•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des terres agricoles menacées par un projet de gare à Mirabel

Le reportage de Sylvain Desjardins et Hugues Brassard
Radio-Canada

Tandis que le premier ministre François Legault répète que le développement économique ne se fait pas nécessairement au détriment de l'environnement, un producteur de lait et de céréales se bat contre un projet de gare, dans la région de Mirabel. Véritable cas du Gaulois contre l'envahisseur, l'histoire d'André Lapointe illustre la difficile équation entre l'étalement urbain et la protection du territoire.

Mirabel est connue pour la grande qualité de ses terres agricoles. Mais ces dernières sont progressivement envahies par le développement domiciliaire. Le phénomène est décrié depuis des années, mais rien ne semble pouvoir l’arrêter.

La division entre promoteurs immobiliers et agriculteurs demeure entière. L'arrivée massive et continue des banlieusards souhaitant s’y installer accentue la pression.

André Lapointe, un producteur de lait et de céréales, dit avoir été exproprié par la Ville, qui entend construire un stationnement pour la gare.

Il résiste depuis plus de 10 ans, mais constate à regret qu’il est en train de perdre la bataille. Il se retrouve seul producteur, cerné de toutes parts. « Je suis le seul producteur sur cette terre-là. De chaque côté de moi, ils ne vivent pas d'agriculture », raconte-t-il.

« On devrait être protégés », lance M. Lapointe, qui se dit déçu.

On les nourrit puis ils nous tapent dessus.

André Lapointe, un producteur de lait et de céréales
André Lapointe, producteur de lait et de céréalesAndré Lapointe, producteur de lait et de céréales Photo : Radio-Canada

Le maire de Mirabel, Jean Bouchard, justifie les choix de la Ville par la croissance démographique de la région. « On est sur le point d'atteindre 55 000 de population », dit-il.

C'est 2500 personnes de plus par année qui viennent s'établir dans la région [...] depuis les 10 dernières années.

Jean Bouchard, maire de Mirabel

Les élus municipaux de la région de Mirabel réclament cette gare depuis 2005. Le maire pense l'obtenir sous peu. « Notre population revendique ce service-là depuis une décennie », insiste M. Bouchard, qui espère que les travaux débuteront dès 2019.

Le projet retenu pour la gare prévoit l'aménagement de vastes terrains de stationnement et d'un quai d'embarquement au milieu d'une zone agricole protégée.

Cette mesure est on ne peut plus claire : la Ville ouvre la porte au dézonage, soutient Gérard Beaudet, professeur en urbanisme à l'Université de Montréal. « Le plan d'aménagement métropolitain dit : il faut qu'on densifie autour des points d'accès aux transports collectifs. Donc, je vois mal le maire de Mirabel ne pas se servir de ce dossier. »

Construire une gare dans un milieu agricole, ça lance un message.

Gérard Beaudet, professeur en urbanisme, Université de Montré

Stéphane Lapointe, producteur de poulet, tente lui aussi de résister dans ce secteur qui, de son aveu, « a beaucoup changé depuis 20 ans ». Il souhaitait ajouter un troisième poulailler sur sa terre, mais il a fini par choisir de le construire ailleurs, dans une zone moins menacée par le développement.

« Juste avec le trafic le soir et le matin, il faut choisir nos heures pour se promener en tracteur dans le chemin. La route n'est pas conçue pour recevoir un flot de véhicules à ne plus finir », plaide-t-il.

Élargir l’autoroute

Le maire de Mirabel réclame également l'élargissement d'une autoroute et le prolongement de deux autres pour atténuer la congestion automobile aux heures de pointe. Le nouveau premier ministre, François Legault, a déjà promis de le faire.

Dans la grande région de Montréal, il ne faut pas penser qu'on va arrêter de construire des routes. On a une population qui le demande.

Jean Bouchard, maire de Mirabel

À Mirabel, on n’investira pas des sommes colossales pour des autobus. Il n’y a pas assez de population, explique le maire.

C'est une mauvaise nouvelle pour l'environnement et pour la survie du territoire agricole, croit de son côté Gérard Beaudet. L'étalement urbain favorise, même localement, l'utilisation accrue de l'automobile, mentionne-t-il.

Les diverses tentatives nord-américaines de création de services de proximité dans les banlieues n'ont jamais permis de réduire l'utilisation de l'automobile, fait remarquer le professeur Beaudet.

D’après le reportage de Sylvain Desjardins et Hugues Brassard

Urbanisme

Environnement