•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Envoyés spéciaux
  • « Gilets jaunes » : plus de 1000 arrestations en France dans un climat tendu

    Le reportage de Jean-François Bélanger et les précisions de Sylvain Desjardins
    Radio-Canada

    En ce quatrième week-end de mobilisation des « gilets jaunes » en France, le ministère de l'Intérieur comptabilisait 1385 arrestations dans l'ensemble du pays. Au total, le nombre de manifestants était évalué à 31 000, selon le ministère, alors que la situation s'est tendue en fin de journée, d'abord à Paris, puis à Marseille, Lyon et Toulouse.

    Avant le début des manifestations, par mesure de prévention, plus de 700 personnes ont été interpellées, dont 581 à Paris (423 placées en détention provisoire). Des masques à gaz, des boules de pétanque ou encore des pétards ont été confisqués.

    Le ministère de l'Intérieur a fait état de 135 blessés, dont 17 policiers.

    Pour ce quatrième samedi de mobilisation des « gilets jaunes » les forces de l'ordre avaient comme consigne la tolérance zéro à l'égard des manifestants.

    Nos correspondants Yanik Dumont Baron et Jean-François Bélanger, ainsi que notre envoyé spécial Sylvain Desjardins ont couvert l'événement sur place. Voici leurs interventions tout au long de cette journée de mobilisation.

    Vue sur l'Arc de triomphe avec un cordon de policiers antiémeutes et des véhicules, en face plusieurs « gilets jaunes ».Contrairement à la semaine dernière, un important dispositif de sécurité a été installé autour de l'Arc de triomphe, à Paris. Photo : Reuters / Benoit Tessier

    Jean-François Bélanger se trouvait en après-midi en haut des Champs-Élysées, tout près de l'Arc de triomphe, encerclé par des fourgonnettes de police. Derrière ce cordon de sécurité, notre correspondant parlait d'une présence « massive » de « gilets jaunes » dont plusieurs scandaient « Macron, démission! ».

    Il a signalé avoir vu une femme être violemment blessée à la tête par une balle de caoutchouc tirée par les forces de l'ordre.

    Des policiers sur des blindés à ParisLa police française a déployé des véhicules blindés dans les rues de Paris. Photo : Radio-Canada / Sylvain Desjardins

    Au loin, on voyait de la fumée de gaz lacrymogène.

    En milieu d'après-midi, il faisait état d'une situation très volatile qui évoluait en permanence avec, dans certaines zones, des regroupements pacifiques et dans d'autres, des échauffourées.

    Vers 15 h, heure locale, notre journaliste expliquait que des manifestants tentaient d'ériger des barricades et de lancer des pavés, alors que la situation était jusque-là plutôt calme. Sur les images, on apercevait un véhicule blindé repousser une poubelle en feu et des policiers antiémeutes charger certains manifestants.

    Des affrontements violents entre forces de l'ordre et manifestants, qui ont mis le feu à une voiture, se déroulaient aussi avenue Marceau, près des Champs-Élysées. Une épicerie a été pillée sur le boulevard Haussmann, ainsi que deux autres aux abords de la gare Saint-Lazare.

    Les pompiers de Paris sont également intervenus pour éteindre plusieurs voitures en feu sur le boulevard de Courcelles, dans le centre de la capitale.

    Des manifestants derrière des barricades faites avec du mobilier urbain.Des barricades ont été érigées samedi, en milieu d'après-midi, dans certaines rues de Paris. Photo : Reuters / Christian Hartmann

    Plus tard dans la journée, notre correspondant se trouvait près d'une banque dont des casseurs tentaient de briser les vitrines sous les huées de plusieurs « gilets jaunes » qui refusaient que leur mouvement soit associé à cette violence.

    À la tombée de la nuit, il rapportait que la situation était devenue plus « statique » sur les Champs-Élysées.

    Des manifestants tiennent des planches en bois pour se protéger des tirs de la police. Des « gilets jaunes » se protègent derrière des barricades. Photo : Reuters / Christian Hartmann

    La police de Paris a dénombré environ 1500 personnes sur la plus célèbre des avenues parisiennes.

    Un pompier finit d'éteindre un incendie allumé dans une voiture.Plusieurs voitures ont été incendiées à Paris, en marge des manifestations des gilets jaunes. Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

    Un déploiement imposant

    Plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement, Édouard Philippe, a remercié les responsables politiques, syndicaux et associatifs qui ont appelé au calme.

    Le premier ministre avait annoncé jeudi que 89 000 policiers seraient déployés samedi dans l’ensemble de la France, dont  8000 à Paris.

    Il confirmait également le recours à 12 véhicules blindés de la gendarmerie afin de renforcer la garde des institutions.

