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L’audience de la directrice financière de Huawei remise à une troisième journée

Une femme asiatique porte une oreillette et regarde vers sa droite. Elle est vêtue en noir.
La directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, a été arrêtée le 1er décembre 2018 lors d'une escale à l'aéroport de Vancouver. Photo: Reuters / Alexander Bibik
Radio-Canada

Après une deuxième journée d'audience, aucune décision n'a été rendue sur la question de la libération sous caution de la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei. L'audience se poursuivra mardi.

Un texte de Fanny Bédard et Eva Uguen-Csenge

Meng Wanzhou est détenue depuis plus d’une semaine au Canada. La justice américaine réclame son extradition, car elle la soupçonne de fraude visant à contourner les sanctions américaines contre l'Iran.

Lundi après-midi, le juge William Ehrcke a décidé que l’audience reprendrait mardi, soulignant que même si la caution de 15 millions de dollars proposée par Mme Meng est importante, cette dernière pourrait vraisemblablement « perdre 15 millions de dollars et continuer sa vie sans changer son style de vie ».

Les avocats de la Couronne s’opposent à sa remise en liberté et font valoir qu’elle risque de s’échapper du pays, mais l’accusée argue de son côté qu’elle a des problèmes de santé et qu’elle a de forts liens avec Vancouver où elle possède deux maisons.

Un dessin de Meng Wanzhou en courMeng Wanzhou lors du premier jour de sa comparution devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour sa remise en liberté sous caution vendredi dernier. Photo : Reuters / Jane Wolsak

Son avocat, David Martin, a appelé deux témoins au sujet d’une surveillance possible de sa cliente par une firme privée jumelée à une surveillance électronique. Il a argué qu’elle pourrait en payer les coûts et être emprisonnée si elle ne se soumet à ses conditions de remise en liberté.

Le président de la compagnie Lions Gate Risk Management, Scott Filer, un ancien sergent de la Gendarmerie royale du Canada, a indiqué que l’accusée pourrait porter un appareil pouvant indiquer ses déplacements. Il admet toutefois que sa compagnie de sécurité n’a jamais surveillé quelqu’un de la sorte.

De son côté, l’autre témoin Stephen Tan, cofondateur de GSP Monitoring, a soutenu que son entreprise a déjà surveillé 520 personnes remises en liberté sous condition et qu’une seule a réussi à s’enfuir.

Il ajoute que Mme Meng devrait porter un bracelet à la cheville qui peut se retirer à l'aide de ciseau, mais qu'une alarme est alors activée. Selon lui, son entreprise a déjà eu à gérer des cas d'extradition ayant soulevé des inquiétudes au sujet du piratage des appareils électroniques.

Si elle s’enfuit ou contrevient à ses conditions de quelque façon que ce soit, il n’est pas exagéré de dire qu’elle mettrait la Chine elle-même dans l'embarras.

David Martin, avocat

Allégations de fraude

Meng Wanzhou fait face à des allégations d’avoir utilisé une entreprise non officielle, Skycom, pour accéder au marché iranien entre 2009 et 2014, en violation de sanctions américaines.

Selon d’autres allégations, la directrice financière et d’autres cadres de Huawei auraient été mis au courant d’enquêtes criminelles menées par les États-Unis concernant leur entreprise et auraient modifié leurs voyages pour éviter les autorités américaines autour de 2017.

Les accusations de fraude contre Meng Wanzhou entraînent chacune une peine maximale de 30 ans en prison.

Mme Meng allait de Hong Kong à Mexico quand elle a été interceptée et arrêtée à l’aéroport de Vancouver une correspondance le 1er décembre.

Des liens avec Vancouver

Dans sa demande de libération, Meng Wanzhou soutient qu’elle a de forts liens avec Vancouver qui remontent à une quinzaine d’années et qu’elle y possède deux maisons.

La police enquête d’ailleurs sur une supposée entrée par effraction qui se serait produite dans une des résidences dimanche matin.

Des documents de la cour révèlent par ailleurs que la femme d’affaires a obtenu le statut de résidente permanente dans le passé, mais qu’elle y a renoncé il y a une dizaine d’années.

La Chine exerce des pressions sur le Canada

La Chine demande pour sa part que Mme Meng soit relâchée et dénonce même le traitement « inhumain » qu’elle subirait. La femme d’affaires affirme souffrir de problèmes de santé, notamment d’hypertension grave. Elle soutient d’ailleurs avoir dû être hospitalisée pour cette raison à la suite de son arrestation.

L'ex-ambassadeur du Canada en Chine Guy Saint-Jacques estime que cette affaire aura un « impact assez important » pour le Canada, notamment pour le commerce et les exportations. « C’est plus difficile pour la Chine de s’attaquer directement à la source du problème - et dans ce cas, c’est les États-Unis, puisque ce sont eux qui ont émis le mandat pour arrêter Mme Meng - plutôt que de s’attaquer au Canada. »

Entrevue avec Zhan Su, professeur de stratégie et de management international

Une mission économique suspendue

Une mission économique de la Colombie-Britannique en Chine en matière forestière qui devait avoir lieu cette semaine a été suspendue, « en raison du processus de révision judiciaire internationale qui est en cours en lien avec un haut dirigeant de Huawei Technologies », a déclaré le ministre provincial des Emplois, du Commerce et de la Technologie, Bruce Ralston, par communiqué.

« Je ne serais pas surpris que le bureau de la Colombie-Britannique à Pékin ait été avisé que les officiels n’étaient plus disponibles pour rencontrer le ministre [...]. Et donc il y a dû avoir une suggestion assez forte de retarder ou d'annuler la visite », explique de son côté M. Saint-Jacques.

Il s’attend à ce que les démarches judiciaires entourant la directrice financière de Huawei, qui est aussi la fille du fondateur et PDG de l'entreprise, soient longues. « Étant donné que Mme Meng a un bon avocat, je présume qu’elle voudra étirer les procédures le plus longtemps possible, ce qui veut dire que le Canada sera soumis à beaucoup de pression durant toute cette période », soutient-il.

Avec des informations de Briar Stewart et de Jason Proctor, CBC News

Colombie-Britannique et Yukon

Économie