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  • Exclusif
  • Des Jeux de la Francophonie huit fois plus chers que prévu à Moncton-Dieppe

    Le reportage d'Elisa Serret
    Radio-Canada

    Une explosion des coûts plonge l'organisation des Jeux de la Francophonie internationale à Moncton-Dieppe dans l'incertitude. D'une prévision de 15 à 19 millions de dollars au moment où la candidature du Nouveau-Brunswick a été acceptée, le coût des Jeux est passé à 130 millions, estiment maintenant les organisateurs.

    Un texte d’Elisa Serret et Michelle Leblanc

    Le gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs estime que le Nouveau-Brunswick n'a pas les moyens d'encaisser une telle escalade des coûts.

    En prenant le pouvoir il y a trois semaines, les progressistes-conservateurs disent avoir découvert avec surprise non seulement que les coûts avaient explosé, mais que le gouvernement libéral précédent n’avait pas non plus inscrit les coûts d’organisation dans ses prévisions budgétaires.

    Au bureau du premier ministre Blaine Higgs, on martèle que les Jeux de la Francophonie sont importants pour la province, pour le pays et pour la communauté francophone.

    Mais le chef de cabinet du premier ministre laisse entendre qu’il serait difficile pour le Nouveau-Brunswick de débourser plus que ce qui avait été prévu initialement. Dix-sept millions, on est tous d’accord que c’est quelque chose qu’on pouvait se permettre, et qu'on veut toujours se permettre, mais 130 millions, il va falloir qu’il y ait une formule très différente de la formule proposée au départ, soutient Louis Léger.

    Louis Léger en entrevue.Il est impossible pour le Nouveau-Brunswick de débourser plus qu’initialement prévu, estime Louis Léger, chef de cabinet de Blaine Higgs. Photo : Radio-Canada

    Selon lui, les nouvelles estimations dépassent largement ce qu’une petite province de 750 000 résidents, déjà lourdement endettée, peut se permettre. Il ajoute que le premier ministre Blaine Higgs et son vice-premier ministre Robert Gauvin sont très inquiets.

    Une patate chaude

    Les progressistes-conservateurs, qui se sont fait élire en promettant d’assainir les finances publiques, se trouvent dans une situation délicate, vu le contexte actuel en Ontario, où les enjeux liés à la francophonie ont provoqué un mouvement populaire. Louis Léger affirme que le premier ministre Higgs est très sensible à l’importance des Jeux de la Francophonie, mais que l'événement ne peut pas se tenir à n’importe quel prix. Il accuse les libéraux d’avoir failli à leurs devoirs.

    On reconnaît que les Jeux de la Francophonie sont très importants pour le pays, la province et les francophones.

    Louis Léger, chef de cabinet du premier ministre Blaine Higgs

    Le premier ministre du Nouveau-Brunswick a déjà averti le gouvernement fédéral qu'il ne pouvait pas payer plus que le budget initial pour ces jeux internationaux.

    Je ne pense pas qu’il n’y a que le gouvernement du Nouveau-Brunswick qui va être inquiet. Je crois que tous les partenaires vont être très inquiets, ajoute Louis Léger.

    Les bailleurs de fonds pour ce projet sont les villes hôtes, la communauté francophone, le gouvernement provincial ainsi que le fédéral. Dans ce cas précis, les villes hôtes de Moncton et de Dieppe s'étaient engagées à payer 750 000 $ chacune, pour un total de 1,5 million de dollars. La communauté francophone de la province s’était engagée à verser environ 3 millions de dollars, le reste étant partagé à parts égales entre les gouvernements provincial et fédéral.

    Une loi fédérale prévoit que, pour ce genre d’événements, Ottawa contribue pour un maximum de 50 % de l’enveloppe partagée par les instances fédérale, provinciale et municipale.

    Ottawa apportera sa contribution

    Le gouvernement de Justin Trudeau se dit prêt à apporter sa contribution, mais affirme que ses mains sont liées. Le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, soutient qu’Ottawa ne peut financer à plus de 50 % un tel événement. Il reconnaît la très grande importance des Jeux de la Francophonie internationale pour les francophones du Nouveau-Brunswick.

    Le bureau du premier ministre Blaine Higgs, à deux ans de l’événement, croit qu’il faut revoir le projet et que les partenaires financiers doivent inévitablement contribuer davantage.

    Les libéraux de Brian Gallant ont présenté la candidature du Nouveau-Brunswick en 2015.

    La candidature du Nouveau-Brunswick a été recommandée ensuite par le Conseil d’orientation du comité international des Jeux de la Francophonie (CIJF). La candidature de Moncton-Dieppe a remporté l’organisation des Jeux devant Sherbrooke (Québec) et la Guadeloupe (France).

    Un budget initial irréaliste

    Le directeur général du Comité organisateur des 9es Jeux de la Francophonie Canada Nouveau-Brunswick, Moncton-Dieppe 2021, Éric Larocque, est formel : il est impossible de tenir un événement de cette envergure avec un budget de 15 à 19 millions de dollars.

    Éric Laroque en entrevue. Éric Larocque, directeur général du comité d'organisation des Jeux de la Francophonie de 2021 qui auront lieu au Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada

    Il reconnaît que la province n’avait pas de plan d’affaires détaillé quand elle a soumis sa candidature en 2015. Le plan d’affaires n’a été prêt qu’en avril 2018. C’est dans ce document que le comité organisateur réclame 130 millions de dollars.

    Au moment de présenter la candidature du Nouveau-Brunswick pour la tenue des Jeux de la Francophonie, la province a utilisé le cadre financier de base imposé dans le guide de candidature de l’Organisation internationale de la Francophonie pour obtenir les Jeux, qui se chiffre à 10 millions d’euros (environ 15 millions de dollars canadiens).

    Lorsqu’on lui a demandé si le Nouveau-Brunswick et le comité n’auraient pas dû aussi présenter un plan d’affaires, Éric Larocque répond que de poser la question, c’est y répondre.

    Malgré l’incertitude quant au financement de l’événement, Éric Larocque ne croit pas que les Jeux de la Francophonie de Moncton-Dieppe seront compromis.

    Je pense que les Jeux vont avoir lieu. Faut juste trouver la bonne formule de financement, c’est tout, affirme M. Larocque.

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    Francophonie