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Des bruits de bouche pour... se détendre?

La jeune femme tient en main un dentier.
Une capture d'écran d'une vidéo de relaxation mettant en scène une jeune femme en train de prodiguer des soins dentaires. Photo: YouTube/Gentle Whispering ASMR
Radio-Canada

L'acronyme ASMR est bien connu sur Internet. Des youtubeurs produisent des vidéos par lesquelles chuchotements, accessoires et jeux de rôle deviennent une thérapie pour celui ou celle qui souhaite se détendre. D'abord popularisé sur le web, le phénomène est aujourd'hui devenu un sujet de recherche pour la communauté scientifique.

Un texte de Jean-François Chevrier

Imaginez-vous installé dans votre lit avec votre portable et vos oreillettes pour regarder une coiffeuse vous couper les cheveux. Elle vous accueille et observe votre cuir chevelu. Elle brosse votre chevelure, l'asperge d’eau avec son vaporisateur pour enfin couper vos cheveux à l'aide de ses ciseaux ultras coupants.

Pendant près de 30 minutes, elle vous parle en chuchotant, et tous les sons ambiants qu’elle produit sont amplifiés au moyen de deux micros stéréo, rendant ainsi l’expérience sonore omnidirectionnelle.

Or, cette coiffeuse n’est nullement intéressée par votre style. Elle cherche plutôt à vous faire vivre des sensations agréables en provoquant, par le biais de sa voix et de ses outils, une détente complète. Si elle est chanceuse, vous vous endormirez avant même la fin de sa prestation.

Bienvenue dans l’univers ASMR.

ASMR (Autonomous Sensory Meridian Response, qu’on pourrait traduire par « réponse automatique des méridiens sensoriels ») est l’effet physique causé par un stimulus audio ou visuel précis.

Bien que son nom puisse donner des impressions de technique de méditation reconnue par les professionnels de la santé, son apparition provient d’abord du monde virtuel. Les premières recherches sur le cerveau à ce sujet ont commencé en 2018, fait valoir le professeur de psychologie de l'Université d'Ottawa, Jean-Philippe Thivierge.

Certaines régions du cerveau sont associées au plaisir, à la récompense. L’activité de ces zones serait augmentée lors des visionnements. À l’inverse, d’autres zones sont plutôt exécutives et peuvent nous fatiguer à la fin d’une journée. Ces zones seraient désactivées pendant le visionnement de ce type de vidéo.

Jean-Philippe Thivierge, professeur en psychologie de l'Université d'Ottawa

Des effets qui varient

Devant la croissance en popularité du phénomène sur Internet, une équipe de chercheurs britanniques procédait toutefois, et ce, dès 2015, à une première étude portant sur le ASMR et ses effets sur le corps.

Selon les témoignages des participants, certains ressentaient d’abord une sensation de picotement et de chatouillement au niveau de la tête. Ensuite, cette sensation descendait par la colonne vertébrale pour atteindre d’autres parties du corps. Les frissons se transformaient ultimement en détente complète.

Tout comme pour l’hypnose, il semblerait que certaines personnes soient plus disposées à en vivre les effets.

D'autres recherches ont démontré que les gens qui ont une ouverture aux expériences nouvelles seraient plus enclins à en tirer avantage. Les personnes anxieuses ou sujettes à la dépression figureraient aussi dans cette liste.

La plupart des recherches effectuées jusqu'à maintenant demeurent cependant subjectives, puisque les participants sont souvent recrutés par Internet et déjà des adeptes du phénomène. Ils répondent à des questionnaires en ligne qui aident les chercheurs à mieux comprendre ce qu’ils vivent lorsqu’ils visionnent ce type de vidéos.

Thérapie ciblée?

Jean-Philippe Thivierge est debout dans un jardin verdoyant.Jean-Philippe Thivierge, professeur en psychologie à l’Université d’Ottawa Photo : Courtoisie/J.P. Thivierge

De l'avis du Dr Jean-Philippe Thivierge, il s'agit là d'un champ de recherche intéressant, particulièrement pour des utilisations cliniques potentielles qui demeurent encore inexplorées.

On pense par exemple à des vidéos qui pourraient aider à réduire l’anxiété, ou encore à réduire l’insomnie, la douleur chronique et peut-être même la dépression chez certaines personnes.

Jean-Philippe Thivierge, professeur en psychologie de l'Université d'Ottawa

Un phénomène viral

Bien que la communauté scientifique soit de plus en plus intéressée par les vidéos ASMR, il n’en demeure pas moins que le phénomène est déjà répandu aux quatre coins de la planète.

Les vidéos sont filmées dans plusieurs langues et diffusées sur certaines chaînes YouTube ASMR comptant des millions d’abonnés.

Selon le Dr Thivierge, ce type de phénomène propulsé par les nouvelles technologies ne représente que le début d’autres découvertes scientifiques à venir.

Ottawa-Gatineau

Psychologie