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Les grandes marées seront de plus en plus destructrices dans l'Est-du-Québec

Déferlement de vagues au Rocher Blanc à Rimouski
En décembre 2016, de grandes vagues ont déferlé au Rocher blanc à Rimouski. Photo: Radio-Canada / Radio-Canada/Jean-Luc Blanchet
Radio-Canada

Avec la disparition du couvert de glace sur le littoral du Saint-Laurent et l'accélération de l'érosion, les municipalités de l'Est-du-Québec subissent plus durement les effets des grandes marées et la tendance continuera de s'accentuer, selon les experts.

Un texte de Catherine Poisson

Le scénario vécu le 6 décembre 2010, lorsqu'un déferlement de vagues a causé des dommages considérables dans l'Est-du-Québec, pourrait bien se reproduire dans les prochaines années.

C'est que les changements climatiques rendent les côtes plus vulnérables aux intempéries, notamment en retardant la formation du couvert de glace, explique le professeur-chercheur à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER), Dany Dumont.

Lorsqu'un couvert de glace se forme sur le littoral, il empêche les vagues d'atteindre les berges. En l'absence de cette glace, les berges et leurs habitants se retrouvent sans protection naturelle.

C'est souvent quand il y a de fortes vagues qu'il y a du dégât et on les voit de manière plus prédominante aux mois de décembre et janvier, quand la glace n'est pas encore formée près des côtes.

Dany Dumont, professeur-chercheur à l'ISMER

Dans un contexte de changements climatiques, est-ce que la glace sera moins présente, plus tardive, couvrant une moins grande superficie du golfe Saint-Laurent? C'est ce que les modèles de prévisions climatiques nous disent, constate M. Dumont.

Des risques accrus pour les infrastructures et les habitants

Les municipalités de l'Est-du-Québec subissent déjà les effets de la disparition du couvert de glace depuis quelques années.

On l'a très bien vécu en janvier dernier, rapporte le directeur des communications par intérim à la Ville de Matane, Robert Pelletier.

Avec l'érosion, les bandes riveraines peuvent devenir comme des planches qui facilitent la propulsion des glaces vers les maisons.

Robert Pelletier, directeur des communications par interim à la Ville de Matane
Un chalet a été renversé dans la communauté innue d'EkuanitshitEn janvier 2017, les vagues ont renversé un chalet dans la communauté innue d'Ekuanitshit, sur la Côte-Nord. Photo : Courtoisie / Jean-Charles Piétacho

En plus des risques pour les bâtiments, ce nouveau phénomène pose de sérieux dangers pour les habitants des côtes, selon le directeur général de la Ville de Sept-Îles, Patrick Gwilliam.

Lors de la dernière tempête, il y a eu des vitres fracassées, alors si quelqu'un s'était trouvé dans cette pièce-là, il aurait été blessé sérieusement.

Patrick Gwilliam, directeur général de la Ville de Sept-Îles

La vague ne vient pas toujours seule, souvent il y a un couvert de glace qui s'est brisé ailleurs, et les morceaux de cette glace voyagent et viennent frapper les maisons. À certains endroits, il y avait de petits enrochements. La vague est venue frapper la roche et la roche a agi comme un projectile, affirme le directeur.

Quelles solutions?

La Ville de Sept-Îles a interpellé le gouvernement québécois afin que la cartographie du Saint-Laurent soit mise à jour et que les résidences situées dans les zones qui auront été identifiées comme à risque soient relocalisées dès que possible grâce à un programme d'aide financière.

Des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR) récoltent déjà des données depuis plus de 10 ans afin de produire une carte des zones à risque de submersion dans le Saint-Laurent. Comme une quantité importante de données est nécessaire pour arriver à des prévisions fiables, cette cartographie ne sera pas disponible avant quelques années.

Ils nous ont dit d'ici deux à trois ans, mais on essaie de les presser pour que ça arrive avant ça, affirme Patrick Gwilliam.

Une maison bleue est transportée par camion.Cette résidence de Sainte-Flavie a dû être déplacée à la suite de l'épisode des grandes marées de 2010. Photo : Radio-Canada

Un système pour alerter les résidents

Entre-temps, Matane et Sept-Îles ont toutes deux mis en place des services d'alerte pour prévenir leurs citoyens lorsqu'un avis d'onde de tempête est émis.

À Matane, le service en place depuis le mois de mars dernier permet d'alerter les gens de toute situation d'urgence se déroulant dans leur secteur, par texto, appel ou courriel. Les citoyens peuvent s'abonner à ce service gratuitement sur le site web de la Ville. Jusqu'à maintenant, entre 400 et 500 personnes se sont inscrites, selon M. Pelletier.

Une des beautés du système, c'est que, si vous avez des parents âgés, vous pouvez vous inscrire en donnant leur adresse et s'il devait se produire quelque chose dans leur lieu de résidence, vous seriez avisés immédiatement, ajoute-t-il.

Les résidents de Sept-Îles doivent également s'inscrire pour être alertés par téléphone.

La Ville de Rimouski se fie, quant à elle, au système national En alerte, qui doit pouvoir joindre tous les téléphones vendus au Canada d'ici avril 2019.

Qu'est-ce qu'une grande marée?

Il importe de préciser que le terme « grande marée » n'est pas scientifiquement exact, selon Dany Dumont.

Les experts parlent plutôt de surcote, un dépassement inhabituel du niveau de la marée haute et d'onde de tempête, un rehaussement du niveau de la mer causé par les vents.

C'est l'addition de ces phénomènes, une marée très haute s'ajoutant à des vents forts qui entraînent de grandes vagues, qui crée ce qu'on appelle les grandes marées.

Les grandes marées d'automne, un mythe?

Si on entend souvent parler des marées d'automne, elles sont plutôt liées à la saison hivernale, ajoute le chercheur.

Il y avait une croyance qu'autour de l'équinoxe, les marées hautes étaient plus hautes, mais cette croyance est totalement fausse. Ce qui explique cet effet-là, c'est plutôt que l'hiver, les vents sont en moyenne plus forts, donc vont apporter une élévation supplémentaire de la marée et en même temps, vont générer des vagues, affirme-t-il.

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