•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Exclusif
  • 64 % de Franco-Albertains insatisfaits : le constat que le gouvernement albertain a caché

    Des francophones brandissent des drapeaux franco-albertains à l'extérieur d'un bâtiment officiel.
    Le gouvernement albertain a présenté sa politique en matière de francophonie en juin 2017 sans publier le compte-rendu de ses consultations. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Près des deux tiers des Franco-Albertains sont insatisfaits des ressources et des services fournis en français par la province : voilà le résultat d'une consultation en ligne organisée par le gouvernement albertain en 2016 et qui n'a jamais été rendue publique.

    Un texte de Laurent Pirot

    Le gouvernement Notley avait promis à plusieurs reprises de publier ces résultats, ainsi que le résumé rédigé après neuf séances de consultation sur des thèmes précis, avant de changer d’avis quelques jours seulement avant l’adoption de la Politique en matière de francophonie.

    Pourtant, les fonctionnaires albertains ont préparé la publication d'un compte-rendu pendant plus de six mois, selon des documents obtenus par Radio-Canada. En vertu de la Loi sur l'accès à l'information, Radio-Canada a reçu 10 versions différentes du brouillon de ce document, la plus ancienne étant datée du 30 novembre 2016.

    Le message des francophones

    Photo d'un document officiel portant le titre « Sommaire » et le logo du gouvernement albertain.Radio-Canada a obtenu 10 versions préliminaires du « Sommaire des consultations », préparées par le gouvernement de l'Alberta avant la publication de sa politique en matière de francophonie. Photo : Radio-Canada

    Au total, 507 francophones ont répondu au sondage en ligne en octobre et en novembre 2016.

    Seuls 12 % des répondants se disaient satisfaits de « la disponibilité des ressources et des services en français par le gouvernement de l’Alberta ». Ils étaient 64 % à se montrer insatisfaits.

    Les opinions les plus négatives portaient sur les licences, les permis et les agréments, ainsi que sur les secteurs de la justice et de la santé.

    Justice et santé en tête

    Une centaine de francophones ont également participé à des séances de consultation en personne. « Des mesures simples, mais significatives pourraient être prises, en particulier dans le secteur de la santé et de la justice », ont-ils noté, selon une première version du résumé. Cette mention a été supprimée dans les versions les plus récentes.

    Cette même version note le « sentiment d’urgence » exprimé par les francophones en ce qui concerne la petite enfance. Depuis, neuf garderies francophones offrent des places subventionnées à 25 $ par jour.

    Le besoin d’une meilleure reconnaissance de la francophonie par la province a aussi été fortement exprimé. La politique adoptée en juin 2017 pose d’ailleurs comme premier principe directeur celui de la « reconnaissance et visibilité ».

    Centre de santé Saint-Thomas et Campus Saint-Jean

    Deux dossiers précis ont aussi été abordés au cours des consultations : celui de la perte par la communauté francophone de son contrôle du Centre de santé Saint-Thomas d’Edmonton et des questions concernant le budget fédéral consacré à la francisation au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.

    Les premières versions du compte-rendu faisaient explicitement référence à ces discussions, un point qui semble avoir fait l'objet de discussions avec les services de la première ministre. Le nom des deux établissements a disparu dans les dernières versions du texte.

    « Aucune surprise », selon le ministre

    Le ministre Ricardo Miranda minimise l’importance de la décision de ne pas rendre public le compte-rendu de ses consultations. Interrogé par Radio-Canada, il a affirmé que le résumé ne contient « aucune surprise pour personne ». Il dit aussi avoir finalement préféré ne pas le publier afin de mettre l’accent sur la seule politique en matière de francophonie.

    Nous sommes arrivés à la politique plus tôt que ce que je pensais. J’ai eu les deux documents et j’ai décidé de donner au public l’information de la politique.

    Ricardo Miranda, ministre albertain chargé de la Francophonie

    Selon les notes préparées en vue de la réunion du cabinet Notley le 12 juin 2017, Ricardo Miranda a conseillé au gouvernement de ne pas publier le résumé des consultations, en expliquant qu’il y avait « potentiellement quelques risques politiques » à le faire.

    Risques politiques

    Les communications entre fonctionnaires obtenues par Radio-Canada sont largement caviardées et peu précises sur la nature des craintes du gouvernement. Parmi les risques évoqués explicitement figure celui que « les participants jugent que leurs perspectives ne sont pas traduites précisément ».

    Les services de la première ministre ont joué un rôle important dans la relecture et la correction du document.

    Une note datée du 30 mars 2017 explique que le gouvernement « a renforcé les termes autour du fait que le gouvernement s'engage dans la limite des ressources existantes ».

    Éviter les faux espoirs

    En entrevue, le ministre Miranda insiste d'ailleurs sur le fait que le budget de la province était limité et qu’il ne voulait pas créer d'espoirs sans avoir les moyens financiers de les combler.

    Dès le lancement de la consultation, il avait d’ailleurs prévenu que l’objectif n’était pas « de rédiger une liste d’initiatives précises » et qu’il faudrait prendre en compte « les défis budgétaires auxquels [le gouvernement] fait face ».

    Les grandes lignes de la politique en matière de francophonie

    Annulé au dernier moment

    Le 6 juin 2017, une note interne montre que Carol Kallio, la directrice de cabinet du ministre Miranda, s’attendait à ce que le résumé soit rendu public la semaine suivante, en même temps que la politique en matière de francophonie.

    Deux jours plus tard, le projet semble enterré. « Le document du résumé ne semble pas devoir aller de l’avant », constate la sous-ministre Meryl Whittaker, en réaction à un courriel venu des services de la première ministre, Rachel Notley. Dans un courriel adressé à Carol Kallio et à la directrice générale du Secrétariat francophone, Cindie LeBlanc, elle ajoute : « L’important, c’est que la politique semble aller de l’avant. »

    L'ACFA déçue

    L’actuel président de l’ACFA, Marc Arnal, a été élu quelques mois après l’adoption de la politique. Il aurait préféré que le gouvernement rende des comptes au terme de la consultation : « C’était pas correct, ça aurait dû être rendu disponible. »

    Quand on consulte les gens, d’habitude, les gens s’attendent à avoir un retour.

    Marc Arnal, président de l’Association canadienne-française de l’Alberta

    Le jour du dévoilement de la politique, le 14 juin, l’Association canadienne-française de l’Alberta, comme le gouvernement, jugeait qu’il était plus important de se concentrer sur son application.

    « Nous avons ensuite mis nos énergies, avec les chefs de file, à définir les attentes précises de la mise en oeuvre [de la politique] à court et moyen terme », se souvient l’ancienne directrice générale de l’ACFA, Isabelle Laurin.

    Alberta

    Politique provinciale