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Le retrait de Baby it's cold outside influence les artistes dans leur façon d'écrire

Ricardo Montalban tient les épaules d'Esther Williams, qui semble vouloir reculer.
Esther Williams et Ricardo Montalban interprètent la chanson Baby, It’s Cold Outside dans le film Neptune's Daughter, en 1949. Photo: Capture tirée du film «Neptune's Daughter»
Radio-Canada

La chanson Baby it's cold outside, parmi les plus populaires pendant le temps des Fêtes, a été retirée de plusieurs radios commerciales car ses paroles gênent. Cette décision pourrait affecter la manière dont certains artistes créent et composent des chansons.

Un article de Thibault Jourdan et Mathilde Monteyne

Après avoir circulé sans retenue sur les ondes pendant des décennies, les paroles de la chanson sont aujourd'hui considérées comme traitant de harcèlement envers les femmes. L'homme insiste, la femme résiste, il la tient par le bras... À l'ère du mouvement #moiaussi, ces comportements ne sont plus tolérés.

Le retrait de la chanson paraît cependant disproportionné pour certains Winnipégois. « Je pense que c’est ridicule. N’importe quelle chanson peut être offensive. Tout le monde s’offusque pour n’importe quoi de nos jours », peste Dan Olson, un amateur de musique habitant dans la capitale manitobaine.

« C'est étrange qu'une station ou une société décide de retirer une chanson des ondes. L'écouter ou non devrait relever d'une décision personnelle », ajoute Jason Churko, gérant de la boutique Into the Music à Winnipeg.

Des chansons bien plus violentes toujours diffusées

Jason Churko s'étonne que d'autres chansons, qui véhiculent des messages bien plus virulents, soient toujours diffusées sans faire l'objet de telles mesures.

Il est vrai que si on compare les paroles de Baby it’s cold outside avec celles de I love it de Kanye West et Lil Pump, les paroles de la première semblent gentillettes, voire presque ingénues. Or, I love it est l’une des chansons plus diffusées cette année et l’une des plus vues sur YouTube.

Mais pour la Winnipégoise Stéphanie Bernal, la différence vient probablement du fait que Baby it’s cold outside est populaire et, surtout, écoutée dans un contexte familial où elle dérange. En retirant cette chanson « on essaie d'éviter ce genre de conversation difficile dans un contexte où tout est censé être chouette et beau ».

« On ne parle pas du tout de même public cible », insiste cependant Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure en musicologie à la faculté de musique de l’Université de Montréal.

« Les gens qui écoutent du rap s’attendent à un propos qui est souvent extraordinairement misogyne, très violent, mais ça fait partie du genre, d’une certaine façon. On ne fait pas jouer ce genre de chansons 24 heures sur 24 sur les radios commerciales. »

On a une différence d’auditoire ici qui est extrêmement importante et qui va faire que la réaction va être beaucoup plus vive.

Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure en musicologie à la faculté de musique de l’Université de Montréal

Les artistes changent leur manière d’écrire

La professeure met cependant en garde et affirme que le retrait de Baby it’s cold outside ne constitue pas de la censure. La censure, « c’est une sélection opérée par une autorité (religieuse, politique…) et qui est faite dans le but de promouvoir une certaine idéologie. Le phénomène auquel on assiste n’est pas tout à fait ça », explique-t-elle.

Parler de censure ici me paraît dangereux.

Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure en musicologie à la faculté de musique de l’Université de Montréal

Reste que le retrait de musiques des ondes peut inciter les artistes à changer leur manière de composer des chansons. C'est notamment le cas pour l'auteur-compositeur franco-manitobain Daniel Roy, qui garde en tête les débats qui agitent la société pour composer. Il estime même que l'autocensure peut parfois être une bonne chose.

« Si on n'est pas capable d'assumer ses idées et ses mots et d'être responsable de ce qui sort de nos bouches, alors là il y a un problème. Si l'autocensure te fait mettre en question comment tu réfléchis, comment tu abordes un sujet, je pense que c'est une bonne chose », argumente-t-il.

« Ça influence fatalement les artistes », rebondit Marie-Hélène Benoit-Otis. La professeure explique qu’ils évoluent dans un contexte politique et social qui a ses spécificités. « Je ne crois pas que ce soit de l’autocensure, mais une adaptation au monde dans lequel on vit et une réponse à ce monde », développe-t-elle.

Il ne faut pas oublier qu’on a affaire à une chanson de 1944. Je ne pense pas que la même chanson serait réécrite de la même façon aujourd'hui, pas à cause d’une question d’autocensure mais tout simplement parce que la sensibilité des gens n’est pas la même.

Marie-Hélène Benoit-Otis, professeure en musicologie à la faculté de musique de l’Université de Montréal

Manitoba

Musique chanson/pop