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Pacte de l'ONU sur les migrations : le gouvernement belge perd sa majorité

Il parle au micro.

Le premier ministre belge Charles Michel donne une conférence de presse à Bruxelles.

Photo : Reuters / Eric Vidal

Agence France-Presse

Le premier ministre belge Charles Michel a pris dimanche la tête d'un gouvernement minoritaire, après la démission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale en raison d'une divergence profonde sur le Pacte de l'ONU sur les migrations.

Ces démissions ont été « acceptées » par le roi des Belges à la mi-journée, selon un communiqué, à l'issue d'une rencontre au Palais royal avec M. Michel, venu lui présenter la situation politique et le nom des ministres qui héritent des portefeuilles vacants (Intérieur, mais aussi Finances et Défense et Migration).

L'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon, issu de l'Alliance néoflamande (N-VA, nationaliste flamand), avait confirmé dimanche à la télévision publique RTBF que lui-même et les autres ministres de son parti allaient démissionner. « C'est clair, c'est net », avait-il dit, mettant fin à plusieurs heures de flou.

Avec ce départ de la N-VA, poids lourd de cette coalition belge, Charles Michel prend la tête d'un gouvernement sans majorité au Parlement, à cinq mois des prochaines élections législatives, prévues fin mai.

Le gouvernement a souvent tangué depuis quatre ans en raison des prises de position jugées radicales de la N-VA sur la migration.

Le président du parti, Bart de Wever, avait lancé samedi soir un ultimatum à M. Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations.

« Si on n'a plus de voix dans ce gouvernement [...] ça ne sert à rien de continuer », avait-il lancé.

« Je prends [...] acte ce soir que la N-VA quitte la majorité », avait répondu M. Michel dans la foulée. Il avait répété sa ferme intention de représenter la Belgique à Marrakech comme « chef de gouvernement d'une coalition responsable ».

Samedi soir, un conseil des ministres de la dernière chance avait été convié, mais il n'a pas permis de surmonter les divergences.

Du consensus aux démissions

La N-VA était le seul des quatre partis de la coalition opposé à ce texte onusien, qui doit être approuvé lundi et mardi au Maroc par les pays de l'ONU, avant d'être ratifié lors d'un vote au siège des Nations Unies à New York le 19 décembre.

Le pacte avait d'abord fait l'objet d'un consensus gouvernemental cet été, mais la N-VA a changé d'avis fin octobre.

La crise, latente depuis plusieurs semaines, a éclaté mardi soir, quand Charles Michel a annoncé son intention de se tourner vers le Parlement faute d'unanimité au sein de son gouvernement.

Il en allait de la « crédibilité » de la Belgique au plan international avait expliqué le premier ministre, qui avait lui-même défendu ce texte à la tribune de l'ONU fin septembre.

Jeudi, une large majorité droite/gauche s'est dégagée en plénière à la Chambre belge en faveur d'une résolution demandant au gouvernement de soutenir le pacte. La N-VA s'est retrouvée isolée au côté du parti d'extrême droite Vlaams Belang.

Marine Le Pen

Ce parti anti-immigration a d'ailleurs tenu samedi une réunion à Bruxelles avec Marine Le Pen, chef de l'extrême droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, afin de dénoncer ce Pacte, brandi comme épouvantail par les populistes à travers l'UE à l'approche des élections européennes en mai prochain.

« Le pays qui signera ce pacte, évidemment, il signera un pacte avec le diable », avait affirmé la dirigeante française.

Non contraignant, le Pacte de l'ONU recense des principes, défense des droits humains, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale, et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations.

L'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l'Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech.

Les États-Unis s'étaient retirés de l'élaboration du Pacte en décembre dernier.

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