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Cinq éléments à retenir de la première session parlementaire du gouvernement Legault

Le reportage de Véronique Prince
Radio-Canada

Un discours d'ouverture, une mise à jour économique, un plan d'immigration, trois projets de loi et de nombreuses déclarations d'intention : voici le bilan de la courte session parlementaire qui s'est terminée vendredi à l'Assemblée nationale. Que faut-il en retenir?

Un texte de François Messier

1. L’éducation au sommet des priorités

Au lendemain de son élection, le premier ministre François Legault a identifié l’économie, la santé et l’éducation comme les priorités de son gouvernement. Son discours d’ouverture est venu ordonner le tout, en plaçant l’éducation au sommet de la liste.

Création de classes de prématernelle pour les enfants de quatre ans, dépistage accru des problèmes d’apprentissage, transformation des commissions scolaires en centres de service; « l’heure du redressement national en éducation a sonné », a lancé M. Legault.

Le premier ministre a promis d’augmenter le budget de l’éducation pour les quatre prochaines années, même si un ralentissement économique devait survenir, un engagement qui est de nature à susciter de l’espoir dans le réseau.

Les partis d’opposition plaident cependant que l’atteinte de cet objectif passe par des réinvestissements massifs, susceptibles de se traduire par de nouvelles embauches, notamment celles de travailleurs pouvant venir en aide aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage.

« On va en embaucher », a réitéré vendredi le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. « Il y en a des professionnels au Québec. Des orthopédagogues, des orthophonistes. Ils sont dans le privé. On veut les rapatrier dans le réseau public », a-t-il dit, en prônant la patience.

On s’est fait élire avec un mandat très clair, avec 74 députés. On a toujours eu des engagements très clairs aussi. [...] Quand on nous demande si on se sent mal de respecter nos engagements, notre réponse est non.

Geneviève Guilbeault, vice-première ministre du Québec

2. De l’argent remis aux contribuables et aux entreprises

La mise à jour économique présentée lundi par le ministre des Finances Éric Girard a permis au nouveau gouvernement de montrer patte blanche en livrant de premières promesses électorales, dont celle de remettre de l’argent aux contribuables.

La bonification de l’allocation familiale et l’instauration d’un nouveau crédit d’impôt pour les aînés ont retenu l’attention, tout comme la décision du gouvernement de ne pas rétablir d'entrée de jeu un tarif unique pour les garderies subventionnées, comme il l'avait pourtant promis.

Le ministre Girard s’est aussi félicité d’avoir adopté une série de mesures pour encourager les entreprises à investir en augmentant le taux d’amortissement pour l’achat de matériel visant à accroître leur productivité. La dette sera aussi réduite.

Là encore, les partis d’opposition se sont plaints que le nouveau gouvernement n’ait pas annoncé de réinvestissements dans les services publics, lui qui profite d’un Trésor public bien garni après des années de gestion libérale.

Le premier ministre Legault a soutenu qu’il ne s’agissait que d’un « premier pas », en soulignant que d’autres mesures seront annoncées dans le budget du printemps. M. Girard a plaidé la prudence.

Compte tenu des attentes qui ont été créées par l’arrivée du nouveau gouvernement, une des phrases qu’on entend c’est "pourquoi attendre?" La CAQ a annoncé des mesures ciblées. C’est le choix qu’elle a fait. Mais [il n’y a] aucun investissement majeur dans les services.

Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

3. Un plan d’immigration qui soulève des questions

Le plan d’immigration pour l’année 2019 déposé mardi par le ministre Simon Jolin-Barrette a confirmé l’intention de la Coalition avenir Québec de diminuer temporairement d’environ 20 % le nombre de nouveaux arrivants dans la province. « En prendre moins, mais en prendre soin », répète la CAQ.

Les Québécois sont clairement favorables à cette approche, comme en a fait foi un sondage CROP commandé par Radio-Canada, mais les entrepreneurs ne sont guère réjouis de cette perspective en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe le Québec.

Le Parti libéral n’a pas manqué l’occasion de souligner cette contradiction lors des quelques périodes de questions qui ont eu lieu, mais en vain jusqu’ici. Le Parti québécois maintient qu’il faut privilégier l’immigration francophone, tandis que Québec solidaire défend toujours l’idée que l’immigration est une richesse.

