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Eagle Spirit, le projet de pipeline qui fait discrètement son chemin

L'envoi de blocs de bitume vers l'Asie pourrait être compliqué par le moratoire sur les pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique.
L'envoi de blocs de bitume vers l'Asie pourrait être compliqué par le moratoire sur les pétroliers le long de la côte nord de la Colombie-Britannique. Photo: Reuters / Chris Helgren

Le promoteur autochtone d'un projet de pipeline moins connu dans l'ouest du pays se trouve à Ottawa aujourd'hui pour tenter de convaincre le Sénat d'abroger le projet de loi C-48, qui contrecarrait ses plans.

Un texte de Geneviève Normand

Le projet d’oléoduc s'intitule « Eagle Spirit Energy Corridor ». Il ne s'agit pas d’un simple pipeline, mais plutôt de quatre, en réalité : deux pour transporter vers la côte pacifique du pétrole des sables bitumineux et deux pour transporter du gaz naturel. De là la notion d’un « corridor » énergétique.

Le projet est atypique. Il n’est pas proposé par une compagnie pipelinière. Il est développé par des Premières Nations. Le président d’Eagle Spirit Energy, l’entrepreneur autochtone Calvin Halin, se targue d’avoir l’appui de « la plupart » des 35 Premières Nations à proximité du tracé.

Le corridor proposé commence dans la région de Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta, jusqu'à la côte, à Grassy Point, en Colombie-Britannique.

Une carte du tracé du pipeline Eagle Spirit Energy.Selon l'itinéraire proposé, le pipeline Eagle Spirit Energy traverserait 1562 kilomètres de Fort McMurray, en Alberta, à Grassy Point, en C.-B., ou Hyder, en Alaska. Photo : Eagle Spirit Energy

Il y a deux semaines, la première ministre de l’Alberta – qui a annoncé récemment une réduction de la production pétrolière en raison du manque de capacité de transport vers les marchés – a glissé un mot sur le pipeline Eagle Spirit dans son discours devant les communautés d’affaires d’Ottawa et de Toronto.

« Le pipeline Eagle Spirit transporterait des produits raffinés jusqu’à notre côte, mais ne peut tout simplement pas se mettre en branle tant et aussi longtemps que le projet de loi C-48 est en place », a affirmé Rachel Notley.

C-48 : obstacle droit devant pour Eagle Spirit

Plus tôt cet automne, Calvin Helin est venu présenter à Calgary son corridor énergétique aux membres de l’industrie pétrolière réunis à l’occasion de la conférence internationale sur les pipelines.

Il avait à ce moment-là déjà promis de s’opposer au projet de loi C-48 que le gouvernement de Justin Trudeau a introduit l’an dernier. Il s’agit du projet de loi intitulé Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers qui vise à interdire aux navires qui transportent du pétrole brut ou des hydrocarbures persistants de s'arrêter, de charger ou de décharger leurs cargaisons dans une aire délimitée entre la pointe nord de l'île de Vancouver et la frontière sud-est de l'Alaska.

Grassy Point, là où le corridor Eagle Spirit prendrait fin, se situe exactement dans la zone couverte par le moratoire proposé.

La zone du moratoire proposé s’étend de la frontière nord canado-américaine vers le sud, jusqu’au point situé sur la partie continentale de la Colombie-Britannique adjacente à la pointe nord de l’île de Vancouver, et comprend également Haida Gwaii. La zone du moratoire proposé s’étend de la frontière nord canado-américaine vers le sud, jusqu’au point situé sur la partie continentale de la Colombie-Britannique adjacente à la pointe nord de l’île de Vancouver, et comprend également Haida Gwaii. Photo : Radio-Canada

L'avocat de formation travaille à développer ce corridor énergétique depuis six ans. Il dit avoir effectué les étapes à l’envers. Au lieu de monter un plan d’affaires en premier et de tenter de rallier les Premières Nations par la suite, il raconte avoir développé le projet avec elles en amont sur la base d’un modèle environnemental qui leur convenait.

Mon père serait surpris d’apprendre qu’un de ses fils est devenu un "pipeliner". Mais je suis fier de l’être, même si ma courbe d'apprentissage [concernant l’industrie pétrolière] est abrupte.

Calvin Helin
Calvin Helin.Calvin Helin est le président d'Eagle Spirit Energy. Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Rencontre au Sénat

Calvin Helin fera entendre son opposition au projet de loi C-48 dans la capitale nationale mardi. Il se joindra à la Coalition nationale des chefs et à l'Indian Resource Council pour présenter une session d'information ouverte à tous les sénateurs sur ce qu’il dit être les effets néfastes de la future Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers.

« Le groupe souhaite que le projet de loi C-48 soit annulé dans son intégralité ou qu'une frontière soit établie au nord de l’entrée Dixon pour permettre de créer un couloir de transit où pourront naviguer les pétroliers », a-t-il expliqué.

Calvin Helin et son organisation travaillent encore à ficeler le projet. Les agences de régulation du secteur énergétique ne l'ont pas encore examiné. « Nous aimerions soumettre notre application à l'ONE en 2019 », a expliqué Calvin. « Cependant, le problème, dit-il, c'est le projet de loi C-69. Personne ne sait vraiment à quoi s'attendre avec ça. »

C-69 est un autre projet de loi du gouvernement fédéral qui suscite la grogne au sein de l'industrie pétrolière et gazière en Alberta. Il vise à réformer la façon dont l'évaluation environnementale des grands projets énergétiques est effectuée. Plusieurs dans la province de l'or noir sont d'avis qu'aucun grand projet d'ampleur ne se réalisera si C-69 devient une loi.

Étant donné l'interdiction de passage des pétroliers dans la zone du moratoire proposé, l’homme d’affaires autochtone n’écarte pas la possibilité de faire aboutir son pipeline en Alaska. La frontière canado-américaine se situe tout près du territoire de Lax Kw'alaams et de Grassy Point, le point d'arrivée souhaité en sol canadien. Calvin Helin indique d’ailleurs que des discussions ont déjà été entamées avec les autorités américaines à cet effet.

« Un terminal en Alaska voudrait dire que le gouvernement va devoir travailler avec Trump », dit-il. « Mais la question à se poser, c'est : pourquoi voudrions-nous envoyer 500 emplois bien rémunérés et une installation qui vaut des milliards de dollars chez les Américains alors que ce sont eux notre seul marché maintenant? »

Eagle Spirit Energy indique que les quatre pipelines du corridor énergétique seraient construits en différentes phases. Les coûts du premier oléoduc sont évalués à 12 milliards de dollars.

Et le gouvernement britanno-colombien?

C'est bien connu : le gouvernement de John Horgan en Colombie-Britannique s'oppose vertement à l’expansion du pipeline Trans Mountain – maintenant propriété du gouvernement fédéral –, qui relie Edmonton à Burnaby, en banlieue de Vancouver.

Appelé à commenter sur Eagle Spirit, le ministère de l'Énergie a indiqué mercredi que la province est au courant du projet. « Le ministre ne peut pas en dire beaucoup jusqu’à ce que nous voyions le réel plan », a affirmé un porte-parole.

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