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Le Yémen tente de retrouver le chemin de la paix

Les enfants serrent contre elles des cruches vides

Une mère et ses enfants attendent pour s'approvisionner en eau alors que la crainte d'une épidémie de choléra plane sur Sanaa

Photo : Reuters / Khaled Abdullah

Marie-Eve Bédard

Les premiers pourparlers interyéménites depuis 2016, qui doivent commencer en Suède, offrent une rare occasion de remettre ce pays dévasté sur le chemin de la paix. C'est ce qu'osent croire analystes et observateurs de ce conflit qui oppose les rebelles Houthis, appuyés par l'Iran, aux partisans du gouvernement Hadi, soutenus militairement par une coalition menée par l'Arabie saoudite.

Les chiffres donnent envie de perdre tout espoir. Après plus de trois ans de guerre, 57 000 personnes ont été tuées par la violence, 14 millions d’autres sont menacées de famine et 10 000 nouveaux cas de choléra sont déclarés chaque semaine.

En moyenne, selon l’organisation Save The Children, 77 enfants de moins de 5 ans meurent de faim tous les jours au Yémen depuis 2015. Au total, ce sont 85 000 enfants qui sont morts jusqu'ici de causes qui auraient pu être évitées.

Un portrait statistique accablant, convient Geert Cappelaere, directeur général de l’UNICEF pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de passage à Aden au Yémen.

Je ne sais plus si ces chiffres ont une signification pour le reste du monde, mais il faut continuer de dénoncer la situation.

Geert Cappelaere

Parce que, derrière ces chiffres, il y a les corps émaciés dans les centres de traitement soutenus par l’Unicef, il y a ces mères et ces enfants qui lui racontent la misère et la peur au quotidien. Une peur qui cloue les familles sur place, alors qu’elles devraient chercher à obtenir un aide qui est disponible, mais parfois trop loin.

« Les mères que je rencontre savent parfaitement bien que leurs enfants ont besoin d’aide, mais elles sont confrontées à un choix impossible », explique-t-il.

« D’un côté, il y a le risque de mourir en traversant les lignes de front pour obtenir cette aide. De l’autre, il y a le risque de rester à la maison où la mort pourrait tout aussi bien leur réclamer leurs enfants ».

« Et pour venir dans un centre de traitement, poursuit-il, les familles vendent tout ce qu’elles possèdent. Elles doivent payer le transport et des pots-de-vin sur la route à chaque point de contrôle pour pouvoir passer. »

Un homme tient une fillette souriante dans ses bras.

Geert Cappelaere, directeur de l’UNICEF pour la région du Moyen-Orient et du nord de l’Afrique, fraternise avec les enfants d'un camp de réfugiés dans la ville portuaire d'Aden, au Yémen.

Photo : Radio-Canada / UNICEF

Sept millions d'enfants, la faim au ventre

On trouve de la nourriture au Yémen. Le problème dans ce pays, qui traverse une des plus sévères crises humanitaires de l’histoire, selon les Nations unies, c’est que la population ne peut plus se payer les denrées disponibles sur le marché.

La guerre, c’est aussi les salaires impayés des fonctionnaires, l’inflation et la dévaluation de la monnaie locale qui plombent le pouvoir d’achat des Yéménites.

Ce qui fait que ce soir, sept millions d’enfants vont se coucher avec la faim au ventre, que deux millions d’entre eux ne pourront survivre ne serait-ce qu’à une moindre toux, qu’ils n’en ont plus la force.

Les Nations unies affirmaient mardi que le gouvernement du Yémen aurait besoin de milliards de dollars d’aide de l’extérieur pour boucler son budget pour l’année 2019 si le pays veut éviter un nouvel effondrement du riyal, la monnaie locale, en plus de 4 milliards de dollars américains d’aide humanitaire.

Geert Cappelaere de l’Unicef affirme que le pays a surtout besoin que cette guerre sanglante prenne fin. « Dans l’état actuel des choses, on ne peut qu’espérer stabiliser la situation, mais réduire la malnutrition, c’est tout simplement impossible », déplore-t-il.

Ce qu’il nous faut d’abord, c’est le courage politique des dirigeants pour que les Yéménites se retrouvent au cœur des décisions qu’ils prennent.

Geert Cappelaere
Un jeune enfant pleure assis par terre.

Les femmes et les enfants qui atteignent les camps de réfugiés du Yémen arrivent dans un état de dénuement et de grande pauvreté.

Photo : Radio-Canada / UNICEF

Les regards tournés vers les discussions en Suède

C’est vers Stockholm en Suède que se tournent les regards à la recherche de ce courage politique.

L’envoyé spécial des Nations Unies pour le Yémen, Martin Griffiths, espère y relancer les efforts de paix, interrompus depuis 2016.

Une première tentative en septembre dernier à Genève s’est soldée par un échec quand les Houthis, les rebelles qui contrôlent désormais une partie du pays, dont la capitale Sanaa, ne se sont pas présentés pour négocier avec les représentants du gouvernement de Abdo Mansour Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite et sa coalition.

Cette fois, Martin Griffiths, l’émissaire de l’ONU ne prend pas de risque. Il s’est lui-même rendu à Sanaa lundi pour accompagner les délégués houthis jusqu’à Stockholm. La délégation du gouvernement Hadi s’est elle aussi envolée pour la Suède aujourd’hui, en partance de Riyad.

Les pourparlers doivent commencer dans les heures, sinon les jours qui viennent. La priorité sera de mettre en place de mesures pour renforcer la confiance entre les adversaires.

Le premier test de cette recherche de confiance mutuelle viendra sans doute avec la mise en œuvre d’un accord de principe conclu plus tôt cette semaine pour l’échange de plus de mille prisonniers retenus dans chacun des camps sous la supervision du Comité international de la Croix-Rouge.

« Cet accord est un pas dans la bonne direction pour arriver à bâtir une certaine confiance entre les deux camps et nous saluons les efforts qui sont faits », affirme Mirella Hodeib, porte-parole du CICR au Yémen. « Mais le processus sera de longue haleine ».

Avant d’en arriver à la paix, il faut impérativement que dans la guerre, toutes les parties prenantes au conflit s’engagent à respecter les droits fondamentaux humanitaires et protègent les civils.

Mirella Hodeib, porte-parole du CICR au Yémen

Le processus s’annonce lent et tortueux. Un seul faux pas et tout pourrait s’effondrer. Mais c’est une lueur d’espoir pour la population du Yémen pour qui la seule alternative serait de continuer d’être étranglée par la guerre. « Ils sont coincés », dit Geert Cappelaere de l’Unicef.

« C’est une réalité importante du conflit dont on ne parle jamais. Prenez la guerre en Syrie, dit-il. Le monde s’y est intéressé quand les réfugiés syriens sont arrivés aux portes de l’Europe. Mais pour les Yéménites, fuir le pays est un luxe qu’ils n’ont pas. Au nord, ils se retrouveraient en Arabie saoudite qui fait partie de ce conflit. Tout le reste du pays est cerné par l’eau. Les gens sont prisonniers ».

Marie-Eve Bédard est correspondante de Radio-Canada pour le Moyen-Orient.

Conflits armés

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