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La détresse psychologique en forte hausse au Casino du Lac-Leamy et dans ses environs

Des dizaines de machines à sous se trouvent le long d'un mur.
Au 31 mars 2018, selon les données obtenues par Radio-Canada auprès de Loto-Québec, 1494 clients avaient choisi de s’exclure du Casino du Lac-Leamy (archives). Photo: Radio-Canada / Michel Aspirot

Les agents du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) ont dû intervenir neuf fois au Casino du Lac-Leamy ou à proximité de la maison de jeu en 2018, afin de venir en aide à des personnes en situation de détresse psychologique. Il s'agit d'un nombre beaucoup plus élevé qu'en 2016, alors que les policiers n'avaient dû y intervenir qu'une seule fois.

Un texte de Laurie Trudel

Les policiers agissent comme intervenants de première ligne lors d’un appel de détresse. Deux interventions sur les neuf de cette année ont nécessité un transport vers un centre hospitalier, selon les autorités.

Soit on va avoir notre équipe UNIC [Unité d’intervention de crise] qui dispose d’un travailleur social; s’ils ne sont pas disponibles, on fait appel au 811, qui, eux, font une évaluation à savoir si on va transporter ou pas cette personne-là vers un centre hospitalier, explique l'agente relationniste du SPVG, Andrée East.

Nous, on est là pour évaluer la situation.

Andrée East, relationniste du Service de police de la Ville de Gatineau

Les données obtenues par Radio-Canada auprès du SPVG indiquent que les interventions policières pour détresse psychologique ont eu lieu « au Casino du Lac-Leamy ». Le corps policier précise toutefois que certaines de ces interventions peuvent ne pas s'être déroulées directement sur le terrain du Casino. Le policier peut avoir inscrit l’adresse en référence comme étant le point le plus près de son intervention, dit-on dans un courriel.

Les autorités refusent également d'établir un lien avec le jeu. Ce serait quand même risqué de faire un lien directement entre le nombre de [cas de] détresse psychologique et le lieu directement, affirme l'agente East. On ne peut pas vraiment contrôler quand la détresse des gens va se manifester et où ils vont se trouver à ce moment-là.

Andrée East en entrevue à Radio-Canada, à l'extérieur, l'hiver.Andrée East est porte-parole du Service de police de la Ville de Gatineau. Photo : Radio-Canada

Une demande d'aide toujours bien présente

Au 31 mars 2018, selon les données obtenues par Radio-Canada auprès de Loto-Québec, 1494 clients avaient choisi de s’exclure du Casino du Lac-Leamy. Il s’agit de clients qui ont demandé volontairement à la société d'État québécoise de se faire interdire l’accès aux casinos et aux salons de jeux pour une période prédéterminée.

Pierre Gagnon est intervenant en jeu excessif au Centre de réadaptation en dépendance de l’Outaouais depuis une vingtaine d’années. La demande pour des services d’aide est toujours aussi présente, année après année, selon lui.

Chaque mois, il accompagne en moyenne une centaine de personnes qui désirent s’en sortir, avec des suivis individuels ou de groupe et plusieurs outils de gestion des dettes et des avoirs financiers.

Pierre Gagnon pose pour la caméra dans son bureau.Pierre Gagnon est intervenant en jeu excessif au Centre de réadaptation en dépendance de l’Outaouais. Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Sans vouloir faire un lien direct entre le Casino du Lac-Leamy et le nombre d’interventions policières pour détresse psychologique, M. Gagnon reconnaît que de perdre une somme considérable à répétition en raison d’un problème de jeu peut réellement mener à des idées noires.

C’est la culpabilité, le sentiment comme une perte de contrôle, la personne peut sortir de l’établissement et c’est là que les idées commencent, raconte-t-il. Moi, j’ai déjà entendu des gens dire : ''Je vais sortir'', puis : ''J’ai le goût de frapper une [camionnette]'' ou quelque chose comme ça, parce que la personne est terrifiée par ce qui vient d’arriver.

C’est là que le cerveau va commencer à chercher des options, et l’option du suicide pourrait être [celle] qui viendrait dire : ''OK, ça va arranger mes choses.''

Pierre Gagnon, intervenant en jeu excessif au Centre de réadaptation en dépendance de l’Outaouais

M. Gagnon se demande si l’augmentation du nombre d’interventions policières pour des cas de détresse pourrait être liée à la diversification de l’offre au Casino du Lac-Leamy, qui organise maintenant plusieurs événements de divertissement. La maison de jeu a aussi ouvert un bar en 2014.

La détresse psychologique inquiète un activiste gatinois

En 2008, après une longue bataille contre Loto-Québec, l’activiste gatinois Bill Clennett avait pu dévoiler au grand jour qu’au moins deux personnes s’étaient enlevé la vie à la suite de pertes financières subies aux casinos du Lac-Leamy et de Montréal, entre 1999 et 2007.

Bill Clennett avait obtenu de nombreux rapports d’incidents en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, qui faisaient également état de tentatives de suicide et d’idées noires de clients des casinos.

C’est un dossier qui continue de susciter beaucoup de questionnements chez lui. Contrairement aux autorités qui demeurent prudentes quant au lien entre les appels pour détresse psychologique et le jeu, Bill Clennett croit, à la lumière des nouvelles données obtenues par Radio-Canada, que ceux-ci sont étroitement liés.

Étant bien au fait des problèmes financiers, sociaux et de santé mentale que peut engendrer le jeu compulsif, l’État devrait en faire plus, selon lui, pour protéger adéquatement la population.

Bill Clennett pose pour la caméra dans son salon.Le militant Bill Clennett. Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Il me semble qu’il y a un problème d’équilibre entre l’intérêt financier de l'État et sa responsabilité au niveau de la santé publique.

Bill Clennett, activiste

Vous ou un proche avez besoin d'aide?

Tel-Aide Outaouais

  • À Gatineau : 819 775-3223
  • Ailleurs en Outaouais : 1 800 567-9699
  • À Ottawa : 613 741-6433

Ligne de crise en santé mentale

  • À Ottawa : 613 722-6914
  • Ailleurs dans l'Est ontarien : 1 866 996-0991

Suicide Détour de la Vallée-de-la-Gatineau

  • 1 866 APPELLE

La réaction de Loto-Québec

Loto-Québec, gestionnaire du Casino du Lac-Leamy, a refusé notre demande d’entrevue. Dans un courriel, le directeur des affaires publiques, des relations de presse et des médias sociaux de la société d'État, Patrice Lavoie, a toutefois tenu à préciser que lorsque l’on regarde les chiffres du nombre d’interventions [policières] totales, on peut constater que c’est relativement peu.

Rappelons que nous accueillons environ 2,8 millions de visiteurs par année, sans compter la clientèle de l’hôtel. Nous appelons aussi souvent la police de manière préventive ou pour encadrer nos interventions, pour la sécurité de nos équipes et aussi de nos clients, a fait valoir M. Lavoie.

Loto-Québec dit élaborer et appliquer des mesures pour faire face aux conséquences sociales du jeu dans tous les secteurs d'activité, pour favoriser l’adoption d’habitudes de jeu à faible risque et pour aider à prévenir les pertes de maîtrise de soi. Les mesures prises dans le secteur des casinos se trouvent sur le site Internet de Loto-Québec (Nouvelle fenêtre).

Ottawa-Gatineau

Santé mentale