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« Les femmes sont encore considérées comme des citoyens de seconde zone »

Anne Ste-Marie, porte-parole d’Amnistie internationale Canada francophone

Photo : Vincent Resseguier

Radio-Canada

Harcèlement, répression, droits bafoués, violence physique et verbale... Le rapport annuel d'Amnistie internationale s'attarde sur la situation mondiale des femmes, qui est jugée inquiétante, malgré quelques lueurs d'espoir. Radio-Canada fait le point avec la porte-parole d'Amnistie internationale Canada francophone, Anne Sainte-Marie.

Un texte de Vincent Rességuier

Radio-Canada : Ce lundi 10 décembre marque le 70e anniversaire de l’adoption par les Nations unies de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Au Canada, nous utilisons plutôt l’expression « droits de la personne », plus inclusive. Est-ce que l’utilisation du terme « homme » vous surprend?

Anne Sainte-Marie : C’est significatif! Par exemple, l’an prochain, nous allons souligner le 40e anniversaire de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, donc ça a pris 30 ans avant qu’il y ait une convention qui soit spécifique aux droits des femmes.

Tant au point de vue des droits civils qu'économiques, sociaux ou culturels, les femmes sont encore considérées comme des citoyens de seconde zone dans beaucoup trop de pays. C’est un constat affolant et inacceptable.

Dans ce rapport annuel, Amnistie a voulu souligner une situation où le fossé n’a jamais été aussi profond entre, d’un côté, les engagements de pays, les traités et les textes de lois et, de l’autre, la réalité sur le terrain.

R.-C. : Les bottines ne suivent pas les babines…

A.S-M. : On remarque même un certain « backlash » [ressac]. Des pays mettent des coups de hache dans les progrès observés dans les dernières années. Il y a un vent de droite qui souffle et qui a des répercussions négatives sur les droits des femmes.

La bonne nouvelle, par contre, c’est que les femmes sont au premier rang pour la défense des droits des femmes. Elles sont aussi présentes dans le combat, plus général, pour les droits fondamentaux et, plus spécifiquement, pour défendre le droit à la terre, le droit à l’environnement. C’est intéressant!

ÉCOUTER L'ENTREVUE AVEC ANNE SAINTE-MARIE :

R.-C. : Votre rapport s’attarde justement sur le rôle clé des femmes en Amérique du Sud qui se battent, par exemple, pour conserver des terres agricoles, mais qui sont victimes de violence verbale et physique...

A.S.-M. : Un chiffre affolant : en Colombie, un défenseur des droits à l’environnement meurt tous les trois jours. Il faut savoir que les femmes n’ont accès qu’à 12 % des terres agricoles dans le monde. La plupart du temps, elles assurent pourtant la survie de la famille.

En Amérique latine, on voit beaucoup de femmes qui s’opposent à de grands projets hydroélectriques ou d’extraction minière. Le problème étant que ces projets les laissent sans terre ou sans moyen de demander une compensation, parce qu’elles ne sont pas reconnues comme propriétaires. C’est souvent le cas pour les peuples autochtones ou les minorités, comme les Afro-Américaines.

Pour plusieurs communautés, cette réalité accroît davantage le fossé entre une minorité très riche et une population qui s’appauvrit et qui n’a pas de recours. Une tendance se dégage de notre bilan : la répression s’aggrave dans de nombreuses régions.

R.-C. : Votre rapport souligne les effets positifs du mouvement #MoiAussi, mais votre constat est loin d’être jovialiste…

A.S.-M. : On est moins conscient ici au Canada de l’importance qu’a eu le mouvement #MeToo à travers le monde. En Chine, où ce n’est pas facile de manifester, le mouvement a eu beaucoup d’écho. En Inde, au Pakistan, les gens sont descendus dans la rue pour dénoncer le harcèlement sexuel qui est systématique. Il y a eu une prise de parole.

Malheureusement, la législation n’est pas à l’écoute de ces femmes. Et surtout, il n’y a pas de volonté politique pour faire respecter une réelle égalité et prendre la mesure des impacts du harcèlement sexuel pour la société.

La répression qui s’abat sur les femmes qui prennent la parole empêche que le harcèlement sexuel soit pris en compte par les autorités qui, en conséquence, ne cherchent pas des solutions et ne prennent pas de mesures.

R.-C. : Votre rapport se montre extrêmement critique à l’égard de Twitter, qui est accusé de ne pas agir pour contrecarrer le harcèlement et la discrimination envers les femmes. Pourquoi Twitter et pas d’autres réseaux sociaux?

A.S.-M. : Parce qu’il fallait commencer quelque part et parce que les réponses de Twitter étaient insatisfaisantes. Les médias sociaux sont un outil formidable de connexion, d’échange d’informations et de mobilisation, mais qui commence à avoir ses limites. L’Arabie saoudite ou la Chine l'utilisent [Twitter] pour contrecarrer les efforts des défenseurs des droits humains.

Les femmes, une fois de plus, sont forcées au silence. Elles font l’objet de harcèlement et de menaces spécifiques parce qu’elles sont des femmes et parce qu’elles prennent la parole.

Par ailleurs, Twitter n’a pas répondu à nos demandes pour contrôler la haine et les attaques exprimées sur leur réseau. Nous avons eu des réponses bateau et des engagements pieux, mais insuffisants.

Dans les faits, nous avons constaté que les femmes se taisent à la suite du harcèlement parce qu’elles reçoivent peu de soutien de la part de Twitter. En conséquence, les femmes se taisent et quittent le réseau.

23... nombre clé du rapport 2018 d'Amnistie internationale

  • 23 % des femmes interrogées dans huit pays ont déjà été harcelées ou agressées verbalement en ligne;
  • 23 % : moyenne mondiale de l'écart de rémunération hommes-femmes;
  • 23 % des parlementaires dans le monde sont des femmes.

Égalité des sexes

Société