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Au Wisconsin, les républicains changent les règles avant de quitter le pouvoir

Des manifestants devant la législature d'État de Madison, au Wisconsin.
Des manifestants devant la législature d'État de Madison, au Wisconsin. Photo: Associated Press / John Hart
Radio-Canada

Imaginez si, après les élections du 1er octobre, le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait adopté des mesures pour limiter les pouvoirs du premier ministre du Québec, avant que François Legault n'entre en poste. C'est ce qui se produit dans l'État américain du Wisconsin, où les républicains n'entendent pas faire de cadeau au prochain gouverneur démocrate.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Le 6 novembre dernier a été une dure journée pour les républicains du Wisconsin. En poste depuis 2011, le gouverneur bien connu Scott Walker a été défait par son adversaire Tony Evers, à l'issue d'un vote serré.

Ce démocrate entrera en fonction en janvier et, d’ici là, les élus républicains entendent profiter de leurs pleins pouvoirs pour lui compliquer la tâche.

Tony Evers, le prochain gouverneur démocrate du Wisconsin.Tony Evers, le prochain gouverneur démocrate du Wisconsin. Photo : Reuters / NICK OXFORD

Les législateurs républicains ont adopté ce matin une série de projets de loi contenant des mesures limitant les pouvoirs du gouverneur.

Ces mesures, contenues dans un document de plus de 100 pages, touchent aussi les fonctions du procureur général, dont le poste sera également pourvu par un démocrate à compter de janvier.

Un exemple de changement proposé : que ce soit l’Assemblée (toujours contrôlée par les républicains), et non le gouverneur et son procureur, qui ait le dernier mot à propos des poursuites judiciaires auxquelles l'État participe.

Les républicains ont également voté pour des mesures réduisant le temps alloué au vote par anticipation.

Scott Walker, le gouverneur républicain sortant du Wisconsin.Scott Walker, le gouverneur républicain sortant du Wisconsin. Photo : Associated Press / STEVE APPS

Contestation à l'horizon

Le tout doit être approuvé par le gouverneur sortant Scott Walker, qui s’est montré plutôt favorable à ces propositions.

Son successeur, Tony Evers, affirme étudier les possibilités légales pour contester ces changements législatifs de dernière minute.

Je prendrai les mesures nécessaires pour empêcher des politiciens avides de pouvoir de passer outre la volonté du peuple.

Tony Evers, gouverneur désigné du Wisconsin.

« Nous ne faisons pas confiance à Tony Evers dans de nombreux dossiers », a déclaré sur les ondes d’une radio locale le leader de la majorité républicaine au Sénat du Wisconsin, Scott Fitzgerald, pour justifier les actions prises par son parti.

Les républicains, qui demeureront majoritaires à l’Assemblée en janvier, affirment agir dans les limites de leurs pouvoirs.

Mais de nombreux citoyens du Wisconsin doutent de la légitimité de leurs gestes. Ces derniers jours, certains l'ont démontré lors de manifestations.

Un manifestant à l'intérieur de la législature d'État du Wisconsin, à Madison. Un manifestant à l'intérieur de la législature d'État du Wisconsin, à Madison. Photo : Associated Press / STEVE APPS

« Ce qui trouble les gens, c'est que ces législateurs ont été élus grâce à des districts qui les favorisent », souligne le politologue Barry Burden, de l'Université du Wisconsin, faisant référence au redécoupage partisan de la carte électorale de l'État.

Ainsi, bien que les démocrates aient remporté le vote populaire aux élections de mi-mandat, l’Assemblée de l'État demeure largement contrôlée par les républicains, qui y disposent de 63 sièges sur 99.

Créer un précédent

Ce qui se produit au Wisconsin pourrait-il inspirer d’autres politiciens américains? « Habituellement, ce qui se passe au Wisconsin ne reste pas au Wisconsin », répond le professeur Donald Moynihan, de l’Université Georgetown, citant notamment le redécoupage électoral.

En ce moment, dans l’État voisin du Michigan, des élus républicains évaluent aussi la possibilité d’adopter des changements législatifs avant l’entrée en fonction du nouveau gouverneur démocrate. Il y a quelques années, un cas semblable a aussi été observé en Caroline du Nord.

Si ce sont les républicains qui sont en ce moment au cœur de l’actualité, l’universitaire Donald Moynihan craint que des démocrates décident de les imiter à l’avenir.

Si changer les règles quand on perd devient la norme, l’autre parti se dira qu’il devra peut-être aussi agir de la même manière.

Donald Moynihan, directeur de l’école de politiques publiques McCourt, à l’Université Georgetown

Au Wisconsin, cet épisode semble être le préambule d’une collaboration très difficile entre les pouvoirs législatif et exécutif pendant le mandat du gouverneur démocrate.

« Tout lien de confiance qui aurait pu exister avant cet épisode est en train de s’éroder », note le politologue Barry Burden.

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