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chronique

Comment de la propagande d'extrême droite européenne est arrivée au Canada

L'image montre une femme et les mots «arrêtez le pacte de migration».
La version canadienne de ce mème est simplement une traduction d'une image créée en plusieurs langues par un groupe d'extrême droite. Photo: Capture d'écran
Jeff Yates

CHRONIQUE – Il est tout à fait légitime d'exprimer son opposition à un pacte international en publiant quelque chose sur les réseaux sociaux. Mais sait-on toujours d'où proviennent les publications que l'on partage? Dans le cas d'un mème qui circule au Québec, bien des gens qui l'ont relayé ne soupçonnent probablement pas qu'il n'a pas été créé par un citoyen canadien et provient d'une campagne de propagande.

L'image qui suit a été mise en circulation au Québec la semaine dernière. On y reprend plusieurs fausses informations à propos du pacte mondial pour les migrations de l'Organisation des Nations unies (ONU), qui devrait être signé par de nombreux pays, dont le Canada, lors d'un sommet à Marrakech, au Maroc, les 10 et 11 décembre. Le mème mentionne spécifiquement le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

On n'indique toutefois pas que le pacte est légalement non contraignant; il ne modifierait aucunement les lois portant sur l'immigration des pays signataires (Nouvelle fenêtre). Il n'est nullement question « d'ouvrir les frontières » ou de donner un « accès gratuit à nos systèmes de protection sociale », comme l'affirme l'image. Vous pouvez aller lire l'intégralité du texte de l'entente ici (Nouvelle fenêtre).

Ce qui m'intéresse, par contre, c'est de déterminer d'où provient ce mème, parce que, voyez-vous, il existe aussi une version anglaise visant un public britannique et une autre pour les Allemands.

Les trois affiches sont identiques, mais contiennent du texte en trois langues.Trois versions de l'image qui circulent au Canada, en Grande-Bretagne et en Allemagne. Photo : Capture d'écran - Facebook

Vous remarquerez que les mèmes sont identiques et semblent avoir été créés à l'aide du même gabarit visuel. Cela peut indiquer qu'ils proviennent de la même source, et que c'est possiblement une campagne organisée.

La version britannique de l'image contient un lien menant à une pétition pour empêcher la première ministre Theresa May de signer le pacte. Cette pétition a été lancée par Generation Identity, la filiale britannique d'un groupuscule d'extrême droite qui a des chapitres dans plusieurs pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie.

De plus, quand on se promène sur les pages associées à cette mouvance, on voit rapidement que c'est fort probablement ce groupe qui a créé les mèmes mentionnés plus haut. D'autres images ont été créées avec le même code visuel pour protester contre le pacte mondial pour les migrations. Deux d'entre elles interpellent les Britanniques et les Allemands.

Les deux affiches se ressemblent beaucoup. Elles ont des textes très semblables à propos de deux diplomates, une femme britannique et un homme allemand.Deux affiches très semblables, l'une visant un public britannique, l'autre, un auditoire allemand. Photo : Capture d'écran

« Connaissez-vous cette personne? » demandent les mèmes, en incluant une photo d'un diplomate. On explique alors que ce diplomate, en « votre nom », s'apprête à signer le pacte, « sans débat ». Les textes en anglais et en allemand sont très semblables.

Ah, et un petit mot sur le groupe en question. Il a été fondé en France en 2012. Il s'agit de l'aile jeunesse du parti d'extrême droite français, les identitaires. Le groupe Génération identitaire et ses filiales européennes ont été associés au suprémacisme blanc. Bien qu'elle se défende d'être raciste, la mouvance a attiré des membres néonazis (Nouvelle fenêtre). Le groupe a mis sur pied des « camps d'entraînement » en Europe (Nouvelle fenêtre), où des adeptes apprennent à se battre et à recracher des théories sur le « génocide blanc » et le « grand remplacement ».

Combien de gens ayant partagé le mème au Québec savent qu'ils ont relayé un bout de propagande émanant d'un tel groupe?

Facebook a supprimé le groupe de sa plateforme cet été (Nouvelle fenêtre). Pourtant, nous voyons bien que ses mèmes circulent tout de même sans problème sur le réseau social et, fort probablement, des gens participent à cette campagne de propagande sans le savoir.

Vous avez vu circuler une info douteuse, une photo louche ou une citation peu crédible? Envoyez-la-moi! Vous pouvez m'écrire un courriel ou me joindre sur Facebook ou Twitter.

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