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Un musée des civilisations noires ouvrira ses portes au Sénégal

A visitor walks past a door of the king's palace Gele of the Dahomey kingdom, dated19th century, today's Benin, at Quai Branly museum in Paris, France, Friday, Nov. 23, 2018. From Senegal to Ethiopia, artists, governments and museums are eagerly awaiting a report commissioned by French President Emmanuel Macron on how former colonizers can return African art to Africa.(AP Photo/Michel Euler)
Un rapport remis au président français Emmanuel Macron préconise de faciliter les restitutions d’œuvres comme celles-ci, exposées au Musée du quai Branly, aux anciennes colonies. Photo: Associated Press / Michel Euler
Agence France-Presse

Le Sénégal inaugure jeudi, à Dakar, un musée consacré aux civilisations noires depuis l'aube de l'humanité. Ce projet panafricain se concrétise un demi-siècle après son lancement par Léopold Sédar Senghor, au moment où progresse l'idée d'une restitution au continent de son patrimoine culturel.

À l’image de ce Musée des civilisations noires (MCN), la réhabilitation ou la construction de musées modernes à travers l’Afrique bat en brèche l’argument du manque d’infrastructures adaptées, souvent opposé aux demandes de restitution que des pays comme la France affirment vouloir faciliter.

Sept ans après le début des travaux sous le président Abdoulaye Wade (2000-2012), le ruban sera coupé vers 5 h (HNE) par son successeur, Macky Sall.

D’une architecture monumentale inspirée notamment de la case ronde de Casamance, une région du sud du Sénégal, le MCN fait face au Grand Théâtre, aux portes du quartier administratif et des affaires de Dakar.

D’une surface de 14 000 mètres carrés, il pourra accueillir 18 000 pièces allant de vestiges des premiers hominidés, apparus en Afrique il y a plusieurs millions d’années, aux créations artistiques actuelles, selon son directeur, Hamady Bocoum.

Sa construction et son aménagement, financés par la Chine, ont nécessité plus de 30 millions d’euros.

Sans dévoiler précisément les objets qui seront exposés lors de l’ouverture, M. Bocoum a évoqué la présence de crânes, d’outils en pierre, de peintures, de sculptures et de masques.

« C’est un projet panafricain. Il y aura une facette de chaque partie de l’Afrique », a-t-il souligné, en assurant que le musée pourra accueillir des œuvres d’autres pays du continent plus défavorisés.

L’ouverture du MCN est une « contribution importante au tissu des musées en Afrique de l’Ouest », a reconnu le Béninois Alain Godonou, responsable du patrimoine pour la nouvelle Agence de promotion du tourisme de son pays, interrogé par l’Agence France-Presse.

Vue de la façade du Musée des civilisations noires à Dakar, au SénégalIl a fallu sept ans pour construire le nouveau Musée des civilisations noires. Photo : Ministère de la Culture du Sénégal

Cette inauguration intervient après qu’un rapport remis le 23 novembre au président français Emmanuel Macron, rédigé par deux universitaires, la Française Bénédicte Savoy et le Sénégalais Felwine Sarr, eut recommandé de faciliter les restitutions d’œuvres aux anciennes colonies.

L'évolution est saluée par le ministre sénégalais de la Culture, Abdou Latif Coulibaly. Si les responsables français décident de restituer ces œuvres définitivement, « nous trouverons des moyens pour [les] récupérer », a-t-il dit la semaine dernière.

« S’ils ont décidé une autre forme de restitution, de dépôt ou de prêt, nous sommes disposés à trouver des solutions avec la France », a ajouté M. Coulibaly en se disant prêt à en récupérer le plus grand nombre possible, sans pouvoir estimer un chiffre.

Le MCN « revendique le statut de musée moderne » où « l’on peut maîtriser la température et l’humidité dans chacune des salles », a précisé M. Bocoum.

« Le Bénin arrive aussi », avec l’ouverture prévue en 2020 de quatre musées modernes dans des villes historiques, a souligné Ousmane Aledji, chargé de mission auprès de la présidence de son pays, auquel M. Macron a annoncé dès la remise du rapport la restitution de 26 œuvres réclamées par Cotonou.

Ce type de projet « vient aussi vider de leur contenu un certain nombre de petits débats sur l’Afrique », a estimé M. Aledji, en référence aux doutes exprimés par certains experts sur les conditions d’accueil de ces œuvres.

« Si ces biens appartiennent aux Africains, de quoi les Occidentaux se mêlent de savoir si l’Afrique sait les garder ou non? » s’est interrogé avec véhémence Ibrahima Thioub, recteur de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, laquelle tient son nom d’un intellectuel sénégalais qui a contribué à réhabiliter l’apport des populations noires à la culture mondiale.

« La question est fausse, puisque la réponse est déjà donnée par les Africains qui les ont produits et gardés pendant des siècles dans d’excellentes conditions hors des musées », a ajouté la semaine dernière le recteur de la principale université du Sénégal.

L’idée d’un musée des civilisations noires avait été lancée par le poète Senghor, premier président sénégalais (1960-1980), lors du premier Festival mondial des arts nègres en 1966 à Dakar.

Un demi-siècle plus tard, le MCN voit le jour et « tout le monde y sera, pour démontrer notre ouverture et notre capacité à dire aux autres : nous existons, mais nous existons avec vous et en compagnie de vous », a affirmé le ministre de la Culture.

Le MCN veut mettre en exergue « la contribution de l’Afrique au patrimoine culturel et scientifique », souligne M. Bocoum. Mais son objectif est « surtout de se projeter » vers l’avenir.

« Nous n’allons pas rester dans la contemplation », a-t-il promis.

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