurs de violences sexuelles en temps de guerre.

« Ce ne sont pas seulement les auteurs de violences qui sont responsables de leurs crimes, mais aussi ceux qui choisissent de détourner le regard », a affirmé Denis Mukwege dans son discours de remerciement.

S'il faut faire la guerre, c'est la guerre contre l'indifférence qui ronge nos sociétés.

Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix

Surnommé « l'homme qui répare les femmes », il soigne depuis deux décennies les victimes de violences sexuelles dans son hôpital de Panzi, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), région déchirée par des violences chroniques.

« Bébés, filles, jeunes femmes, mères, grands-mères, et aussi les hommes et les garçons, violés de façon cruelle, souvent en public et en collectif, en insérant du plastique brûlant ou en introduisant des objets contondants dans leurs parties génitales », a-t-il énoncé.

Comme des milliers de femmes yézidies, sa colauréate Nadia Murad a été enlevée, violée, torturée et échangée par les djihadistes après l'offensive du groupe armé État islamique (EI) contre cette communauté kurdophone du nord de l'Irak en 2014.

Ayant réussi à s'évader, elle se bat aujourd'hui pour que les persécutions de son peuple soient reconnues comme génocide. Les yeux humides lundi, elle a plaidé pour les femmes et enfants – plus de 3000, selon elle – toujours aux mains de l'EI.

« Il est inconcevable que la conscience des dirigeants de 195 pays ne se soit pas mobilisée pour libérer ces filles », a-t-elle dénoncé dans un discours en kurde. « S'il s'était agi d'un accord commercial, d'un gisement de pétrole ou d'une cargaison d'armes, gageons qu'aucun effort n'aurait été économisé pour les libérer. »

M. Mukwege a aussi déploré que le sort de la population congolaise passe au second plan derrière l'exploitation sauvage des matières premières.

« Mon pays est systématiquement pillé avec la complicité des gens qui prétendent être nos dirigeants », a-t-il affirmé.

Pillé aux dépens de millions d'hommes, de femmes et d'enfants innocents abandonnés dans une misère extrême tandis que les bénéfices de nos minerais finissent sur les comptes opaques d'une oligarchie prédatrice.

Nadia Murad, Prix Nobel de la paix

Lui en costume sombre, elle en robe bleue et noire, tous deux ont appelé de leurs voeux une réaction de la communauté internationale.

Pour M. Mukwege, les États doivent mettre fin à l'impunité « des dirigeants qui ont toléré ou, pire, utilisé la violence sexuelle pour accéder au pouvoir », soutenir la création d'un fonds global de réparation pour les victimes de violences sexuelles, et sortir des tiroirs un rapport de l'ONU cartographiant les crimes de guerre et violations de droits en RDC.

Sous le regard de l'avocate et militante des droits de la personne libano-britannique Amal Clooney, qui appuie sa cause, Nadia Murad a imploré la planète de protéger son peuple.

« La protection des yézidis [...] est la responsabilité de la communauté mondiale et des institutions internationales », a-t-elle affirmé. « Sans cette protection internationale, rien ne nous garantit de n'être pas une fois de plus exposés à de nouveaux massacres menés par d'autres groupes terroristes. »

Les Nobel des autres disciplines ont également été remis ce lundi à Stockholm, à l'exception notable de celui de littérature, reporté à 2019 à cause – paradoxalement – d'un scandale de viol ayant secoué l'Académie suédoise.

Les lauréats étaient les hôtes lundi soir du roi de Suède, Carl XVI Gustaf, à l'hôtel de ville de Stockholm, où il offre chaque année un banquet somptueux ponctué de musique, retransmis en direct par la télévision publique. Le Nobel de physique, le Français Gérard Mourou, a eu l'honneur d'être placé à côté de la reine Silvia.

Le prix consiste en une médaille d'or, un diplôme et un chèque de 9 millions de couronnes suédoises (1,3 million de dollars canadiens).

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