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Changements climatiques : la Saskatchewan fait face à plusieurs défis

Un nuage de pollution sortant d'une cheminée d'usine.
La Saskatchewan fait face à de nombreux défis pour prendre un virage vert. Photo: iStock
Radio-Canada

La Saskatchewan est la province enregistrant la plus forte augmentation au pays d'émissions de gaz à effet de serre au cours du dernier quart de siècle, selon un nouveau rapport et malgré de nouvelles politiques, la province fait face à de nombreux défis pour renverser la tendance.

Un texte de Miriane Demers-Lemay

En 2016, la Saskatchewan a émis 70 % de gaz carbonique de plus qu’en 1990. Il s’agit d’une augmentation quatre fois plus rapide que la moyenne nationale.

Les données publiées récemment dans un rapport du Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec indiquent également que la Saskatchewan a aussi la plus grande empreinte écologique par habitant au pays, devançant même l’Alberta.

En chiffres absolus, la province se situe toutefois loin derrière l’Ontario et l’Alberta qui, ensemble, émettaient plus de cinq fois plus de CO2 que la Saskatchewan en 2016.

Des défis de taille

« L’économie de la province repose sur des activités qui émettent des gaz à effet de serre (GES), que ce soit le pétrole, l’uranium, la potasse ou l’agriculture, explique le ministre provincial de l’Environnement, Dustin Duncan. Nous sommes une petite population, alors c’est certain qu’il y a des implications en matière d’empreinte écologique »

[L’émission de GES] est structurellement imbriquée dans notre économie.

Dustin Duncan, ministre provincial de l'Environnement

À l’instar du ministre de l’Environnement, le professeur à l’École d’environnement et de développement durable de l’Université de la Saskatchewan, Greg Poelzer, cite les défis économiques d’une transition écologique.

« Plusieurs personnes ne réalisent pas à quel point la Saskatchewan est un producteur important de pétrole, précise-t-il. On a historiquement produit entre 20 et 25 % du pétrole au pays. »

Vue sur un puit de pétrole.L'exploitation des hydrocarbures constitue la principale source d'émissions des gaz à effet de serre en Saskatchewan. Photo : La Presse canadienne / Larry MacDougal

Le chercheur ajoute que le charbon constituait, jusqu’à récemment, l’une des principales sources d’énergie de la province et que les défis de la province à prendre un virage vert ne sont pas qu’économiques.

« Nous sommes l’une des provinces avec l’une des plus importantes populations rurales, ce qui fait en sorte que ce n’est pas si facile de faire des transitions énergétiques », croit Greg Poelzer.

« Si on regarde le Québec, la Colombie-Britannique, l’Ontario ou même l'Alberta, les populations urbaines sont grandes, continue-t-il. C’est parfaitement faisable d’avoir des véhicules électriques et d’investir dans les transports publics avec peu d’émissions de gaz carbonique. »

En Saskatchewan, nous avons beaucoup de communautés « captives » du carbone.

Greg Poelzer, professeur à l’École d’environnement et de développement durable de l’Université de la Saskatchewan

Greg Poelzer ajoute que la partie nord de la Saskatchewan a l'une des plus grande proportion de communautés autochtones au pays et que celles-ci dépendent de transports comme les bateaux et les motoneiges. Selon lui, il n'y a pas d'autres options réalistes pour ces communautés en ce moment.

Randonnée en motoneige.Les communautés autochtones du nord de la Saskatchewan sont dépendantes de transports émettant beaucoup de gaz à effet de serre, selon le professeur de l'Université de la Saskatchewan Greg Poelzer. Photo : Radio-Canada / Joane Bérubé

Les solutions proposées

La Saskatchewan s’oppose à la taxe fédérale sur le carbone. Pour « faire mieux » sur le plan environnemental, le gouvernement provincial a récemment présenté son propre plan de lutte aux changements climatiques.

Celui-ci vise à amasser des données et à améliorer le bilan environnemental pour une série de facteurs allant de la gestion des incendies et des prairies naturelles à l’efficacité énergétique des nouveaux bâtiments, en passant par les nouvelles technologies agricoles et l’industrie.

La Saskatchewan a l’objectif de réduire ses émissions annuelles de gaz à effet de serre de 12 mégatonnes d’ici 2030, ce qui correspond à une réduction de 17 % des émissions par rapport à 2005. En comparaison, le Canada s'est engagé, dans l’Accord de Paris, à réduire ses émissions de GES de 30 % par rapport aux niveaux de 2005.

La province vise notamment une transformation du secteur de l’électricité avec une diminution de 40 % des émissions entre 2005 et 2030.

Hautes installations électriques dans un cmap avec de la neige et un ciel nuageux.Le secteur de l'électricité constitue la principale cible de réduction des GES par le gouvernement de la Saskatchewan d'ici 2030. Photo : Radio-Canada / Glenn Reid

Les objectifs visant les autres secteurs sont toutefois beaucoup plus modestes. Par exemple, les secteurs gazier et pétrolier contribuent à près du tiers des émissions de GES de la province, mais la réduction prévue de leurs émissions varie entre 10 et 15 % d’ici 2030. La Saskatchewan prévoit notamment agir sur la quantité de méthane brûlé lors des activités pétrolières et gazières, et ainsi réduire de 40 % les émissions de ce gaz à effet de serre.

Le plan ne prévoit aucune mesure contraignante pour ceux qui ne respecteraient pas les réglementations adoptées et les options pour les industries très polluantes seront « flexibles ».

La province propose également de développer de nouvelles régulations dans le secteur des hydrocarbures en consultation avec l’industrie.

« La province est très ensoleillée. Il y a aussi beaucoup de vent. Nous pourrions être des leaders en matière d'environnement, mais présentement ce n'est pas le cas », critique le chef du Nouveau parti démocratique de la Saskatchewan, Ryan Meili.

Le premier ministre de l'Environnement se montre toutefois confiant. « Nous savons qu’il y a eu une augmentation des GES [depuis 1990], mais je crois qu'avec notre plan, nos innovations et nos technologies, nous allons voir une réduction [de GES] », affirme Dustin Duncan.

Ce dernier ajoute que la province développe des biotechnologies dans le domaine de l’agriculture pouvant avoir un rôle à jouer dans la réduction des GES à l’échelle mondiale. Il affirme aussi que les prairies canadiennes constituent un puit de carbone qui contribue à capter le CO2 atmosphérique.

« Nous sentons que nous faisons partie de la solution et pas nécessairement du problème », croit le ministre.

Saskatchewan

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