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Sauver l'une des rares maisons du lieu historique Africville

La maison Ford.

La maison Ford se trouvait originalement à Africville.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Radio-Canada

Une famille propriétaire depuis des générations de l'une des rares maisons ancestrales d'Africville, l'une des premières communautés afro-canadiennes, cherche des appuis pour restaurer le bâtiment patrimonial et le faire désigner propriété historique.

Duke Ford, qui vit présentement à Vancouver, est l’un des héritiers de cette petite maison verte d’un seul étage. Sa soeur Joan y a vécu jusqu’en 2016.

Elle appartenait à leurs grands-parents, Lottie et Charlie Johnson, qui l’ont offert à leur mère, Grace, en guise de cadeau de mariage. Dans les années 1940, la maison a été déplacée par camion et transportée d’Africville vers Lower Sackville, en Nouvelle-Écosse, à une vingtaine de kilomètres de son lieu initial. Elle a ainsi été sauvée de la démolition d’Africville, ordonnée par la ville d’Halifax dans les années 1960.

La Ville justifiait des actions aujourd'hui considérées comme racistes en arguant que le secteur était un bidonville, bien qu’elle y ait elle-même installé au fil des ans des dépotoirs à ciel ouvert et d’autres installations malodorantes, tout en refusant à répétition de raccorder la communauté au réseau électrique ou à celui de distribution d’eau potable.

Enfants près d'un puits à Africville vers 1965.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Malgré les demandes des résidents, il n'y avait toujours pas d'eau potable à Africville en 1965.

Photo : Archives de la Nouvelle-Écosse / Bob Brooks

Il est souvent dit qu’Africville, colonie fondée après la guerre de 1812, est l’une des premières communautés d’anciens esclaves noirs « libres » en Amérique du Nord. Africville a été officiellement reconnu lieu historique national en 2002.

En 2010, la ville d’Halifax a présenté des excuses officielles pour la destruction du quartier, l’expropriation des familles qui y vivaient et leur relocalisation, souvent faite à bord de camions d’ordures.

Camion d'ordures devant une maison d'Africville sur une photo de la fin des années 1960.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un camion d'ordures devant une résidence d'Africville lors de l'expropriation des résidents.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada / Ted Grant

La maison Ford, aujourd’hui en très mauvais état, se dresse toujours sur Settlers Lane, près de la route Cobequid à Lower Sackville.

J’aimerais faire une levée de fonds, dit Duke Ford. Je pourrais au moins faire réparer le toit et ensuite obtenir une subvention pour restaurer l’intérieur.

La maison Ford.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un ancien bâtiment d'Africville, la maison Ford, en 2018.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Une bâche a été déployée dans la maison ancestrale pour empêcher, mais en vain, le toit de couler, explique M. Ford.

Nous avons été les premiers Noirs sur la route Cobequid à avoir l’eau courante, une baignoire et une douche, affirme Duke Ford. La maison n’avait pas de salle de bain à l’origine. Les toilettes y ont été aménagées il y a une cinquantaine d’années.

Le plâtre à l’intérieur est complètement disparu, observe M. Ford, mais le bâtiment possède toujours ses bardeaux originaux. On y retrouve les armoires d’origine.

Une pièce additionnelle a été construite à l’arrière après le déménagement à Lower Sackville. La fournaise au charbon a aussi été remplacée par une fournaise électrique.

Toit en mauvais état de la maison Ford.

Cette maison ancestrale d'Africville a besoin d'être restaurée, et des travaux de toiture sont particulièrement urgents.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Duke Ford cherche du soutien financier pour acheter les matériaux nécessaires à la rénovation de la maison. Il aimerait de plus dénicher des volontaires parmi les charpentiers locaux.

La propriété est évaluée à 107 700 $, selon les registres de la Nouvelle-Écosse.

Mon intention est d’y passer le restant de mes jours lorsque je reviendrai à la maison, dit le Néo-Écossais d’origine.

Vers une désignation de propriété historique?

Duke Ford.

Duke Ford.

Photo : Windy Ford

Duke Ford affirme être en pourparlers avec la province pour que la résidence soit désignée propriété historique en Nouvelle-Écosse.

Lynette Macleod, porte-parole au ministère des Communautés, de la Culture et du Patrimoine, ne pouvait fournir de détails sur la maison Ford, pour des raisons de confidentialité.

Elle explique que lorsque ce genre de requête est jugée pertinente, une visite de la résidence est effectuée et les fonctionnaires produisent un rapport. Un conseil consultatif sur les propriétés historiques peut ensuite prendre jusqu’à un an avant de recommander au gouvernement d’ajouter un lieu à sa liste.

Un rare artéfact d’Africville

La maison Ford est l’un des rares édifices d’Africville qui existent toujours, mais il est impossible de savoir si elle est bien la dernière maison du défunt quartier. Irvine Carvery, président de la Société généalogique d’Africville, explique qu’il n’y a pas de consensus sur les limites exactes de l’ancienne communauté, dont les bâtiments n’avaient pas d’adresse civique.

Africville Museum.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Musée d'Africville se trouve à l'endroit où la communauté était située, dans un bâtiment qui est une réplique de l'église que ses habitants fréquentaient.

Photo : Radio-Canada / CBC/Robert Short

Par exemple, il y a toujours trois maisons près du terminal de conteneurs Fairview Cove qui sont habitées par d’anciens résidents d’Africville, note M. Carvery.

Conserver la maison Ford est très important, affirme M. Carvery, car elle est typique du style d’architecture que l’on retrouvait à l’époque à Africville.

Je crois que cela serait utile pour déconstruire le mythe qui veut qu’Africville fût seulement composée de baraques.

Irvine Carvery

Chaque fois que nous pouvons trouver un artéfact d’Africville, un authentique bâtiment ou tout autre objet qui puise ses origines de cette communauté, c’est très important, ajoute M. Carvery. Cette maison est un témoignage vivant d’Africville et une part cruciale de notre site historique national.

D’après un reportage de Sherri Borden Colley

Nouvelle-Écosse

Histoire