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La fin d’une alliance et des mesures exceptionnelles marquent la session législative

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, parle devant un micro lors d'une conférence de presse à Edmonton.
Rachel Notley, la première ministre de l'Alberta Photo: La Presse canadienne / Jason Franson

Si la session d'automne s'annonçait plutôt calme en Alberta, sans adoption de grands projets de loi, elle se termine toutefois sur les grands « mots » et les grands remèdes de la première ministre. Les grands mots contre le gouvernement fédéral de Justin Trudeau, qui selon elle, est responsable des défis économiques qui secouent l'industrie pétrolière. Les grands remèdes s'incarnent, quant à eux, dans les mesures adoptées par son gouvernement pour sortir cette industrie de la « crise ».

Un texte de Marie-Pier Mercier

À quelques mois des élections provinciales, la première ministre albertaine change de cap. Mettant fin à l’alliance avec le gouvernement fédéral, elle accumule les critiques envers Ottawa, qui est responsable, selon elle, de la « crise » qui touche l’industrie pétrolière albertaine.

L’incapacité d'atteindre de nouveaux marchés, notamment en raison des retards qui touchent la construction de l’expansion du pipeline Trans Mountain, et le différentiel entre les prix des barils de pétrole albertain et américain, poussent la première ministre à prendre des mesures exceptionnelles.

« Les néo-démocrates ont décidé de prendre les choses en mains sans leur allié fédéral. Du côté du gouvernement libéral, on prône la patience, alors que Mme Notley n’a plus ce luxe », explique le politologue Frédéric Boily, de l’Université de l’Alberta.

À la fin du mois d'août, la Cour d’appel fédérale annulait le décret qui permettait au projet d’expansion du pipeline Trans Mountain d’aller de l’avant. À la mi-novembre, l’écart entre le prix du baril de pétrole d’ici et celui de l’autre côté de la frontière atteignait des records, soit 43 $.

En mode urgence

Lors de sa visite à Ottawa, la semaine dernière, Rachel Notley a annoncé que l’Alberta fera l’acquisition de deux trains pour permettre d’exporter plus facilement son pétrole vers les marchés américains.

Quatre jours plus tard, un dimanche soir, elle a annoncé l'imposition d'une limite sur la production des pétrolières albertaines dans le but de faire augmenter le prix du baril de pétrole d'ici.

On ne s’attendait pas à ça il y a quelques mois. C’est une mesure exceptionnelle!

Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta

Au lendemain de sa décision historique, le différentiel entre les prix des barils canadien et américain s’était déjà réduit, avant même qu’une seule coupure de production n'ait eu lieu.

« Ça augmente ses chances d’être élue, mais c’est encore loin d’être certain. Peut-être qu’une grande partie de l’électorat va se dire que l’erreur fondamentale commise par Rachel Notley est de s’être trop collée au gouvernement fédéral et d’avoir trop attendu après lui. C’est jusqu’à un certain point injuste par rapport à ce que pouvait faire le gouvernement provincial dans le cas de Trans Mountain, mais il arrive que les décisions prises par l’électorat soient de cette nature-là », explique Frédéric Boily.

Qu’est-ce que les conservateurs auraient pu faire de plus?

Il est assez rare de voir cela à l’Assemblée législative, mais le gouvernement, l’opposition officielle conservatrice (PCU) et le Parti albertain s’entendent sur les mesures prises par Rachel Notley.

Il n’y a pas beaucoup d’autres choses que le gouvernement pourrait faire pour favoriser l’industrie.

Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta

« La seule chose que le Parti conservateur uni aurait pu faire de plus, c’est d’agir plus rapidement, mais encore là, je ne suis pas certain qu’il aurait agi véritablement différemment. Le PCU contesterait, par contre, de façon beaucoup plus féroce la taxe carbone [imposée par le fédéral] », dit le politologue.

Maintenir ses appuis traditionnels

Même si la « crise » de l’industrie pétrolière a grandement retenu l’attention cette session, les néo-démocrates ont adopté des projets de loi qui interpellent leurs électeurs traditionnels.

Parmi ceux-là, on compte notamment le premier projet de loi déposé cette session, le projet de loi 19, qui modifie la Loi sur l’Éducation supérieure.

En vertu de celui-ci, les hausses de frais de scolarité ne pourront plus dépasser l’indice des prix à la consommation dans les établissements d’enseignement supérieur de l’Alberta et toute hausse sera désormais à la discrétion du ministre.

Le projet de loi propose aussi la modernisation de la structure de plusieurs collèges et universités de la province tout en prolongeant le gel des frais de scolarité pour l’année 2019-2020.

De son côté, le projet de loi 28 accorde aux conjoints de fait les mêmes droits qu'aux conjoints mariés.

Quant au projet de loi 21, il impose de nouvelles sanctions auxquelles s’exposent les professionnels de la santé, comme la révocation du permis d’exercice en cas d’abus sexuel ou la suspension du droit de pratique en cas d’inconduite sexuelle.

« Ça permet aux néo-démocrates d’envoyer le message que, même durant les temps difficiles, le gouvernement continue de maintenir les services », dit Frédéric Boily.

Selon lui, le parti néo-démocrate doit s’assurer de garder un équilibre et de ne pas perdre son image sociale.

Cette image a pourtant été ternie par l’expulsion de son caucus de la députée de Calgary-Est, Robyn Luff, après qu'elle eut dénoncé « une culture de peur et d’intimidation » au sein du parti.

« Pour le moment, les dommages semblent être contenus, mais si jamais cette affaire revient sur le devant de la scène ou que d’autres viennent se joindre à elle, ça pourrait être dommageable pour l’image sociale du gouvernement », affirme Frédéric Boily.

« Rachel Notley ne peut pas négliger sa base électorale. Si elle le fait, les gens pourraient se dire qu’elle est en train de se transformer en Parti conservateur et alors aussi bien voter pour l’original que pour la copie », conclut-il.

Alberta

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