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Le plaisir de la loterie du Dave Matthews Band

Le groupe américain Dave Matthews Band a clôturé la 51e édition du FEQ.
Le groupe américain Dave Matthews Band a livré un concert samedi soir au Centre Bell à Montréal. Photo: Radio-Canada / Alice Chiche
Philippe Rezzonico

CRITIQUE – À l'ère de l'internet, il y a moyen de tout savoir de la tournée de n'importe quel artiste avant même qu'elle ne fasse escale au Québec. Mais même l'omniprésence des réseaux sociaux ne parvient pas à gâcher la surprise quand il s'agit du Dave Matthews Band.

L’Américain de la Virginie et ses collègues étaient de retour à Montréal samedi soir, dans la foulée de la parution de leur disque Come Tomorrow. Les amateurs du groupe qui roule sa bosse depuis le début des années 1990 le savent : avec Dave, c’est toujours la musique qui prime.

Pas de fla-fla ni de tape-à-l’œil. Les musiciens montent sans tambour ni trompette sur une scène où il n’y a que des instruments. Pas d’accès au parterre ou de passerelle surélevée. Uniquement deux écrans au-dessus des musiciens et un autre, à l’arrière, qui ne se dévoilera qu’à la quatrième chanson. D’une qualité visuelle très moyenne selon les standards d’aujourd’hui, d’ailleurs.

Le qui-vive

Aucune importance quand la foule est sur le qui-vive. Celle qui assiste à un concert de Matthews l’est constamment, car la marque de commerce du DMB est de ne jamais interpréter les mêmes chansons dans le même ordre d’un soir à l’autre. Samedi, seulement le tiers des titres avaient été interprétés à Boston la veille, mais aucun n’était placé au même endroit dans la séquence.

Les amateurs massés au Centre Bell ont donc eu droit à Don’t Drink the Water d’entrée de jeu, une chanson qui n’avait pas été la première sur la ligne de départ depuis une trentaine de concerts, soit depuis le 15 juillet dernier, au Festival d’été de Québec.

Flanqué de Stefan Lessard (basse) et de Carter Beauford (batterie) – qui l’accompagnent depuis le début – des vétérans Tim Reynolds (guitare), Rashawn Ross (trompette) et Jeff Coffin (saxophone), ainsi que du petit nouveau Buddy Strong (claviers), Matthews prend un malin plaisir à fusionner les genres et à s’épivarder dans toutes les directions, souvent, au sein d’une même composition.

Dextérité collective

Il n’y a pas de meilleur exemple que l’interprétation de Seek Up pour illustrer ce point. Amorcé par un long chassé-croisé entre les cuivres de Ross et de Coffin, le morceau reprend une forme chansonnière avec la contribution de Matthews, avant de retourner en mode instrumental avec des passes d’armes de Strong, de Lessard et de Reynolds. Matthews a bouclé le tout après plus de 20 minutes de dextérité collective.

C’est plutôt rare au Centre Bell de voir des saxophonistes et trompettistes recevoir des applaudissements nourris comme les guitaristes et les batteurs de rock. Pour un peu, je me serais cru au Festival international de jazz de Montréal.

Dans les faits, Matthews a depuis longtemps fait éclater l’étiquette folk rock qui collait au groupe à ses débuts. Si Seek Up possède une mouture jazz, la nouvelle That Girl is You baigne dans les effluves soul et gospel en raison des claviers de Buddy Strong. The Song That Jane Likes a du R.E.M. dans le nez, tandis que Louisiana Bayou trempe dans le funk et les sonorités marécageuses de La Nouvelle-Orléans. Le groupe a bâti la version d’hier tel un irrésistible crescendo qui a été salué par l’une des plus grosses ovations de la soirée.

Si le Dave Matthews Band prend tout son sens par sa cohésion et la qualité de ses musiciens, le leader sait varier les ambiances avec humour.

« C’est une vieille chanson que je vais essayer de ne pas massacrer, O.K.? À moins que ce soit pour ça que vous soyez venus ce soir, non? »

Un homme, seul, joue de la guitare.Le groupe américain Dave Matthews Band était sur les plaines d'Abraham dimanche. Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

Le mur

Et Matthews a interprété en solo une jolie version de Her On Out. Visiblement comblé d’être au Canada, le chanteur a fait par deux fois allusion au plaisir qu’il avait d’être « de l’autre côté du mur », clin d’œil à la situation qui prévaut à la frontière du Mexique et des États-Unis.

En belle forme, Matthews tient encore bien la route dans la jeune cinquantaine avec des chansons plus ardues au plan vocal comme Warehouse, mais il a perdu un peu de tonus.

Le DMB aime bien interpréter des classiques de la musique populaire et Sledgehammer, de Peter Gabriel, a été impeccable. D’autant plus que la voix de Matthews s’approche beaucoup de celle de Gabriel. Le seul hic, c’est que la chanson a été celle qui a été accueillie par la plus grosse ovation à ce moment du concert (plus ou moins après 90 minutes).

La pétaradante Ants Marching, durant laquelle Carter Beauford vole la vedette à la batterie, la trépidante Rhyme and Reason et l’irrésistible Rapunzel, en fin de parcours, ont largement rétabli l’équilibre. N’empêche, c’est peut-être la touchante You and Me, en ouverture des rappels, qui a été le point fort de la dernière demi-heure.

En dépit d’une prestation de 2 heures et 40 minutes, sur le chemin du retour, j’ai entendu quelqu’un dire que le DMB aurait pu faire plus de « hits ». Peut-être, même si le groupe a pigé dans six de ses neuf albums studio en près de 25 ans. Personnellement, j’aurais bien pris Crash Into Me ou Everyday.

Mais c’est le couteau à double tranchant d’un concert de ce groupe. Tu ne sais jamais ce qui t’attend, ce qui augmente le plaisir, selon moi, mais tu n’entendras peut-être pas « ta » chanson.

Au fond, un concert du Dave Matthews Band, c’est un peu comme jouer à la loterie : on ne sait jamais quel numéro va sortir du boulier. Cela dit, au terme d’une prestation comme celle d’hier, il faut quand même admettre qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de perdants.

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