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Les conservateurs s'opposent au Pacte mondial pour les migrations

Le reportage de Fannie Olivier
Radio-Canada

Le Parti conservateur du Canada dénonce la décision du premier ministre Trudeau de prendre part au Pacte mondial pour les migrations, dont la signature est prévue la semaine prochaine lors d'un sommet à Marrakech, au Maroc. Mais selon un ancien ministre conservateur de l'Immigration, derrière cette prise de position d'Andrew Scheer se trouve une erreur de fait.

Invoquant la souveraineté nationale, les conservateurs s'opposent au Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, négocié sous l'égide de l'ONU.

Leur chef, Andrew Scheer, a tenté sans succès, mercredi, d'obtenir le consentement unanime de la Chambre des communes sur une motion contre cette entente.

Le Pacte « donne à des entités étrangères une influence sur le système d'immigration du Canada », a-t-il martelé la veille « Il pourrait ouvrir la porte aux bureaucrates étrangers qui disent au Canada comment gérer nos frontières », a-t-il argué.

Or, cette déclaration est « factuellement incorrecte » aux yeux de l'ancien ministre conservateur de l’Immigration Chris Alexander, qui a rappelé à l’ordre le chef conservateur.

« Ce pacte est une déclaration politique et non un traité juridiquement contraignant : il n'a aucun impact sur notre souveraineté. Le Canada a toujours été un champion et un exemple de migration sûre, ordonnée et régulière », a-t-il soutenu sur Twitter mardi soir.

« M. Alexander a son point de vue, mais ce n'est pas le point de vue du Parti conservateur du Canada », a rétorqué son ancienne collègue, Lisa Raitt. « Les parlementaires n'ont pas l'heure juste sur les implications de la signature de ce pacte parce que cette question n'a pas été débattue à la Chambre des communes », a-t-elle déploré.

« Avez-vous vu ce qui se passe dans Facebook?, a-t-elle demandé aux journalistes qui la pressaient de s'expliquer. Avez-vous remarqué qu'il y a un tollé sur cette question partout au pays, que les gens appellent dans nos bureaux de circonscription parce qu'ils ne comprennent pas de quoi il s'agit? »

« Pour nous, ce n'est pas la même vision qu'on a et cette soi-disant déclaration est le premier pas vers une obligation », a renchéri le député conservateur Gérard Deltell.

Le texte de l'accord précise pourtant qu'il établit un « cadre de coopération juridiquement non contraignant » et réaffirme « le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales et leur droit de gérer les migrations relevant de leur compétence, dans le respect du droit international ».

Gérard Deltell, un ancien journaliste, dit en outre craindre que le pacte « demande à la presse de s'orienter » dans sa façon de traiter l'enjeu de la migration.

L'entente suggère notamment de « sensibiliser » les professionnels des médias « aux questions de migration et à la terminologie afférente » et de cesser d’allouer des fonds publics « aux médias qui propagent systématiquement l’intolérance, la xénophobie, le racisme et les autres formes de discrimination envers les migrants », même si, stipule le libellé, cela doit être fait « dans le plein respect de la liberté de la presse ».

« Quand on dit que les pays devraient faire l'éducation et l'information correctement par rapport à ça, écoutez, ça, c'est comme mettre le doigt dans l'engrenage sur la liberté de presse », estime le député de Louis-Saint-Laurent.

Le gouvernement Trudeau défend sa position

Le premier ministre Justin Trudeau, répondant à des questions de l'opposition à la Chambre des communes.Le premier ministre Justin Trudeau est un des fervents défenseurs du Pacte mondial pour les migrations. Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

« Le Canada est très fier de travailler de façon très positive avec la communauté internationale pour démontrer que l'immigration peut être une source de croissance et de richesse qu'il faut gérer comme il faut », a défendu Justin Trudeau mercredi.

« On est un des rares pays dont la population est positive envers l'immigration et on va continuer de démontrer ce leadership dans le monde sans du tout venir enfreindre notre propre souveraineté », a-t-il soutenu.

Les libéraux ont accusé les conservateurs de relayer des théories du complot. Les critiques émises par les conservateurs s'apparentent à celles formulées par le média en ligne Rebel, lié à la droite alternative (alt-right).

Les conservateurs ne sont pas les seuls à critiquer l'entente. Dans une série de tweets publiés le mois dernier, Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada, a pour sa part dénoncé un « dangereux traité ».

« Son principal objectif est de rendre la migration de millions de gens de pays pauvres et instables une chose normale qui doit être facilitée », a-t-il affirmé.

Le Pacte mondial pour les migrations devrait devenir le premier accord, négocié entre gouvernements aux termes de l'ONU, à couvrir toutes les dimensions des migrations internationales. Il vise à améliorer la coopération entre les pays et doit être signé par plusieurs pays la semaine prochaine au Maroc.

Le ministre canadien de l'Immigration, Ahmed Hussen, doit apposer sa signature au nom du Canada.

Plusieurs pays, dont les États-Unis, l'Australie, mais surtout plusieurs États européens, comme la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, l'Autriche et l'Italie, ont annoncé qu'ils n'entendaient pas le signer.

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