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Épiés 24 heures sur 24 : les détenus souffrent d'un grave manque d'intimité

Quatre cellules de prison avec des portes ouvertes
En prison, l'intimité serait chose particulièrement rare, avec les problèmes que cela comporte. Photo: Radio-Canada / William Bastille-Denis
La Presse canadienne

Dans le milieu carcéral, les détenus, constamment surveillés, en viennent à mettre au point diverses méthodes pour pallier l'absence quasi totale d'intimité, révèle une nouvelle étude québécoise.

Imaginez-vous aller aux toilettes, prendre votre douche ou vous changer... sous l'œil persistant d'autres personnes ou d'un agent de sécurité. C'est la réalité quotidienne des détenus, qui ne sont tout simplement jamais seuls, au point qu'ils développent des codes informels pour y remédier, a constaté une doctorante en criminologie de l'Université de Montréal.

« On peut jamais se retrouver seuls. On ne peut jamais trouver un moment pour soi, pour se poser, réfléchir, s'éloigner un peu des autres. Il y a toujours, toujours quelqu'un à côté », a commenté en entrevue téléphonique Anaïs Tschanz, auteure d'une thèse sur le sujet de l'intimité en prison.

« Et ça, c'est quelque chose que nous, dans la société, on aurait peut-être du mal à imaginer. »

La doctorante a écrit sa thèse à partir notamment du témoignage de 44 détenus, des hommes et des femmes, qui sont incarcérés dans les prisons provinciales du Québec.

Elle a découvert que devant ce manque d'intimité chronique, les détenus développaient des moyens informels entre eux.

Par exemple, ils vont essayer d'éviter le regard des autres, ils vont installer des draps sur la fenêtre pour éviter d'être vus de l'extérieur, ou se placer d'une certaine façon dans la cellule pour se sentir plus à l'écart.

Le problème de la surpopulation dans certaines prisons complique d'autant plus la vie des détenus, qui cohabitent avec les autres dans des environnements de plus en plus restreints.

Ça aggrave le fait d'être tout le temps avec quelqu'un, d'être dans des secteurs où on se retrouve les uns sur les autres. Ça renforce cette promiscuité.

Anaïs Tschanz, doctorante en criminologie de l'Université de Montréal

Même lorsqu'ils sortent de la prison pour être transférés par exemple, les détenus ne peuvent s'évader de la présence des autres, selon les recherches de Mme Tschanz.

« Les conditions dans lesquelles ils sont transportés, ce sont vraiment des conditions qui empêchent toute intimité, qui vraiment sont une énorme intrusion dans l'intimité corporelle des détenus, qui se retrouvent un peu les uns sur les autres dans des fourgons », a-t-elle soutenu.

« Ce sont des transferts qui peuvent être extrêmement fréquents, donc ça a plusieurs implications sur les liens familiaux, l'éloignement géographique avec les proches », a-t-elle ajouté.

Des conséquences au manque d'intimité

Daniel Poulin-Gallant, coordonnateur d'Alter Justice, un organisme venant en aide aux personnes judiciarisées et détenues, souligne que ce manque d'intimité, aggravé par la surpopulation peut avoir des conséquences dans l'établissement carcéral.

Certains détenus peuvent notamment éprouver des problèmes de constipation parce qu'ils n'osent pas faire leurs besoins devant les autres.

Il peut y avoir également plus de conflits. « C'est sûr qu'il peut y avoir de l'intimidation faite par les autres détenus, parce qu'on s'entend que quand on passe 24 heures sur 24 dans une prison, dans une cellule, on a rien à faire, c'est sûr que la moindre petite chose devient importante, devient une grosse situation », a-t-il indiqué en entrevue téléphonique.

Selon lui, la solution ne réside pas dans l'idée de construire plus de prisons. Il suggère de réduire le nombre de peines de prison pour certains détenus non dangereux.

« C'est pour les infractions mineures. Et je ne dis pas que je suis d'accord que les gens fassent ces infractions-là. Au contraire. Je pense que lorsqu'on commet des crimes, il faut avoir une punition », a-t-il soutenu.

« Cependant, l'incarcération n'est pas toujours la solution. Il y a toutes sortes de mesures de rechange, notamment l'incarcération à la maison, les personnes en centre résidentiel communautaire – les maisons de transition – c'est aussi une bonne utilisation des ressources dans la communauté. »

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