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Meurtre de Khashoggi : des républicains ne doutent plus de l'implication du prince héritier saoudien

Les explications de Raphaël Bouvier-Auclair
Radio-Canada

Après avoir entendu le témoignage de la directrice de la CIA, Gina Haspel, des sénateurs républicains influents se disent convaincus du fait que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a ordonné l'assassinat du chroniqueur du Washington Post Jamal Khashoggi, tué en octobre dernier dans le consulat de l'Arabie saoudite en Turquie.

Les informations transmises mardi par Mme Haspel à une poignée de sénateurs siégeant à quatre commissions du Sénat n'ont visiblement pas fait changer d'idée les élus, même au sein du camp républicain, qui critiquaient la réponse diplomatique de l'administration Trump face à l'Arabie saoudite et au prince Mohammed ben Salmane, surnommé MBS.

Vu comme un allié du président Trump, le sénateur Lindsay Graham, membre de la commission des forces armées, fait partie de ceux qui ont formulé les commentaires les plus cinglants.

« Je pense que [Mohammed ben Salmane] est complice du meurtre de M. Khashoggi au plus haut niveau possible », a-t-il dit à l'issue de la rencontre à huis clos, qui a duré une heure.

« Non seulement les preuves sont-elles irréfutables, mais elles sont tranchées à la scie (It's not a smoking gun, it's a smoking saw) », a-t-il affirmé, se référant aux informations selon lesquelles le chroniqueur a été démembré avec une scie à os après son meurtre. « Vous devez être volontairement aveugle » pour ne pas le voir, a-t-il ajouté.

Le sénateur Bob Corker, président de la puissante commission des Affaires étrangères, a émis le même son de cloche.

L'affirmation de l'administration Trump selon laquelle il n'y a pas de preuve directe de l'implication du prince héritier est « inacceptable« », a-t-il déclaré. De tels propos donnent l’immunité à Riyad, a-t-il fait valoir.

« Il n'y a aucun doute dans mon esprit que le prince héritier MBS a ordonné le meurtre, suivi l'évolution du meurtre, su exactement ce qui se passait, l'a prévu », a-t-il tranché.

S'il était devant un jury, il serait condamné en 30 minutes. Coupable.

Bob Corker, président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères

Récemment, le président américain a soutenu que le service de renseignement n'avait « rien trouvé d'absolument certain ». « Il se pourrait très bien que le prince héritier ait eu connaissance de cet événement tragique – peut-être, peut-être pas! », a-t-il dit dans un communiqué publié en novembre.

« Toutes les preuves mènent au prince héritier », a renchéri le président de la commission des crédits, Richard Selby.

Des informations partagées avec des élus triés sur le volet

Gros plan de Gina Haspel. Gina Haspel en mai dernier, lors d'un témoignage devant la commission sénatoriale du renseignement américain, chargée de valider sa candidature. Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Selon différents médias, seul un groupe de 8 à 10 sénateurs a pu s'entretenir avec la directrice de la CIA, ce qui a irrité plusieurs élus.

« L'État profond veut garder tout le monde dans l'ignorance », a déploré le sénateur républicain Rand Paul, un libertarien, sur Twitter.

Même s'il fait partie des rares élus à avoir entendu Gina Haspel, le président de la commission des Affaires étrangères a estimé que son témoignage aurait dû se faire devant tous les sénateurs.

Mercredi dernier, plusieurs sénateurs s'étaient irrités du fait que Mme Haspel n'accompagne pas les secrétaires de la Défense, Jim Mattis, et des Affaires étrangères, Mike Pompeo, invités à partager les informations de l'administration de Donald Trump au sujet de l'assassinat de Jamal Khashoggi.

Relayant le message de M. Trump, M. Pompeo avait affirmé devant les sénateurs que le rapport de la CIA ne contenait « aucun élément direct liant le prince héritier à l'ordre de tuer Jamal Khashoggi ».

L'aide militaire américaine à Riyad dans la balance

Un homme porte une fillette blessée, sauvée d'une attaque aérienne dirigée par l'Arabie saoudite à Sanaa, au YémenUn homme porte une fillette blessée, sauvée d'une attaque aérienne dirigée par l'Arabie saoudite à Sanaa, au Yémen Photo : Reuters / Khaled Abdullah

Plusieurs veulent que les États-Unis mettent fin au soutien militaire qu'ils apportent à la coalition sous commandement saoudien au Yémen.

Les sénateurs se prononceront cette semaine ou plus vraisemblablement la semaine prochaine sur une résolution en ce sens.

La semaine dernière, les secrétaires Mattis et Pompeo avaient, sans succès, tenté de convaincre les sénateurs de s'opposer à cette résolution.

Le soutien américain à la coalition contre les rebelles houthis soutenus par l'Iran est vital pour les intérêts nationaux américains, avaient-ils argué.

Leur plaidoyer n'avait pas convaincu les sénateurs, qui, à 63 voix contre 37, avaient permis à cette résolution de franchir une première étape.

En dépit des critiques, la stratégie américaine à adopter devant l'Arabie saoudite ne fait pas consensus.

« Quelqu'un devrait être puni, mais la question est : comment séparer le prince héritier saoudien de la nation elle-même? », a demandé le sénateur Shelby.

« J'aurais beaucoup de mal à faire des affaires avec l’Arabie saoudite si le pouvoir se retrouve entre les mains de cet homme, parce que je pense qu'il est fou, qu'il est dangereux et qu'il a mis notre relation en danger », a pour sa part déclaré le sénateur Graham.

Malgré cela, il a indiqué qu'il voterait contre la résolution visant à mettre fin à l’implication américaine au Yémen, disant préférer une autre approche pour arriver au même résultat, selon le New York Times. Il imposerait également de nouvelles sanctions aux responsables de l'assassinat de Jamal Khashoggi, dont le prince héritier saoudien.

La guerre au Yémen, qui a fait quelque 10 000 morts, a engendré la pire crise humanitaire actuelle dans le monde, selon l'ONU. Plus de 5 millions d'enfants risquent d'y mourir de faim.

Avec les informations de New York Times, et ABC News

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