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Psychiatrie à domicile : faire de l'hospitalisation l'exception

Le reportage de Davide Gentile
Radio-Canada

Des psychiatres qui se déplacent directement chez leurs patients : c'est ce que proposent des professionnels de la santé pour leur éviter une visite en milieu hospitalier. Une façon de faire qui permettrait un service mieux adapté et plus efficace, selon des spécialistes du réseau de la santé.

Un texte de Davide Gentile

La serrure de sa petite chambre est défectueuse, comme plusieurs des appareils qui devraient lui être fournis. Mais Mathieu Gallant est heureux d'avoir son chez-soi dans un quartier de l'est de Montréal. « Je déteste les hôpitaux », dit le jeune homme qui garde un mauvais souvenir de ses séjours en établissement.

C'est chose du passé, puisque c'est plutôt le personnel du réseau qui lui rend désormais visite.

« Ici, est-ce que tu arrives à te faire à manger », lui demande la psychiatre Karine Giasson-Gariépy, accompagnée de Sabrina Parisien, chef d'équipe du suivi intensif dans le milieu.

Cette équipe s’occupe de dizaines de patients dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. C'est l'une des trois équipes du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS).

Le but est de maintenir [les patients] dans leur appartement. De faire en sorte qu'ils vont aller moins souvent et moins longtemps à l'hôpital.

Karine Giasson-Gariépy, psychiatre

D'autres formes de suivi à domicile sont proposées dans le CIUSSS, comme celui de l'équipe mobile de crise, qui couvre tout le territoire de l'est de Montréal en tout temps.

« Cette équipe existe depuis deux ans et demi », précise Annie Lambert, criminologue, travailleuse sociale et spécialiste en activités cliniques.

« Au CIUSSS de l'Est, on a déjà beaucoup de services mobiles et c'est une tendance forte », explique-t-elle.

Cette façon de faire permet de suivre à domicile des gens atteints de maladies mentales sévères, comme la schizophrénie, mais aussi pour d'autres maladies mentales plus répandues.

« La dépression et les troubles anxieux peuvent être traités en CLSC ou à domicile », affirme Jonathan Brière, directeur du programme de santé mentale au CIUSSS l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

Environ la moitié des cas qui s'y prêtent seraient, selon lui, traités dans la communauté, c'est-à-dire à domicile, au CLSC ou dans un organisme communautaire.

On veut atteindre 70 % de nos soins dans la communauté.

Jonathan Brière, directeur du programme santé mentale au CIUSSS de l'Est-de-l‘île-de-Montréal

Soigner à domicile pour offrir plus de soins

« L'idée, c'est que l'hospitalisation à domicile soit le soin régulier et que l'hospitalisation soit l'exception », affirme Olivier Farmer, psychiatre à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal. Il a déjà instauré des programmes de suivi dans la communauté dans sa pratique en itinérance.

Pour plus que 50 % des hospitalisations, la personne serait plus heureuse et se rétablirait plus rapidement si on pouvait régler ça à domicile.

Olivier Farmer, psychiatre à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal

Olivier Farmer estime qu'environ 70 % des soins aigus peuvent se faire hors des murs des hôpitaux. Ainsi, on obtiendrait plus pour chaque dollar investi en santé mentale, fait-il valoir.

Il estime qu'au moins deux fois plus de services peuvent être donnés à domicile que dans le contexte hospitalier. « Des services plus adaptés et plus pertinents », dit le psychiatre.

Selon Olivier Farmer, un hôpital peut monter une première équipe d'une dizaine d'intervenants en six mois. « Il n'y a pas de raison pour que ça ne puisse pas se faire partout », plaide-t-il.

Le réseau atteint les objectifs fixés pour 2020

En 2015, l'ancien gouvernement avait fixé, pour 2020, des cibles pour le nombre de personnes à suivre dans la communauté. Fin 2018, le ministère de la Santé et des Services sociaux affirme que les objectifs sont atteints ou sur le point de l'être.

Le nombre de places pour le suivi intensif dans le milieu aurait atteint 4800 en mars, alors que la cible était de 4600. Et le nombre de places en soutien d'intensité variable est de 11 000, tandis que l'objectif est de 12 000 pour 2020.

Pour aller plus loin, il faudra que d'autres professionnels du secteur acceptent de travailler hors des établissements.

« Je parle avec les jeunes psychiatres et le niveau d'engagement est fort, souligne Olivier Farmer, et plusieurs sources indiquent que dans bien des cas, les soins dans la communauté sont plus efficaces. »

« Quand on est à domicile, il y a un paquet de besoins qu'on peut identifier. Alors que si la personne était dans notre bureau, on ne le saurait pas », lance de son côté la travailleuse sociale Sabrina Parisien.

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