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analyse

Emmanuel Macron peut-il encore apaiser les « gilets jaunes »?

Un autocollant affichant le mot dégage sur le visage d'Emmanuel Macron se trouve sur le sac-à-dos d'une manifestante.

Les autorités affirment que 31 000 personnes ont manifesté à travers la France samedi.

Photo : Reuters / Benoit Tessier

Yanik Dumont Baron

ANALYSE – Le quatrième acte à Paris n'aura pas été aussi violent et dangereux que les autorités le laissaient publiquement entendre. Les différentes tactiques des forces de l'ordre ont changé la dynamique, mais la colère des « gilets jaunes » ne s'est pas estompée. Plus que l'intervention de 89 000 policiers à travers le pays, un seul homme pourrait – peut-être – arriver à apaiser la grogne.

C’est devenu évident assez rapidement dans la journée : les policiers n’allaient pas laisser des milliers de gens se rassembler place de l’Étoile. Un peu comme si, en haut lieu, on avait juré que plus jamais l’Arc de triomphe ne serait souillé de graffitis.

Certes, plusieurs milliers de manifestants au gilet jaune ont crié leur colère sur les Champs-Élysées, devenus méconnaissables derrière ses façades placardées. Mais ce n’était que pour quelques heures. Les gaz lacrymogènes et les balles de caoutchouc les ont chassés.

Un jeune homme urine sur un bâtiment sur lequel un graffiti « Macron en prison » a été peint.

Plus de 1000 personnes ont été arrêtées samedi en France dans le cadre d'un quatrième week-end de manifestations des gilets jaunes.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Aux grands maux les grands moyens

Ils sont nombreux, les « gilets jaunes », à ne pas avoir réussi à s’approcher de cette mythique avenue, un symbole de l’opulence que peut représenter la capitale française.

« On n'arrive pas à accéder aux Champs-Élysées », m’a expliqué une jeune femme frustrée. Les policiers « retirent tout : masques, lunettes ». Tout ce qui peut servir d’arme ou de protection contre les méthodes policières.

De nombreux manifestants ont tenté de s’approcher par une autre avenue ou par une petite rue non loin. Chaque fois, le scénario était semblable : barrage, volée de gaz, avancée des policiers, fuite des manifestants.

« Ils nous ont encore gazés dans la rue, là », a affirmé une manifestante qui parlait péniblement, les yeux encore pleins de larmes causés par les gaz lacrymogènes. « Je ne sais pas ce qu’ils ont rajouté dans les produits, mais alors, franchement… »

J’ai l’impression qu’on n’a pas manifesté. On n’a pas pu monter là où on voulait, on ne peut pas dire ce qu’on veut, on ne peut rien faire!

Une manifestante

« Au monde entier, il faut le montrer ce qu'il fait Macron! », a crié une autre femme à notre attention.

Les autorités ont voulu éviter de grandes scènes de violence comme celles qui ont marqué Paris la semaine dernière. Elles semblent avoir réussi, après y avoir mis les grands moyens.

Reconnaître l'ampleur du mouvement

Les différentes tactiques policières (et le gaz) ont laissé un goût amer dans la bouche de plusieurs manifestants. « On ne va pas venir se faire gazer tous les week-ends par plaisir », m’a lancé un homme.

« Au lieu de nous encadrer pour éviter qu'on se rassemble », m’a expliqué un autre, frustré, « qu’ils nous encadrent » devant la résidence d’Emmanuel Macron.

Une suggestion qui témoigne du fait que bien des manifestants parmi les « gilets jaunes » n’ont pas encore l’impression d’avoir été entendus et compris par leur président.

Une femme se trouve près de plusieurs policiers. Elles portent un gilet jaune sur lequel est écrit : « je dis non sans arme ni violence ».

Les autorités ont empêchés les gilets jeunes d'accéder aux Champs-Élysées samedi.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Depuis les violences de la semaine dernière, M. Macron n’a rien dit sur le mouvement des « gilets jaunes » . Pas un mot. C’est son premier ministre, Édouard Philippe, qui a offert de petites concessions.

C’est donc vers le président que plusieurs « gilets jaunes » tournent leur regard dimanche matin. Comme cet homme, convaincu que « ça ne sera plus utile au bout d’un moment » de revenir manifester sur les Champs-Élysées.

« J’espère un discours positif », m’a expliqué un autre manifestant.

J’espère que le président va parler des citoyens, de ceux qui se lèvent le matin.

Un manifestant

Emmanuel Macron doit s’exprimer au sujet de la contestation des « gilets jaunes » dans les prochains jours. Il devrait proposer « des mesures pour nourrir le dialogue », selon les mots du premier ministre.

« Place au dialogue », a d'ailleurs conclu Édouard Philippe, à la fin du point de presse où les autorités ont affirmé que le cycle de violence visible depuis trois semaines était bel et bien brisé.

Mais bien des manifestants ne veulent pas de concertations et de discussions avec les autorités et les élus. Ils le disent et le répètent depuis des semaines. Ils réclament des baisses de taxes et un pouvoir d’achat plus grand.

C’est ce qu’ils attendent de leur président. Si Emmanuel Macron déçoit, les « gilets jaunes » promettent de rester bien visibles dans le paysage français.


Yanik Dumont Baron est correspondant pour Radio-Canada à Paris.

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