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Trudeau savait que la dirigeante de Huawei serait arrêtée

Andrée-Anne St-Arnaud fait le point.
Radio-Canada

Justin Trudeau a assuré, jeudi, qu'il n'y avait eu aucune « intervention politique » dans le cadre de l'arrestation, le 1er décembre à Vancouver, de la directrice financière de la compagnie Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis.

Le premier ministre du Canada a rappelé que le pays « a un processus judiciaire entièrement indépendant ».

On a été avisés du processus judiciaire quelques jours avant que l'arrestation soit faite. Mais comme j'ai dit [...], on a un processus judiciaire entièrement indépendant, les décisions ont été prises par les autorités appropriées et je n'ai pas eu de conversations avec mes homologues chinois sur ce point.

Justin Trudeau

De son côté, Pékin a demandé à Ottawa, toujours jeudi, de libérer la dirigeante du géant chinois des télécommunications, arrêtée samedi et détenue depuis à Vancouver. Meng Wanzhou est la fille du fondateur de Huawei et ancien membre de l'armée chinoise, Ren Zhengfei.

Elle effectuait une correspondance au Canada lorsqu'elle a été arrêtée « au nom des États-Unis d'Amérique » pour faire face à des accusations non précisées à New York, selon un communiqué de Huawei.

« Nous exigeons des deux parties que des clarifications soient fournies au plus vite quant au motif de cette détention », a déclaré jeudi Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Dans un communiqué, le gouvernement chinois soutient que Mme Meng n'a enfreint aucune loi américaine ou canadienne, exige que le Canada « corrige immédiatement l'erreur » et la relâche. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Geng Shuang, a soutenu qu'une arrestation sans motifs constitue une violation des droits de la personne.

Pour l’heure, Mme Meng est en contact avec le consulat chinois au Canada, a ajouté Geng Shuang.

Un greffier de la Cour suprême de la Colombie-Britannique a fait savoir que Meng Wanzhou avait comparu la veille devant la cour. Une audience de mise en liberté sous caution a été fixée pour vendredi matin à 10 h, heure du Pacifique.

Dans une succursale de Huawei, le portrait de Meng Wanzhou apparaît sur un ordinateur portable.La directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, a été arrêtée le 1er décembre à Vancouver. Photo : Associated Press / Ng Han Guan

Par communiqué, Huawei a indiqué que Mme Meng faisait l’objet d’une demande d’extradition pour faire face à des accusations devant les tribunaux du District Est de New York. L'entreprise soutient n'avoir aucune connaissance d'acte répréhensible de la part de sa directrice financière.

La compagnie [...] n'est pas au courant d'un quelconque méfait de la part de Mme Meng.

Huawei

Plus tôt cette année, le Wall Street Journal révélait que les autorités américaines enquêtaient depuis 2016 sur des allégations selon lesquelles Huawei aurait envoyé des produits américains vers l’Iran et d'autres pays, violant ainsi les lois et les sanctions américaines sur l’exportation.

Le gouvernement américain avait alors demandé aux entreprises américaines de télécommunication de ne pas s'équiper de produits chinois, voyant dans Huawei « une menace pour la sécurité des États-Unis ». Il avait alors invoqué des liens entre l'entreprise et « le Parti communiste chinois ainsi qu'avec les services de sécurité et de renseignement chinois ».

Le 23 novembre, le Wall Street Journal avait également révélé que les autorités américaines avaient lancé une campagne pour dissuader des entreprises de téléphonie mobile et d'accès à Internet dans des pays alliés d'utiliser les équipements du fabricant chinois, de crainte de donner à Pékin un accès à des informations confidentielles.

Les mises en garde américaines coïncident avec l'avènement de réseaux 5G qui permettront de décupler les accès mobiles et ultrarapides à Internet et de connecter d'innombrables objets du quotidien.

L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont pour leur part déjà exclu Huawei du déploiement de la 5G. Ils estiment que « l'implication de fournisseurs susceptibles d'être soumis à des décisions extrajudiciaires d'un gouvernement étranger » constituait un risque.

Le Canada, lui, n'a pas encore pris de décision à ce sujet.

Lors de la période des questions, jeudi, à la Chambre des communes, l'opposition conservatrice a demandé plusieurs fois au gouvernement quand il allait bannir la compagnie Huawei du Canada.

« Jamais nous n'allons compromettre notre sécurité nationale et nous allons baser notre décision justement sur les opinions de nos experts internes », a répondu le secrétaire parlementaire du ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, David Lametti.

La Chine pourrait répliquer

Des analystes canadiens spécialisés en sécurité internationale s’inquiètent par ailleurs d’une possible riposte de la Chine à l’arrestation de Meng Wanzhou. Ils craignent notamment que des gens d’affaires canadiens installés en Chine soient arrêtés.

« Les Chinois vont probablement vouloir jouer coup sur coup dans ce dossier et nous devrions nous préparer à cette possibilité », dit le directeur du programme de sécurité au Centre pour l’innovation en gouvernance internationale, Fen Hampson.

« La Chine va être furieuse », ajoute l’ancien ambassadeur canadien en Chine, David Mulroney. Et sans nécessairement emprisonner des Canadiens, elle va « chercher des moyens de nous punir, entre autres, pour en faire un exemple auprès des autres pays ».

Négociations commerciales en trame de fond

Cette arrestation vient aussi menacer les avancées réalisées dernièrement entre la Chine et les États-Unis, qui mènent de part et d’autre une guerre commerciale depuis des mois.

Les deux puissances avaient convenu lors du sommet du G20 d’une trêve de 90 jours pour trouver un terrain d’entente, sans quoi le président américain Donald Trump a promis de hausser à nouveau ses droits de douane sur divers produits chinois.

Si l'incident « ne devrait pas » nuire aux négociations bilatérales prévues la semaine prochaine à Washington, il va contribuer à « troubler l'atmosphère de ces discussions et en amenuiser les chances de succès », souligne le cabinet de conseil Eurasiagroup, dans une note.

Cette affaire « constitue une escalade nouvelle et majeure dans une suite d'efforts des États-Unis pour que les entreprises chinoises soient tenues responsables de violations de la loi américaine, parfois vieilles de plusieurs années », ajoute-t-il.

Avec les informations de Agence France-Presse, et La Presse canadienne

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