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Les élus au pouvoir à Chambly se disent victimes d'intimidation

M. Roy en entrevue.
Le maire suppléant de Chambly, Jean Roy, affirme que les élus de son parti ont été intimidés lors de la dernière réunion du conseil municipal. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Le maire suppléant de Chambly, Jean Roy, affirme que les élus de son parti ont été intimidés lors de la dernière réunion du conseil municipal, qui a suivi la destruction fort médiatisée de la maison du patriote René Boileau. La version de l'opposition est toutefois fort différente.

Un texte de Jérôme Labbé

L'assemblée de mardi a été particulièrement pénible pour les élus d'Action Chambly, raconte au téléphone le pro-maire.

M. Roy a pris la relève du maire Denis Lavoie, en repos forcé depuis le mois dernier. C'est lui qui a présidé la réunion. Et il risque de s'en souvenir longtemps.

« Mardi, ça a pris des dimensions vraiment démesurées. Je suis là depuis 2005 – je suis dans ma 13e année au conseil de ville – et puis c'est la première fois que je vois ça. »

Le maire suppléant évoque entre autres le cas de la conseillère Paula-Cristina Rodrigues, d'Action Chambly, qui s'est fait « insulter », « injurier » et « crier des noms » par un citoyen à la fin de la séance.

« Dernièrement, il y a une tentative de l'opposition [...] de susciter la controverse », dit-il. Mais cette fois, « ça a clairement dépassé les limites », selon lui.

C'était ignoble.

Jean Roy, maire suppléant de Chambly

M. Roy montre du doigt un petit groupe d'une vingtaine de personnes qui contrôlerait aujourd'hui une centaine de sympathisants.

« Ils sont hargneux. C'est épouvantable! Et on sait que ces gens-là sont des sympathisants de Démocratie Chambly, l'équipe de l'opposition, et qu'ils sont membres du MCC, le fameux Mouvement citoyen de Chambly. »

« On fait face à des gens qui sont restés amers de leur défaite aux dernières élections, et puis qui prennent tous les moyens pour essayer de nous intimider, de nous déstabiliser et puis d'empêcher le bon déroulement de la séance », poursuit-il.

« Ils veulent usurper le pouvoir qui a été élu démocratiquement par la population. Et ils viennent nous donner des leçons de démocratie. Il y a des limites! Là, ils sont rendus dans l'intimidation, des gestes de violence verbale, violence physique, des regards, des attitudes physiques où ce qu'il se dégage, c'est de la violence et de l'agression. Et là, il faudrait qu'on ne dise rien? Non, non. On a décidé de le dénoncer, et c'est ça qu'on fait. »

Une citoyenne parle au micro lors de la période de questions du conseil municipal de Chambly.Lors de la période de questions, les citoyens ont notamment voulu connaître l’avis des élus sur le processus décisionnel qui a entouré la démolition de la maison Boileau. Photo : Radio-Canada

Le pro-maire lance un appel au calme. « Il faut vraiment que ça cesse », martèle-t-il. « Les gens dans la salle qui veulent s'exprimer ont le droit d'exprimer leur opinion, mais à un moment donné, ce n'est plus une question de débat d'idées, ça devient des attaques personnelles. »

Jean Roy n'écarte pas la possibilité de faire appliquer le décorum plus fermement si la situation devait se répéter. Il cite le cas de Francine Guay, une ancienne conseillère municipale, qui a écopé d'une amende de 100 $ pour son comportement lors d’une séance du conseil municipal en avril 2017, alors qu'elle refusait de céder la parole au maire Lavoie, qui présidait l'assemblée. L'octroi de cette contravention a d'ailleurs été validé par la cour municipale la semaine dernière.

« C’est normal », réplique l’opposition

Il y avait beaucoup de citoyens mardi soir, admet la conseillère d'opposition Alexandra Labbé, de Démocratie Chambly. « Il y avait beaucoup de monde qui était là, mais je pense qu'à quelque part, c'est normal que les gens soient intéressés, impliqués et se questionnent, avec tout ce qui est sorti dans les dernières semaines, les derniers jours. »

L'opposition plaide qu'elle n'a pas fait exprès pour remplir la salle, qui peut normalement accueillir une cinquantaine de personnes. « Beaucoup avaient déjà manifesté leur envie d'y être. On le savait clairement. Certains vont dire que j'avais demandé aux gens d'inonder de courriels les conseillers, alors que c'est complètement faux! J'ai invité les gens à signaler leur intention d'être là parce qu'on sait que la salle est limitée en capacité. »

« Est-ce que ça a brassé plus que d'habitude? Moi je n'ai pas trouvé ça. D'ailleurs, une bonne preuve, c'est qu'il [...] n'y a pas eu d'arrestations et [que] personne ne s'est fait sortir de la salle », souligne Mme Labbé.

« Toutes les questions ont été posées dans le respect », ajoute-t-elle, admettant toutefois qu'un échange « un peu plus musclé » a eu lieu en fin de séance. « On ne s'en est pas mêlé et on ne s'est pas interposés. Si ça avait dégénéré, on serait probablement intervenu, mais on n'a jamais encouragé ça. »

Jamais, jamais on n'a encouragé que ce soit des gestes ou des paroles intimidantes. Ça, ce n'est pas du tout, du tout dans nos valeurs ou dans l'ADN de notre parti.

