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10 questions en rafale à la drag queen Rita Baga

Rita Baga est debout devant un miroir.
Rita Baga costumée et maquillée Photo: Facebook/Rita Baga
Radio-Canada

Le jour, il s'appelle Jean-François Guèvremont, mais quand tombe la nuit, une fois parée de ses habits de lumière, c'est Rita Baga qui entre en scène. Lors de son passage à Gatineau avec ses Reines de Noël, Les malins sont allés à sa rencontre, histoire de mieux connaître la personne sous le maquillage.

Ça vient d’où, le mot drag?

Ça vient de dress really as a girl, et c’était, je crois, que dans le temps shakespearien, les personnages féminins devaient être joués par des hommes. […] C’est ce qu’on voit un peu dans le film Shakespeare In Love. Ça devient un art, quelque chose qui est associé au cabaret dans les années 1950. On pense à Gilda, aux Mistinguettes, tout ça… Ça a pris quand même un certain moment. Puis l’autre vague, qui est la drag queen plus colorée [...] non plus transformiste, c’est Mado, au Québec, qui l’a amenée.

Qui peut devenir drag queen?

Peu importe l’identité de genre, tu peux faire de la drag, et n’importe quel type de drag aussi. Donc, on a des drag kings, on a des gender queer, gender fluid. […] On a des personnes qui s’identifient homme qui font des drag kings, même chose pour les femmes. Donc, il n’y a plus de frontières. La drag est rendue très créative et alternative.

Quels sont les prérequis pour entrer dans cet univers?

C’est très facile d’avoir accès à de belles perruques, de beaux vêtements, de faire un beau design, quelque chose qui est visuellement très attirant. Mais le feu sacré, la présence sur scène, ça ne s’achète pas.

Pour moi, c’est ça, le prérequis, pour être une drag : c’est d’avoir une bonne présence scénique, puis d’être charismatique.

Rita Baga

Combien de temps prend la transformation?

En 30 minutes, la plupart [des drags] peuvent être potables, je dirais. Mais normalement, on aime bien avoir une heure au minimum pour une transformation complète.

Trois mots qui décrivent un spectacle de drag queen?

Extravagance. Créativité. Humour.

Une phrase pour inviter un non-initié curieux et ouvert à assister à un spectacle de drag?

Venez tenter l’expérience et vous ne serez pas déçus d’être divertis par des gens colorés, différents, marginaux et fabulous.

Est-ce qu’on vit dans une belle époque pour être drag queen?

Avant, si je voulais avoir une perruque bleue, il y en avait trois dans un magasin à Montréal. Il fallait que je sois dans les trois premières à courir au magasin pour l’avoir. Maintenant, je veux une perruque bleue? Je m’en vais sur Internet, je l’ai le lendemain. Par contre, au niveau des bars, les réactions dans la salle ont beaucoup changé parce que les gens, dans les bars de la diversité, ils ne sortent plus pour rencontrer. Ce qui était le cas avant. Les gens se rencontrent beaucoup plus virtuellement. Donc là, il y a moins d’achalandage en général dans les bars et les gens n’ont pas le même esprit festif qu’avant.

Oui, c’est vraiment une très belle époque, surtout au niveau de l’accessibilité du matériel.

Rita Baga

Pourquoi vous faites ça?

C’est venu dans ma vie du jour au lendemain. C’était la fête d’un ami et ça faisait longtemps qu’il me disait : "Est-ce que ça te tente d’essayer? Voudrais-tu être drag? Tu serais tellement drôle, t’es super expressif". Ça ne me tentait pas plus que cela, mais je l’ai fait pour son anniversaire, en surprise. Puis, je me suis rendu compte que ça réunit toutes les choses que j’aime dans la vie : le chant, la danse, le maquillage, la mode, la coiffure et l’exubérance.

On peut aller plus loin dans l’exploration de notre personnage qu’en humour, par exemple.

Rita Baga

Est-ce que c’est payant?

Ça prend du temps avant que cela soit payant. Quand on commence, on n’a absolument rien. Donc, on doit se construire un personnage. Ce qui veut dire qu’il faut acheter quelque chose pour se maquiller. Ensuite, il y a les perruques […], même chose pour les habits, les vêtements, les robes, les costumes, les souliers. […] Puis, les bars n’offrent pas de salaires qui sont adaptés en 2018 au coût du maquillage et tout ça. Je vous dirais que dans les bars qui emploient des drags, en général, depuis les années 1990, les salaires n’ont pas augmenté. […] Là où on peut se faire un peu de sous, c’est quand on va dans le milieu corporatif, quand on fait des fêtes, des mariages, ou quand on a plus d’une corde à son arc, si on est DJ en plus, animateur ou animatrice. Là, c’est facile, parce qu’on se fait approcher par différentes clientèles.

Devenir drag, est-ce un deuxième coming out?

Oui, vraiment. Ça a été un coming out plus difficile dans mon cas que mon premier. […] Parce que pour ma mère, par exemple, qui ne connaît pas toutes les variantes, toutes les lettres de l’alphabet en dessous du parapluie queer… Elle voyait ça comme si je me posais des questions au niveau de mon identité de genre. […] C’est une bonne chose de se poser des questions et d’en parler aussi, parce qu’on a une conversation après qui fait en sorte qu’on connaît plus son enfant.

Ottawa-Gatineau

Culture