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Une rencontre marquée par les désaccords entre les premiers ministres canadiens

Le reportage de Daniel Thibeault
Radio-Canada

Taxe fédérale sur le carbone contestée devant les tribunaux, crise pétrolière en Alberta : les provinces et le gouvernement fédéral ne semblent pas avoir trouvé de terrain d'entente après la rencontre entre les premiers ministres du pays, vendredi à Montréal.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a dû composer avec plusieurs sources de tension avec ses homologues provinciaux.

La question de la taxe fédérale sur le carbone provoque une levée de boucliers de plusieurs provinces, dont la Saskatchewan, où le premier ministre Scott Moe a confirmé poursuivre les procédures judiciaires en Cour d'appel contre la mesure d'Ottawa.

Un processus qu'appuie le premier ministre ontarien Doug Ford, qui s'est attiré, à ce sujet, l'ire de Justin Trudeau et de la ministre fédérale de l'Environnement, Catherine McKenna.

« C'est clair que M. Ford et moi avons des opinions divergentes sur la question du climat », a laissé tomber le premier ministre canadien lors du point de presse de clôture de la rencontre, rappelant au passage la sortie de l'Ontario de la bourse du carbone, dont il faisait partie avec le Québec et la Californie.

Justin Trudeau assis à une table lors d'une conférence de presse derrière un micro et un petit drapeau du Canada.Justin Trudeau a critiqué le bilan de Doug Ford en matière de lutte contre les changements climatiques. Photo : Radio-Canada

« [Doug Ford] préfère dépenser l'argent des contribuables pour aller devant les tribunaux », avait lancé Mme McKenna une heure plus tôt, ajoutant que le premier ministre Justin Trudeau ne tenterait plus de convaincre son homologue ontarien du bien-fondé de cette mesure.

« Comme je l'ai souvent répété, c'est une taxe qui tue des emplois », a répliqué le premier ministre ontarien Doug Ford, ajoutant que son gouvernement allait atteindre la cible de réduction de 30 % des GES.

M. Ford s'est cependant montré perplexe face à la volonté du premier ministre Trudeau d'imposer de nouvelles cibles plus élevées à certaines provinces.

« Si quelqu'un joue avec les cibles, c'est M. Ford », a répliqué Justin Trudeau, précisant que la cible de 30 % était nationale et que les provinces devaient fournir leur part d'efforts pour lutter contre les changements climatiques.

Le Québec parle d'hydroélectricité et d'agriculture

Pour sa première participation à cette rencontre, le premier ministre québécois François Legault a cherché à avoir une position « nuancée » a-t-il indiqué en point de presse.

M. Legault a martelé que l'hydroélectricité devait être mieux exploitée, soulignant que le Québec partageait « le même problème que les provinces productrices de pétrole », soit l'accès aux marchés.

Le premier ministre a d'ailleurs fermé la porte à la construction de l'oléoduc Énergie Est, alléguant que l'Alberta pouvait opter pour les projets Trans Mountain vers l'ouest et Keystone XL vers le sud pour exporter son pétrole.

Justin Trudeau y est allé de propos semblables concernant un pipeline vers l'est du pays, indiquant qu'il n'y avait « aucun consensus » et « aucun projet sur la table » en ce sens.

M. Legault a également demandé au premier ministre Trudeau de voir à ce que le secteur de la production laitière soit dédommagé pour les concessions faites par le fédéral dans le cadre de la renégociation de l'accord de libre-échange entre le Canada, le Mexique et les États-Unis.

Québec et Ottawa poursuivent également des négociations entourant les coûts de prise en charge de demandeurs d'asile par la province. François Legault réclame la somme de 300 millions de dollars.

Justin Trudeau est entouré des premiers ministres des provinces.Justin Trudeau a tenté d'adopter un ton conciliant à l'ouverture de la rencontre. Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Inquiétudes pour le pétrole albertain

Pour sa part, la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, a tenté d'obtenir de l'aide de la part du fédéral pour traverser la crise pétrolière qui frappe l'industrie des sables bitumineux.

« C'est comme un accident de voiture au ralenti que l'on regarde aller depuis une décennie maintenant », s'est-elle désolée.

La première ministre demande une aide financière à court terme pour épauler les travailleurs de l'industrie pétrolière, mais surtout qu'Ottawa intervienne pour la construction d'infrastructures facilitant l'exportation du pétrole vers les autres provinces.

À sa sortie de la rencontre, Mme Notley s'est montrée peu optimiste quant à l'adoption de certaines mesures en ce sens.

La première ministre a d'ailleurs quitté la conférence de presse conjointe avec les autres premiers ministres, prétextant un « vol d'avion à prendre », selon M. Trudeau.

Tensions dès le départ

Le premier ministre Trudeau a aussi rencontré vendredi des chefs autochtones à huis clos avec les dirigeants des provinces et des territoires du pays.

Les premiers ministres des provinces et des territoires étaient arrivés jeudi à Montréal déjà mécontents de l'ordre du jour établi par Justin Trudeau. L’Ontarien Doug Ford avait même menacé de quitter la table si le programme de la journée n'était pas revu pour inclure les priorités des provinces.

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, avait toutefois prévenu que rien ne serait accompli si les premiers ministres insistaient pour élargir le programme de la journée. « Si nous avons trop de priorités, nous ne pourrons rien faire », avait-il dit.

Brian Pallister est l'un des rares premiers ministres à vouloir continuer à mettre l'accent sur la réduction des obstacles au commerce interprovincial, une question que Justin Trudeau souhaitait placer en tête de l'ordre du jour.

Priorités énergétiques

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, marche devant une rangée de drapeaux des différentes provinces et territoires.La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, à son arrivée à la rencontre des ministres à Montréal Photo : The Canadian Press / Paul Chiasson

Dans Le Devoir de vendredi matin, l'Alberta s'est d’ailleurs payé une pleine page de publicité pour rappeler que le pays perd 80 millions de dollars par jour en raison des débouchés limités pour le pétrole, causés notamment par le retard de construction du pipeline Trans Mountain. La publicité indique que ce retard signifie « moins de financement pour les infrastructures et moins d'emplois pour les Canadiens ».

Avec ses homologues de la Saskatchewan, de Terre-Neuve-et-Labrador et de la Nouvelle-Écosse, Rachel Notley demande également à Justin Trudeau de supprimer le projet de loi C-69, qui renforce les évaluations environnementales des projets énergétiques.

Une cinquantaine de membres de Greenpeace ont pour leur part dénoncé vendredi matin à Montréal ce qu’ils qualifient d’absence complète de la classe politique face aux changements climatiques.

Après eux, ce sont les producteurs agricoles qui ont fait part de leurs revendications, notamment en ce qui concerne l'indemnisation des producteurs de lait après la signature de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Avec les informations de La Presse canadienne

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