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Cinq sujets passés sous le radar en 2018

Un homme vêtu d'un habit de camouflage tient un fusil à la main.
Un responsable de la sécurité afghan monte la garde à un point de contrôle sur l'autoroute à Ghazni, le 29 octobre 2018. Photo: Getty Images / ZAKERIA HASHIMI
Ximena Sampson

Au cours de cette année qui se termine, certains sujets ont pris beaucoup de place dans la couverture médiatique, alors que d'autres ont été peu abordés. Lesquels auraient mérité qu'on s'y attarde plus longuement? Nous avons posé la question à quelques observateurs de la scène internationale. Voici leurs choix.

1. L’Afghanistan, une guerre oubliée

« C’est la plus longue guerre des États-Unis », rappelle François Brousseau, chroniqueur d’actualité internationale à Radio-Canada. Mais alors qu’on en a parlé abondamment pendant les premières années après l’intervention américaine, depuis quelque temps, il y a un phénomène de lassitude médiatique qui s’est installé, pense le chroniqueur.

Même si le pays est encore fréquemment secoué par des attentats meurtriers, c’est « une guerre oubliée » par la majorité des médias occidentaux.

Pourtant, quelque 16 000 soldats de l’OTAN et des milliers d’Américains sont encore sur place pour tenter de consolider la fragile démocratie afghane que les pays occidentaux soutiennent à coup de milliards de dollars.

L’Afghanistan est un des grands échecs des Occidentaux dans ce qu’on voulait être l’exportation de la démocratie et la fabrication de la paix après la guerre.

François Brousseau, chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada

Les talibans ont repris une importante partie du territoire et contrôlent aujourd’hui près de la moitié du pays.

Cependant, croit Julien Tourreille, chercheur à la chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal, 2018 sera peut-être une année charnière. « Les autorités afghanes, et même l’administration Trump, sont un peu plus ouvertes que par le passé à l’idée que les talibans soient reconnus comme une force politique incontournable qu’on ne peut pas simplement chasser du pays. »

2. Le Mali, exemple des conflits à venir?

Un militaire malien, monte la garde, en treillis militaire, son arme à la main. Un soldat malien monte la garde devant le quartier général de la force conjointe du G5 Sahel, à Sévaré, le 30 mai. Photo : Getty Images / Sebastien Rieussec

« Le Mali et le Sahel représentent l’avenir tant des conflits que des interventions, croit Bruno Charbonneau, directeur du Centre FrancoPaix de la chaire Raoul-Dandurand, dans la mesure où ce qui se passe dans cette région est directement lié aux effets des changements climatiques. »

L’Afrique de l’Ouest est fortement dépendante des pluies pour la culture et l’élevage du bétail. La sécheresse qui sévit depuis plusieurs années entraîne une diminution de la superficie des terres fertiles, alimentant ainsi les hostilités latentes, affirme le chercheur.

Dans un contexte où les mécanismes de résolution de conflit, c’est-à-dire les structures de l'État, sont absents, ça peut éclater à tout moment.

Bruno Charbonneau, directeur du Centre FrancoPaix de la chaire Raoul-Dandurand

Pour la communauté internationale, il y a donc une leçon à tirer de cette situation, qui risque bien de se répéter dans d’autres régions fragiles : « il faut être proactifs plutôt que réactifs », croit-il.

3. L’inévitable montée en puissance de la Chine

Le président chinois Xi Jinping «La Chine ne cherche pas à dégager un excédent commercial», a assuré le président Xi Jinping Photo : The Associated Press / Mark Schiefelbein

Ce n’est pas un phénomène nouveau, mais il est devenu incontournable en 2018.

L’influence de la Chine dans le monde s’est encore amplifiée au rythme de ses investissements dans les ressources naturelles, en Afrique, mais aussi en Amérique latine, ce qui suscite des réactions du côté des Américains, qui n’apprécient guère de voir évoluer les Chinois dans ce qu’ils considèrent être leur pré carré.

En Europe aussi, les investissements chinois se multiplient, que ce soit en République tchèque, au Portugal ou en Grèce, notamment dans le port du Pirée, qui appartient à l’entreprise chinoise Cosco Shipping Ports.

La Chine s’affirme ainsi en tant que puissance planétaire.

« C’est l’illustration d’une vraie compétition », précise Julien Tourreille.

Parallèlement à cette grande ouverture commerciale, sur le plan interne, les autorités chinoises répriment toute dissidence d’une poigne de fer. « On revient dans les années Mao, croit François Brousseau. On surveille les gens et on les fiche en mettant à profit les récentes découvertes en matière de reconnaissance faciale. »

« Xi Jinping veut démontrer qu’on peut avoir la prospérité et le progrès économique jusqu’à être les premiers dans le monde, mais sans la démocratie », affirme M. Brousseau.

4. En Ukraine, une guerre gelée

Des hommes en tenue de camouflage blanche avancent dans la neige avec un char d'assaut en arrière-plan.Des soldats ukrainiens participent à des exercices tactiques près du village de Goncharivske, dans la région de Chernihiv, près de la frontière russe, le 3 décembre 2018. Photo : Getty Images / SERGEI SUPINSKY

Le récent incident maritime en mer d’Azov entre des navires russes et ukrainiens a brièvement remis dans l’actualité ce conflit, qui est au point mort depuis quatre ans.

C’était la première confrontation militaire ouverte entre Moscou et Kiev depuis l'annexion de la Crimée par la Russie, en février 2014.

Hormis cet accrochage, l’Ukraine a à peine fait les manchettes ces derniers mois, même si les escarmouches et les affrontements se poursuivent sans relâche.

C’est une guerre gelée et oubliée, jamais officiellement déclarée, mais qui a fait 10 000 morts.

François Brousseau

La souveraineté ukrainienne sur les régions de Donetsk et de Louhansk, qui ont proclamé leur indépendance en 2014, n’a jamais été rétablie.

5. Les améliorations mondiales

Une fillette accroupie par terre reçoit une dose de vaccin oral.Un travailleur de la santé afghan administre le vaccin contre la polio dans la banlieue de Jalalabad, en Afghanistan, le 6 novembre 2018. Photo : Getty Images / NOORULLAH SHIRZADA

Les médias ont tendance à ne rapporter que les catastrophes et les conflits, mais il faut aussi souligner ce qui va bien dans le monde, croit François Brousseau.

La faim recule un peu partout, tout comme la mortalité infantile.

Malgré tout, on vit mieux sur la planète qu’on n’a jamais vécu.

François Brousseau, chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada

Selon les données du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), on observe une tendance globale à l’amélioration continue du développement humain depuis 1990. L’espérance de vie s’est allongée de presque sept ans à l’échelle mondiale et les enfants d’âge scolaire peuvent prétendre à 3,4 années de scolarisation de plus.

Les niveaux moyens de l’Indice de développement humain (IDH) ont augmenté de 22 % un peu partout dans le monde et de 51 % dans les pays les moins développés depuis 1990.

« C’est un drame pour chaque individu qui le vit, mais si on regarde les statistiques froidement, il y a moins de gens souffrant de malnutrition qu’auparavant », remarque François Brousseau.

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