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Québec confirme sa volonté d'accueillir 10 000 immigrants de moins en 2019

Le reportage de Véronique Prince
Radio-Canada

Le plan d'immigration du Québec que vient de déposer le gouvernement Legault à l'Assemblée nationale confirme sa volonté de réduire temporairement le seuil d'immigration de la province d'environ 20 %. Québec cherchera à accueillir 40 000 immigrants en 2019, tel qu'il l'avait promis en campagne électorale, comparativement à 50 000 en 2018.

Le plan, déposé par le ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, précise que Québec cherchera à accueillir 23 450 travailleurs issus de l'immigration économique en 2019, alors qu'il s'attend à en avoir reçu de 29 200 à 31 200 au terme de l'année en cours, selon les prévisions actuelles.

La baisse anticipée touche autant le nombre de travailleurs qualifiés que de gens d'affaires.

« Ce n’est pas respectueux de dire aux gens dans leur pays d’origine : ''Venez travailler dans votre domaine alors qu’on n’a pas nécessairement d’emplois dans leur domaine'' », a déclaré le ministre Jolin-Barrette.

« Il faut qu’il y ait une réelle adéquation entre les besoins du marché du travail et les gens qu’on accueille […] », a-t-il poursuivi.

Dans cette optique, le gouvernement Legault va déployer sous peu un « nouveau système » qui tiendra compte du profil des immigrants potentiels, plutôt que du bassin géographique dont ils proviennent.

En Chambre, durant la période des questions, le premier ministre François Legault a affirmé que, chaque année, « 10 000 » immigrants quittaient le Québec parce qu'ils ne trouvaient « pas d'emploi intéressant ».

La réunification familiale

Le plan prévoit aussi que le Québec n'accueillera que 8900 immigrants issus du programme de réunification familiale, qui est de responsabilité fédérale. Il s'agit là aussi d'une baisse d'environ 20 % par rapport au nombre d'immigrants bénéficiaires de ce programme d'ici la fin de cette année.

En conférence de presse, le ministre Jolin-Barrette a nié qu'en raison de cette baisse, des familles soucieuses de faire venir des proches au Québec devront renoncer à ce projet. Il a expliqué que le gouvernement du Québec voulait « simplement s'assurer de bien les accueillir ».

Des baisses pour les réfugiés aussi

Le gouvernement cherchera à appliquer une réduction similaire pour la catégorie des réfugiés : Québec souhaite en accueillir 6950 l'an prochain, alors qu'il prévoit en avoir accueilli au moins 8600 au cours de l'année 2018.

Cette dernière baisse se traduira essentiellement par une diminution du nombre de réfugiés sélectionnés par le Québec à l'étranger (4500 comparativement à une fourchette ciblée de 5600 à 6000 en 2018), indique le plan d'immigration.

Le nombre de demandeurs d'asile présentant directement leur demande au Canada, une responsabilité exclusive des autorités fédérales, devrait rester sensiblement le même. Québec s'attend à ce qu'il y en ait 2450 en 2019, alors qu'il en attendait de 2500 à 2800 dans le plan déposé par le gouvernement Couillard l'an dernier.

Il semble déjà acquis que ce nombre sera finalement supérieur, Québec s'attendant à en avoir reçu de 2900 à 3300 lorsque l'année sera terminée.

La sélection des immigrants

Québec prévoit qu'il pourra sélectionner lui-même environ 70 % des immigrants admis sur son territoire, et qu'environ 41 % d'entre eux connaîtront le français au moment de leur admission.

Le plan d'immigration confirme par ailleurs que le niveau total des admissions en 2018 devrait s'établir entre 50 000 et 53 300 au terme de l'année en cours.

Le gouvernement Couillard ciblait 50 000 immigrants, mais la fourchette évoquée dans son plan se situait entre 49 000 à 53 000 immigrants.

Le Québec a accueilli 53 084 immigrants en 2016, et 52 388 autres en 2017.

Oui, le fédéral est préoccupé, reconnaît Jolin-Barrette

Le ministre Jolin-Barrette admet qu'Ottawa est préoccupé par cette baisse des seuils migratoires. « Mais j'ai senti une réelle ouverture, une volonté à collaborer avec le Québec », a-t-il dit au sujet du gouvernement Trudeau.

