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Des déchets qui rapportent dans Lotbinière

Un camion livre des déchets au dépotoir.

Le Lieu d'enfouissement technique de la MRC de Lotbinière reçoit 17 000 tonnes de déchets par année.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Radio-Canada

La MRC de Lotbinière tire profit de son dépotoir en transformant le méthane produit par son site d'enfouissement. Le revenu généré par l'initiative soulève toutefois des questions éthiques, selon certains.

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

Chaque année, 17 000 tonnes de déchets sont acheminées au lieu d’enfouissement technique de la MRC de Lotbinière dans la municipalité de Saint-Flavien.

Ce qui devait être un simple dépotoir s’est transformé en mine d’or en 2016 lorsqu’un système pour récupérer le méthane qui émane du site a été installé.

« C'est principalement du méthane qui sort, donc un gaz à effet de serre 25 fois plus nocif que le CO2. Nous, on l'aspire et on le brûle. On le transforme en CO2 », précise le responsable des projets environnementaux à la MRC, Stéphane Breton.

Le système installé par la MRC de Lotbinière pour brûler le méthane qui émane de son site d'enfouissement.

Le système installé par la MRC de Lotbinière pour brûler le méthane qui émane de son site d'enfouissement.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Cette opération permet d’éliminer l’équivalent de 8000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. À titre de comparaison, c’est comme si la MRC supprimait 1900 voitures qui font une moyenne de 20 000 kilomètres par années.
La MRC réduit ainsi son empreinte écologique, ce qui génère des crédits carbone. Ceux-ci peuvent être achetés par d’autres organisations qui veulent balancer l’impact environnemental de leurs activités.

Levier financier

Les profits générés par la vente de crédits carbone sont divisés équitablement entre la MRC et l’entreprise WSP qui a développé la technologie pour récupérer et brûler le méthane. L’an dernier, la MRC a ainsi encaissé 32 000 $.

« Au départ, le projet était réalisé sans partenaire. On était prêt à assumer l'ensemble des frais. Le partenaire WSP qui est arrivé dans l'histoire en cours de route nous a fait une offre qui nous permet d'emmagasiner des revenus annuels », se réjouit M. Breton.

Un tuyau pour récupérer le méthane.

Le méthane qui est récupéré du lieu d'enfouissement passe par des tuyaux comme celui-ci avant d'être brûlé.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Ces revenus sont actuellement mis en réserve et serviront à financer d’autres initiatives vertes comme la mise en place d’une plateforme de compostage.

« Ce n’est pas ça qui va payer l'ensemble des frais, mais ça nous permet d'avoir un levier supplémentaire pour mettre ces projets de l'avant », précise M. Breton.

Problème éthique?

Cette entrée d’argent soulève toutefois un problème éthique selon le Comité vigilance hydrocarbures de la MRC de Lotbinière puisque les crédits carbone produits par la MRC sont principalement achetés par Énergir, anciennement connue sous le nom de Gaz Métro.

Un des militants, Normand Beaudet, explique que le sous-sol de la municipalité de Saint-Flavien est l’un des plus gros réservoirs souterrains de gaz naturel au Québec. Celui-ci est sous la gestion d’Intragaz, une filière d’Energir. L'entreprise utilise cet ancien réservoir naturel pour entreposer du gaz naturel et ainsi mieux répondre aux fluctuations de la demande. Intragaz en possède deux au Québec.

« C'est l'endroit où va partir tout le gaz naturel sur la rive sud, et là, on a une entreprise qui achète des crédits carbone à la MRC et qui gagne de cette façon-là la sympathie des pouvoirs locaux », dénonce le membre du comité.

L'entreprise Energir à Québec.

L'entreprise Energir à Québec.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Normand Beaudet craint que les élus perdent ainsi leur objectivité quand viendra le temps d’approuver un projet d’expansion du réseau de gaz naturel.

« La question de l'acceptabilité sociale est un élément qui passe beaucoup par les élus locaux. Donc, on a une situation qui laisse croire à un conflit d'intérêts », fait-il valoir.

Neutralité

Le préfet de la MRC de Lotbinière, Normand Côté, défend qu’il s’agît de « deux choses complètement différentes ».

Il ajoute que la MRC n’a jamais été en contact avec Énergir pour la vente de crédits carbone, mais que les transactions sont plutôt effectuées par son partenaire WSP.

Le préfet de la MRC de Lotbinière, Normand Côté, et Stéphane Breton, responsable des projets environnementaux à la MRC.

Le préfet de la MRC de Lotbinière, Normand Côté, et Stéphane Breton, responsable des projets environnementaux à la MRC.

La MRC de Lotbinière renouvelle sa planification stratégique sur le développement durable.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Normand Côté assure qu’aucun projet ne sera accepté sur son territoire pour le moment. La compagnie n’a pas encore réussi à convaincre les élus que ses activités n’ont pas d’impact sur les sources d’eau potable, une denrée rare dans la région.

« Ce qui nous préoccupe c'est la protection de l'eau potable et de l'environnement. On demeura indépendant. L'écoute de nos citoyens est très importante. La suite des choses va le prouver », affirme celui qui est aussi maire de Saint-Flavien.

Le préfet soulève que la MRC renouvelle présentement sa planification stratégique sur le développement durable. Les futurs projets devront répondre aux trois volets de celle-ci, soit l’environnement, le social et l’économie.

Québec

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