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Environnement Canada pollue pour mieux « informer » les Canadiens

Une équipe lance un ballon météorologique.
Une équipe lance un ballon météorologique à Alert, dans le Grand Nord canadien. Une soixantaine de ces ballons sont lancés chaque jour au Canada sans que personne ne se préoccupe de les récupérer. Photo: Radio-Canada / Kevin Rawlings

Environnement Canada déverse quotidiennement de nombreux déchets électroniques, y compris des piles, sur le territoire canadien. Le service météorologique du ministère abandonne dans la nature ses ballons météorologiques parce qu'il en coûterait trop cher pour les récupérer.

Le service météorologique d’Environnement Canada lance quotidiennement 62 ballons météorologiques, afin de recueillir des données météo en haute atmosphère, transportant plusieurs instruments alimentés par des piles. L’organisme gouvernemental partage ces données météorologiques vitales avec de nombreux autres pays qui recueillent et partagent leurs propres données grâce à ces radiosondes.

Ces ballons finissent toutefois par éclater en haute altitude et par retomber au sol – et dans l’oubli – avec leur chargement. Les ballons et leurs radiosondes sont tout simplement abandonnés aux endroits où ils tombent, souvent dans des régions sauvages éloignées ou dans des voies navigables. Chaque ballon contient un ensemble d’instruments comprenant deux piles alcalines AA ou deux piles au lithium-ion potentiellement toxique.

Environnement Canada estime qu’il serait trop coûteux de récupérer les instruments usagés alors qu’aux États-Unis, les scientifiques tentent de récupérer et de réutiliser certains de ces appareils.

« Ils devraient au moins essayer de récupérer un maximum des ensembles d’équipements usagés », avance un étudiant de Vancouver, Amit Kumar, qui rédige sa thèse de doctorat sur le devenir des déchets électroniques au Canada à l'Université de la Colombie-Britannique.

« Les États-Unis sont aussi un grand pays, poursuit-il. Si cela peut se faire aux États-Unis, cela peut se faire au Canada. En tant qu'organisation, elle [Environnement Canada] devrait assumer la responsabilité du recyclage de ses résidus. »

« Même si l’idée était réalisable, elle serait impensable dans les vastes régions inhabitées du pays ou dans les régions sans accès routier, car les coûts de récupération seraient prohibitifs », a indiqué à CBC la porte-parole d’Environnement Canada, Gabrielle Lamontagne, dans un courriel.

Mme Lamontagne précise que les déchets électroniques abandonnés dans la nature sont le prix à payer pour obtenir des prévisions météorologiques exactes. « Les avantages pour l'environnement et la sécurité que procurent ces prévisions de haute qualité sont importants », souligne la porte-parole d’Environnement Canada.

Chacune des 31 stations réparties sur le territoire canadien lance un ballon deux fois par jour. Ils utilisent des ballons, faits de latex naturel biodégradable, rempli d'hélium ou d'hydrogène, qui, selon le ministère, disparaissent avec le temps sans conséquence pour l’environnement.

Atténuer l'impact environnemental

Environnement Canada remplace tout de même graduellement son inventaire de radiosondes finlandaises, plus lourdes et alimentées par des piles AA, par des radiosondes plus légères, alimentées par des piles au lithium, fabriquées en Allemagne, au coût actuel de 100 $ à 130 $ chacune.

Un autocollant apposé sur chaque appareil demande au citoyen qui trouverait le dispositif de communiquer avec Environnement Canada. Mais, le ministère ne reçoit que quelques appels par année, selon la porte-parole Samantha Bayard. Elle ajoute, sans fournir plus de détails, que le ministère n'a que très rarement versé des indemnités pour les dommages causés par la chute d'une radiosonde sur Terre.

Le mercure, toxique pour l’environnement, a été éliminé des piles et les alcalins AA sont considérés comme relativement bénins, selon Environnement Canada. Les piles au lithium-ion sont toutefois souvent toxiques et peuvent présenter un risque d'incendie.

« Les piles présentent un certain risque pour l'environnement », convient Mme Bayard. « Mais, les données recueillies [par les radiosondes] ont une grande importance à la fois pour le Canada et pour le monde entier. »

M. Kumar soutient toutefois que le problème des déchets électroniques posé par les radiosondes ne se limite pas aux dangers directs liés aux piles. « Il faut beaucoup de ressources pour fabriquer ces instruments », avance-t-il en citant le travail d'extraction des minéraux ainsi que l'énergie et l'eau utilisées dans leur fabrication. « Toutes ces choses s'additionnent. »

Environnement Canada affirme étudier des solutions de rechange, comme l'utilisation d'instruments au sol pour surveiller les conditions en altitude, mais elle insiste sur le fait que rien de ce qui est disponible actuellement ne peut remplacer l'exactitude et la précision des données des ballons-sondes météorologiques.

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