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Un cours donné exclusivement en anglais à l'UdeM fait réagir à l'Assemblée nationale

L'édifice principal de l'Université de Montréal.

« Il y a vraiment une banalisation de la bilinguisation de l’Université de Montréal », a déclaré la député péquiste Catherine Fournier, mardi.

Photo : iStock

Radio-Canada

Stéphanie Codsi ne pensait jamais être obligée de suivre un cours en anglais à l'Université de Montréal, haut lieu du savoir francophone en Amérique du Nord. Et pourtant.

Un texte de Julien McEvoy (Nouvelle fenêtre)

Dans une lettre d'opinion publiée mardi matin dans La Presse+, l'étudiante de deuxième cycle livre un vibrant plaidoyer sur une situation plutôt particulière : un cours de chimie enseigné uniquement dans la langue de Shakespeare à l'Université de Montréal.

« Deux unilingues anglophones de McGill faisaient partie des 15 étudiants inscrits au cours », écrit-elle, précisant que le cours en question était ouvert « aux étudiants de toutes les universités ». « L’enseignant a donc demandé à la classe s’il pouvait donner le cours en anglais. Si quelqu’un s’y opposait, le cours serait donné en français. Personne ne s’y est opposé. »

Absente cette journée-là, elle n'a pu faire valoir son opinion.

L’étudiante, qui est inscrite à la maîtrise en physique, explique s'être rendue dans le bureau du professeur après le premier cours afin de s’informer du contenu à rattraper.

« Les notes de cours du professeur étaient disponibles en anglais et en français. Toutefois, la version française était bourrée de fautes, si bien que je devais me référer à la version anglaise pour comprendre certains passages », poursuit-elle.

Le professeur – dont le français est la troisième langue, explique Mme Codsi – lui a également indiqué que la version française de ses notes n’était pas tout à fait à jour. « Au fond, sans le dire explicitement, il venait de me recommander de prendre la version anglaise de ses notes de cours », avance l’étudiante.

La version de l'UdeM

L'Université de Montréal a refusé notre demande d'entrevue, préférant nous transmettre quelques lignes de presse par courriel.

« Nous sommes désolés de la situation vécue par l’étudiante », écrit la porte-parole Geneviève O'Meara. « Sans vouloir blâmer l’étudiante de ne pas l’avoir fait, nous aurions aimé qu’elle en discute avec nous au moment où elle a suivi ce cours. Il y a des ressources en place pour aider les étudiants et les professeurs. »

L'UdM s'en réfère à sa politique linguistique, qui stipule notamment que « les plans de cours et, dans la mesure du possible, le matériel pédagogique sont présentés en français ».

On peut aussi lire dans cette politique que « sauf exception justifiée par la nature du programme ou du cours ou par la présence d'un conférencier ou d'un professeur invité, l'enseignement est donné en français ».

Le PQ et QS s'indignent

La situation a été qualifiée mardi après-midi de « préoccupante » par la députée péquiste Catherine Fournier, elle-même diplômée de l’institution.

« Il y a vraiment une banalisation de la bilinguisation de l’Université de Montréal », a-t-elle estimé. « Souvent, les professeurs et les chargés de cours disent carrément aux étudiants qu’ils peuvent produire leurs travaux autant en anglais qu’en français. »

La députée de Marie-Victorin s’est dite d’accord avec le fait que, dans des domaines très pointus, « on n’a pas le choix d’avoir recours à la littérature anglophone ». « Par contre, quand c’est possible, la politique linguistique de l’UdeM stipule que l’on doit utiliser des ouvrages en français, [et] je vous garantis que ce n’est pas toujours le cas. »

« J’espère que la ministre responsable de la langue française ainsi que le ministre de l’Éducation supérieure se pencheront sur cette question, parce que visiblement, l’UdeM, même après toutes ces années, ne semble pas appliquer sa politique linguistique correctement », a conclu Mme Fournier.

Même son de cloche à Québec solidaire. Sa chef parlementaire, Manon Massé, a jugé la situation « inacceptable ».

« Il existe plusieurs universités anglophones au Québec [et] les minorités anglophones ont accès à un service de qualité », a-t-elle rappelé, soulignant que, dans son « cri du cœur », l'étudiante indiquait aussi que les notes de cours fournies étaient de piètre qualité. « Là, on a un sérieux problème », a-t-elle lancé.

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