Le ministre québécois invite Ottawa à « ajuster son plan d'immigration » en fonction de ce que souhaite la population québécoise en la matière.

Plus tôt dans la journée, le premier ministre canadien Justin Trudeau avait considéré qu'il était « malavisé » de la part du Québec de vouloir réduire son seuil d'immigration du Québec. M. Trudeau dit avoir entendu des entrepreneurs du Québec se plaindre d'une pénurie de main-d'œuvre.

« Je ne suis pas sûr que c’est le meilleur moment pour réduire le nombre de gens qui viennent », a déclaré Justin Trudeau.

Un récent sondage CROP réalisé pour Radio-Canada a confirmé que les Québécois sont majoritairement d'accord avec l'objectif poursuivi par la CAQ.

Québec ne perdra pas un sou, selon Jolin-Barrette

Affirmant qu'il n'est aucunement question de rouvrir l'entente Canada-Québec en matière d'immigration – qui date de 1991 – Simon Jolin-Barrette dit avoir reçu une lettre d'Ottawa garantissant les montants qui seront versés à la province cette année. « Nous avons une compréhension commune que le minimum que nous pouvons avoir c'est 490 millions de dollars pour cette année ».

À la mi-novembre, au terme d'une rencontre privée avec le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, M. Jolin-Barrette s'était dit assuré de ne pas perdre un sou du fédéral et ce, même en abaissant les seuils d'immigration.

Le gouvernement ne fait ni étude ni analyse, selon les libéraux

Le plan d'immigration a valu au ministre Jolin-Barrette une volée de bois vert de la part de la porte-parole libérale en matière d'immigration, Dominique Anglade. Évoquant la pénurie de main-d'oeuvre qui touche le Québec, elle a accusé le gouvernement de chercher à diminuer le nombre d'immigrants sans étude ni analyse.

« La seule chose qui semble claire du côté de la CAQ, c'est qu'on utilise un chiffre arbitraire qui est soutenu par une idéologie », lui a-t-elle lancé à la période des questions à l'Assemblée nationale.

Le ministre de l'Immigration a rétorqué qu'il était « fier » que la CAQ fasse « le choix du succès de l'immigration ». En la matière, le Parti libéral n'a rien fait pendant toutes les années où il a été au pouvoir, selon lui.

Nous, ce qu'on souhaite faire, c'est mieux accueillir, mieux intégrer, mieux franciser les immigrants. Ça passe notamment par le fait d'avoir un parcours personnalisé pour s'assurer que chaque personne qui choisit le Québec est bien encadrée.

Simon Jolin-Barrette, ministre de l'Immigration

Le ministre québécois de l'Immigration insiste : le parcours d'intégration des personnes qui choisissent de s'établir au Québec doit être « couronné de succès » et il doit leur permettre de travailler dans leur domaine d'expertise.

Un seuil réduit « temporairement »?

Mme Anglade se demande également ce que signifie le qualificatif « temporaire » pour le plan du gouvernement.

Et si c’est temporaire, pourquoi prendre toute l’énergie […] cette année, alors qu’on peut peut-être l’augmenter l’année subséquente?

Dominique Anglade, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’économie et d’immigration

Le PQ y voit de son côté un péril pour l’avenir de la langue française.

« Cibler seulement 41 % des immigrants qui arrivent ici qui parlent déjà français, pour moi, c’est vraiment un péril pour l’avenir de la langue française », estime Catherine Fournier, porte-parole du PQ en matière d’immigration. « Surtout, dit-elle, s’il n’y a pas de ressources supplémentaires accordées à la francisation. »

Pour le représentant de Québec solidaire, il ne fait aucun doute : « C’est hautement idéologique ».

Ils ne s’appuient sur rien, ils veulent seulement d’une façon démagogique selon moi, baisser le seuil de l’immigration.

Andrés Fontecilla, porte-parole de Québec solidaire pour les dossiers d'immigration, d'inter culturalisme et de logement
Avec les informations de La Presse canadienne

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