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L’art pour mieux vivre avec la maladie

Une dame âgée et son oeuvre, une toile colorée.
La thérapie par l'art Photo: Fabienne Roques
Radio-Canada

L'artiste visuelle Fabienne Roques donne chaque semaine des ateliers de peinture aux patients d'un grand hôpital montréalais. Des personnes souvent gravement malades trouvent dans cet enseignement et dans l'art un moyen de transcender leur souffrance.

Un texte de Frank Desoer, à  Désautels le dimanche 

Cet après-midi-là, Alain et Bruno sont assis, l’air pensif, devant leur toile vierge. Au milieu de la table trônent des pinceaux et des tubes de peinture de toutes les couleurs. Tous deux, patients toxicomanes, suivent l’atelier hebdomadaire de peinture donné par Fabienne Roques au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

En effet, grâce à l’appui financier de la fondation Virage et de l’Association des amis du patient, cette artiste visuelle supervise depuis six ans des activités de peinture en milieu hospitalier.

Le visage souriant de l'artiste.Fabienne Roques, artiste-peintre Photo : Fabienne Roques

Ce qui m’intéresse, c’est d’aller chercher la créativité de la personne, qui, de toute façon, est toujours là. Il faut que les gens me fassent confiance et, pour cela, il faut de l’amour.

Fabienne Roques, artiste-peintre

Guidés en partie par Fabienne Roques, Alain et Bruno semblent tirer une grande satisfaction à exprimer leurs sentiments sur la toile.

Dans la sienne, Bruno trace inlassablement avec son pinceau des sinuosités. Il a suivi plusieurs cures de désintoxication, entrecoupées de tentatives de suicide, au cours des vingt dernières années. À travers la peinture, il tente de sortir d’une impasse.

C’était évident qu’il était enfermé dans sa toile, donc dans son problème. Il fallait qu’il en sorte. D’un coup de pinceau, j’ai fait dévier le trait pour l’ouvrir vers l’extérieur […]. Ça peut, j’espère, lui donner l’impulsion de s’aider avec l’art, parce que je suis persuadé que c’est un moyen qui aide à vivre.

Fabienne Roques, artiste-peintre

Le reportage de Frank Desoer est diffusé le 9 décembre à  Désautels le dimanche sur ICI PREMIÈRE.

Des patients sont en train de peindre.L’atelier de peinture de Fabienne Roques Photo : Fabienne Roques

Dans ces ateliers de peinture en milieu hospitalier, Fabienne Roques doit s’adapter à des cas très divers.

Dans une autre aile du CHUM, elle retrouve Anita Noël, une dame de 72 ans atteinte d’épilepsie et de la maladie d’Alzheimer. Avec l’aide de l’artiste, elle peint un paysage qui lui rappelle sa Gaspésie natale. Ce petit moment de bonheur lui permet d’échapper brièvement à la solitude et à l’enfermement.

Les deux femmes sourient à l'objectif.Anita Noël en compagnie de Fabienne Roques dans sa chambre au CHUM Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

« Le problème de l’hôpital, c’est que les patients sont soumis à des contraintes qui sont obligatoires pour les soigner, mais qui sont difficiles à vivre psychologiquement. Faire de l’art, c’est reprendre le pouvoir sur sa vie et sur cette maladie qui a tendance à prendre toute la place », explique Fabienne Roques.

La peinture est aussi pour certains malades le moyen de transmettre des legs ou des messages aux proches. Ainsi, Marlène Drainville, patiente dans la cinquantaine atteinte d’un cancer à un stade avancé et habituée des ateliers de Fabienne Roques, a peint un portrait de son fils et le lui a donné.

La patiente est en train de peindre, sous l'oeil attentif de Fabienne RoquesMarlène Drainville en compagnie de Fabienne Roques lors d’un atelier de peinture au CHUM Photo : Radio-Canada / Frank Desoer

Mon fils est la plus belle chose que j’ai dans ma vie, et je sens que dans la peinture, je lui parle […]. Il y a beaucoup d’amour dans ce que je fais quand je peins. Ça aide à vivre avec beaucoup de joie. Je suis très contente d’avoir trouvé Fabienne sur mon chemin.

Marlène Drainville, patiente au CHUM

Pour Fabienne Roques, ces ateliers de peinture auprès des malades sont une grande source de bonheur. « Ça me fait rencontrer des gens merveilleux et je pense que, au fur et à mesure que j’avance dans ce travail, ma pratique évolue avec chacun d’eux. Je crois que la peinture, c’est quelque chose qui a rapport nécessairement avec la connaissance de l’autre », note l’artiste-peintre.

La maladie et la mort sont au bout de la vie. Me confronter physiquement à ce tabou a donné du poids à la mienne.

Fabienne Roques, artiste-peintre

Arts