Gouverner implique de prendre des décisions basées sur une logique et des faits réels. La réduction des seuils en immigration, ça va à l’encontre de toute logique économique.

Pierre Arcand, chef intérimaire du Parti libéral du Québec

Le projet de la CAQ pourrait entraîner des frictions avec le gouvernement fédéral. L’immigration est une compétence partagée, et Québec n’a pas toutes les cartes dans son jeu. À Ottawa, le gouvernement Trudeau assure qu’il veut collaborer, sans cacher qu’il est en désaccord sur le fond.

L’issue de ce débat demeure incertaine, particulièrement à l’aube d’élections fédérales où les libéraux fédéraux voudront conserver leur position prédominante au Québec.

François Paradis résiste faussement aux efforts de François Legault, Pierre Arcand, Pascal Bérubé et Manon Massé.Le député caquiste François Paradis est le nouveau président de l'Assemblée nationale. Comme le veut la tradition parlementaire, il a fait mine de résister aux efforts conjoints de tous les chefs de partis pour l'escorter jusqu'à son fauteuil. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

4. Trois projets de loi en lever de rideau

Les trois projets de loi déposés par le gouvernement au cours des neuf jours de travaux parlementaires lui ont permis de remplir rapidement des promesses électorales.

Le premier prévoit que les patrons de la Sûreté du Québec, de l'Unité permanente anticorruption et du Directeur des poursuites criminelles et pénales seront dorénavant nommés aux deux tiers de l'Assemblée nationale. Il n’a pas fait de vagues.

Le second ouvre la voie à un resserrement des règles encadrant la légalisation du cannabis, en haussant l’âge légal pour en acheter de 18 à 21 ans, au nom de la science, et en interdisant la consommation dans tous les lieux publics.

L’affaire a été unanimement mal accueillie par les partis d’opposition, et même par le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui affirment tous que cela va pousser des adultes de 18 à 20 ans dans les bras du crime organisé. La mairesse de Montréal déplore que Québec aille « à l'encontre du principe de l'autonomie des villes ».

Finalement, le ministre Girard a déposé jeudi un projet de loi confirmant l’imposition d’un taux unique de taxe scolaire partout au Québec, au nom de l’équité entre les régions. L’opposition y a plutôt vu un projet de loi inéquitable profitant aux plus riches, et le milieu de l’éducation s’en inquiète aussi.

Les deux derniers projets de loi devraient alimenter les discussions lorsque les travaux parlementaires reprendront cet hiver.

Dans les dossiers de l’immigration, du cannabis, du troisième lien [routier à Québec] et de l’environnement, M. Legault préfère être à l’écoute de son idéologie conservatrice plutôt que d’écouter la science et les experts.

Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

5. En attendant de nouveaux chefs au PLQ et au PQ

Il convient de le répéter : la victoire sans équivoque de la CAQ à l’élection du 1er octobre a mis un terme à un demi-siècle d’alternance entre le Parti libéral et le Parti québécois à la tête de l’État. La CAQ prône pour sa part un « nationalisme rassembleur », a dit François Legault.

Face à lui, le PLQ et le PQ ont respectivement choisi d’aligner Pierre Arcand et Pascal Bérubé, des politiciens d’expérience. Ils assurent tous deux qu’ils s’acquitteront de leur tâche de façon consciencieuse; l’opposition va « jouer son rôle », arguent-ils.

Les deux partis ne se sont pas encore engagés dans des courses à la direction, en faisant valoir qu’il convenait d’abord de faire le bilan de la dernière campagne avec leurs membres. Il n’en est pas moins certain que ces courses s’activeront bientôt, ne serait-ce qu’en coulisses.

La situation est tout autre à Québec solidaire, où l’on craignait encore il n’y a pas si longtemps que les départs des fondateurs Françoise David et Amir Khadir n’annoncent des jours sombres. Les co-porte-parole Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois sont bien en selle, à la tête d’un contingent sans précédent de 10 députés.

Québec solidaire se positionne en outre clairement comme la conscience du Parlement en matière de lutte contre les changements climatiques, face à un gouvernement qui n’en a pas fait un enjeu-clé.

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