•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les jeux de hasard et d'argent ont la cote en Abitibi-Témiscamingue

Une machine de loterie vidéo.
Une machine de loterie vidéo Photo: Radio-Canada / Jean-Marc Belzile
Radio-Canada

Une récente étude du groupe de travail du projet de développement d'un indice de jeu préjudiciable (projet IJP) permet de constater que la pratique des jeux de hasard et d'argent est très fréquente en Abitibi-Témiscamingue. 52,2% de la population adulte joue à ces jeux au moins une fois par mois, ce qui place la région au premier rang de la province.

Un texte de Jean-Marc Belzile

Yannick Lefebvre a déjà eu de graves problèmes de jeu.

Il admet avoir fréquemment dépensé sa paye entière pour jouer, accumulant plus de 10 000 $ de dettes.

Tu dis que tu vas aller là 30 minutes, mais finalement ça fait trois heures que tu es là et tu ne t'en rends même pas compte. Tu vois les fameuses cagnottes à 5000-6000 $, tu te dis je vais l'essayer, tu finis par mettre un 10 puis un 20, puis ça n'arrête plus, tu essayes, tu essayes encore puis un moment donné, oups tu n'as plus rien dans les poches, témoigne-t-il.

Un homme pose pour la caméra dans le hall d'entrée de nos studios de Rouyn-Noranda.Yannick Lefebvre se confie sur ses problèmes de jeu Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

C'est lors d'un séjour au Casino de Montréal que Yannick Lefebvre a compris qu'il devait s'arrêter rapidement.

Je suis sorti du casino puis j'ai entendu un coup de fusil, il y en a un qui a décidé qu'il avait trop perdu, ça finissait là.

Yannick Lefebvre

C'est là que je me suis dit ça suffit. Aujourd'hui, je réussis à m'en passer malgré le fait que je vois des machines partout. Je ne sais pas combien d'argent cette personne avait perdu, mais mettons que je ne voulais pas me rendre là et me dire non, je n'ai plus de portes de sortie, je ne voulais pas me rendre là.

Il a arrêté de jouer depuis environ 10 ans, mais il se sent encore fragile.

C'est une peur tous les jours, des machines il y en a partout, dans les bars, dans les restaurants, tu te mets une barrière en te disant il ne faut pas que j'aille là. Même m'en approcher je n'ose pas, parce que je le sais que je vais finir par le faire et j'ai peur de retomber à ce que j'étais avant, confie-t-il.

Les appareils de loterie vidéo rapportent gros

Au Bar des Chums à Rouyn-Noranda, cinq appareils sont disponibles pour les clients.

La façade extérieure du Bar des Chums de Rouyn-Noranda, en hiver.Le Bar des Chums propose cinq machines de loterie vidéo à ses clients. Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

La propriétaire, Sylvie Lavoie, affirme qu'ils représentent un profit de plus de 300 000 $ par année.

22 % de ce montant lui revient à elle, soit environ 80 000 $. Le reste va à Loto-Québec.

Elle assure être tout de même à l'affût des problèmes de dépendance.

Si on voit que quelqu'un a des problèmes, il faut vraiment l'amener à aller consulter, il ne faut pas le laisser frapper sur la machine, il faut essayer de l'amener à voir lui-même qu'il a des problèmes de jeu, affirme-t-elle.

La propriétaire du Bar Bistro L'Entracte de Val-d'Or, Louiselle Blais, a quant à elle pris la décision de retirer les appareils de loterie vidéo de son commerce.

Une femme sourit à la caméra, accoudée à un bar.Louiselle Blais, propriétaire du bar bistro L'Entracte de Val-d'Or Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Des gens le font pour le plaisir, mais d'autres sont accros et malheureusement, ils souhaitent toujours vaincre la machine, mais c'est toujours la machine qui gagne, en tout cas la plupart du temps, fait-elle valoir.

L'importance d'intervenir rapidement

Le directeur de l'Unité Doremy de Val-d'Or et psychoéducateur en dépendance, Donald Poulin, croit que plusieurs utilisateurs de loterie vidéo jouent pour le plaisir.

Il soutient que les employés des bars ont un travail à faire pour identifier ceux qui ont un problème de dépendance.

On comprend la logique, elle est économique, c'est "je ne veux pas perdre ma clientèle et je ne veux pas les offusquer". Leur intention n'est pas de créer des joueurs qui vont avoir une pathologie, par contre il faut les sensibiliser sur comment je peux repérer un joueur qui s'en vient pathologique ou qui peut développer certaines caractéristiques et à ce moment-là, discuter avec la personne, indique-t-il.

Des machines de loterie vidéo dans un bar.Les appareils de loteries vidéo sont très lucratifs pour le Bar des Chums de Rouyn-Noranda. Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Loto-Québec a refusé notre demande d'entrevue.

À la suite d'une entente avec le gouvernement, la société d'État dit maintenir son objectif de diminuer le nombre d'appareils de loterie vidéo à moins de 10 000 d'ici l'a fin de l'année 2018.

Il y en avait 11 063 en décembre 2016.

À ce moment, 52 établissements avaient une licence d'exploitation pour ce type d'appareils en Abitibi-Témiscamingue.

Abitibi–Témiscamingue

Jeux et loteries