    Plusieurs syndicats de policiers ont fait part de l'état de fatigue de leurs troupes. Depuis 2015, trois millions d'heures supplémentaires ont été cumulées.

    Samedi matin, le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner a rendu visite aux policiers à Paris. Il a appelé les « gilets jaunes » à ne pas se mêler aux « casseurs ».

    On sait que les casseurs ne sont forts que parce qu'ils se déguisent en gilets jaunes et qu'ils s'immiscent, ils se mettent au milieu des " gilets jaunes ".

    Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur de la France
    Des policiers qui portent un casque et des protections patrouillent sur les Champs-Élysées, à Paris.Plus de 8000 policiers sont mobilisés à Paris, le 8 décembre 2018, à l’occasion de la quatrième journée de mobilisation des « gilets jaunes ». Photo : AFP / Jeff J Mitchell

    Une ville déserte?

    À Paris, une dizaine de musées ont fermé leurs portes samedi. C’était le cas du Louvre, du Musée d’Orsay et du Musée de l’Homme. Plusieurs sites touristiques de la capitale française étaient aussi fermés, comme la tour Eiffel, l’Arc de triomphe et les Catacombes.

    Les commerçants avaient également pris des précautions. Plusieurs d’entre eux ont barricadé leurs vitrines ou ont décidé de fermer leurs portes.

    Du mobilier urbain a été retiré pour éviter que les casseurs s'en servent comme projectiles.

    Le transport en commun était touché par cette quatrième journée de mobilisation. Une trentaine de stations de métro ont été fermées à Paris dès 5 h 30, heure locale, à la demande des policiers.

    En entrevue à RDI Matin, l'une des porte-parole du mouvement des « gilets jaunes », Jacline Mouraud, estimait qu'il n'y a que deux choses qui pourraient calmer le mouvement.

    « Le rétablissement de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) serait un symbole, ainsi que l'augmentation du SMIC (salaire minimum) », a-t-elle dit.

    En marge des manifestations des « gilets jaunes », d'autres citoyens marchaient pour le climat. Selon les organisateurs, 25 000 personnes y ont participé, tandis que la préfecture évoquait 7000 manifestants à Lyon.

    Une affiche collée sur un poteau où on peut voir la photo d'Emmanuel Macron et le texte « Rends l'ISF d'abord ».Une partie des manifestants demande à Emmanuel Macron de rétablir l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) que payaient les Français détenant un patrimoine de plus de 1,3 million d'euros. Photo : Reuters / Stephane Mahe

    Ailleurs en France

    Hors de Paris, des « gilets jaunes » continuaient de se mobiliser.

    À Orléans, de 200 à 300 personnes ont sillonné les rues de la ville aux cris de « Macron, démission! » et se sont agenouillés à chaque étape dans les lieux symboliques de la ville afin de dénoncer les interpellations massives de lycéens à Mantes-la-Jolie, jeudi.

    À Narbonne, dans le sud, 1600 personnes – « gilets jaunes », agriculteurs, motards, viticulteurs – ont manifesté leur mécontentement de façon pacifique.

    La situation s'est envenimée en milieu d'après-midi à Toulouse, Marseille et Lyon, où des heurts ont éclaté entre manifestants et forces de l'ordre.

    À Lyon, les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des groupes de jeunes réunis aux abords de la place Bellecour.

    À Marseille, où plus de 2000 personnes ont défilé, les incidents ont eu lieu sur la Canebière, avenue emblématique du centre-ville. 33 personnes ont été arrêtées.

    La préfecture de Haute-Garonne (sud-ouest) a recensé 3200 manifestants en milieu d'après-midi, dont 2500 à Toulouse. Vingt personnes ont été interpellées dans le département avec différentes armes telles que des bombes artisanales, des armes blanches, des marteaux, ou des gourdins.

    À Grenoble, la situation s'est envenimée après l'arrestation d'un leader local des « gilets jaunes » qui a été placé en garde à vue par les policiers. 1000 personnes s'étaient rassemblées devant le poste de police.

    Depuis quatre semaines, des Français ont érigé des camps de fortune sur des ronds-points et aux bords des routes pour manifester leur mécontentement face à la politique fiscale d'Emmanuel Macron.

    Silencieux jusqu'à maintenant, le président devrait prendre la parole en début de semaine.

    Vendredi, le gouvernement du Canada a publié un avis concernant cette journée de manifestation, demandant aux ressortissants canadiens de faire preuve d'une « grande prudence ».

    Avec les informations de Reuters, BFM TV, Les Échos.fr, Le Parisien, et AFP

    Politique internationale

    International