Alexandra Labbé, conseillère municipale, Démocratie Chambly

Selon Mme Labbé, il est faux de penser que sa formation politique et le MCC ne forment qu'un seul et unique mouvement. « On se parle », reconnaît-elle, « mais Démocratie Chambly ne téléguide pas les agissements du MCC ». « Oui on les supporte, oui on les encourage dans la plupart de leurs démarches, mais c'est vraiment deux initiatives qui sont vraiment complètement différentes et qui n'ont pas du tout le même but non plus. Le Mouvement citoyen, son but, c'est d'informer et de transmettre l'information, [tandis que] Démocratie Chambly, on ne s'en cache pas, on est là pour faire de la politique. »

Une tension qui perdure

La détérioration du climat à l'Hôtel de Ville de Chambly ne date pas d'hier. Il y a un an, l'administration du maire Lavoie a fait les manchettes après avoir interdit l'enregistrement d'images lors des réunions du conseil municipal, une mesure vivement dénoncée par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Cette mesure a été modifiée depuis et ne s'applique plus aux représentants de la presse, mais uniquement aux citoyens. Pour pallier le problème, le MCC a commencé à diffuser les réunions en audio sur sa page Facebook.

Le maire Lavoie a aussi fait parler de lui pour une série de mises en demeure envoyées à des citoyens et à des opposants, reprochant à ceux-ci de colporter des informations « sans aucun fondement » qui, selon lui, nuisent à l'image de la Municipalité.

Denis Lavoie à l'hôtel de ville.Le maire de Chambly, Denis Lavoie Photo : Radio-Canada

Mais c'est vraiment la destruction de la maison Boileau, au cours de laquelle un ex-candidat péquiste a été arrêté, qui a mis le feu aux poudres, le 22 novembre.

Sans être classée au registre patrimonial du ministère de la Culture et des Communications, cette maison, rare témoin de la rébellion de 1837-1838, revêtait un caractère historique indéniable. Elle aurait d'ailleurs pu être sauvée, selon la ministre Nathalie Roy.

Cette démolition a aussitôt été déplorée par son ancien propriétaire, le célèbre chef Ricardo Larrivée, ainsi que par les députés Jean-François Roberge, à Québec, et Matthew Dubé, à Ottawa.

Pour dénoncer la décision de la Ville, des citoyens indignés ont organisé une veillée citoyenne le samedi suivant. Hasard ou coïncidence, la Ville annonçait deux jours plus tard que la maison Boileau serait reconstruite à l'identique.

Des gens rassemblés à la nuit tombée, devant un bâtiment municipalPlusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées devant l'hôtel de ville de Chambly, samedi dernier, pour protester contre la décision de la mairie de raser la maison Boileau. Photo : Radio-Canada / Sébastien Desrosiers

Le directeur général de la Municipalité, Michel Larose, a admis le 22 novembre avoir lui-même ordonné la destruction de la résidence, ajoutant que le maire Lavoie avait été averti quelques jours plus tôt.

Il avait alors indiqué que la Ville n'avait pas besoin de permis pour détruire une propriété lui appartenant – une explication qui a été par la suite remise en doute par des experts consultés par Le Devoir.

Démocratie Chambly a exigé la démission de M. Larose, mardi, mais les élus d'Action Chambly, majoritaires au conseil, ont rejeté la résolution.

Le conseil a par ailleurs adopté une résolution afin d'entériner une demande d’avis juridique à Me Jean Hétu, qui enseigne à la Faculté de droit de l’Université de Montréal, afin qu'il examine la procédure suivie par le directeur général en amont de la démolition de la maison Boileau.

Or, cet avis juridique (Nouvelle fenêtre) avait déjà été produit le 30 novembre. Il stipule essentiellement que M. Larose a agi conformément à la réglementation en place.

Cette controverse entourant la destruction de la maison Boileau s'ajoute à celle provoquée par la diffusion d'un reportage de l'émission Enquête au sujet du comportement du maire Lavoie. La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a demandé dès le lendemain à la Commission municipale du Québec de se pencher sur ce dossier. Son enquête s'est amorcée vendredi dernier, mais aucun élu n'a encore fait l'objet d'une rencontre, selon Action Chambly et Démocratie Chambly.

Il ne reste plus que deux réunions du conseil municipal d'ici la fin de l'année : une première assemblée extraordinaire aura lieu mardi prochain pour le dépôt du budget, qui devrait normalement être adopté lors d'une seconde assemblée, le 19 décembre.

Les élus auront ensuite droit à un congé des Fêtes bien mérité. Le climat se sera-t-il adouci en janvier?

« Ça ne dépend pas de nous; ça dépend vraiment d'eux », lâche Jean Roy. « Mais si les sympathisants et les membres du MCC sont capables de respecter les règles et de diminuer d'un cran, à ce moment-là, ça pourrait peut-être très bien se passer. »

Alexandra Labbé s'amuse de la remarque. « On va continuer à demander le respect de part et d'autre, et puis ça, ça ne changera pas, Fêtes ou pas », réplique-t-elle. « La balle est loin d'être dans notre camp. »

« Je pense que c'est plus le résultat de [l'enquête de] la Commission qui va pouvoir faire bouger quoi que ce soit », ajoute la conseillère. « Sinon, on pourra peut-être demander à la ministre d'ouvrir une enquête publique. Rendu où on en est... »

Selon le site web de la Ville, Denis Lavoie devrait théoriquement être de retour en poste le 12 janvier. D'ici là, Jean Roy continuera d'agir comme maire suppléant. Il a été reconduit dans ses fonctions récemment, et ce, jusqu'au 7 novembre 2019.

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